La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Soudain l'été dernier"… Meurtre et refoulement

"Soudain l'été dernier", Théâtre de l'Odéon, Paris

La mise en scène de Stéphane Braunschweig met en exergue l'essence psychique de la pièce de Tennessee Williams tout en soulignant son humour et le drame qui s'y joue dans un milieu familial où l'autre n'est que douleur et doute.



© Elizabeth Carecchio.
© Elizabeth Carecchio.
Le rideau laisse apparaître une jungle aux troncs d'arbres longs et énormes avec des lianes qui vont du sol au plafond. C'est un univers où la place de l'homme est réduite à sa plus simple expression, sans pouvoir être maître d'un lieu, suffisamment massif pour donner un sentiment de finitude à l'existence humaine. Une finitude qui trouve un écho dans une solitude, des appels à vide de personnages broyés par la vie.

Une mort qui ne révèle pas tous ses mystères suivie d'une rumeur qui circule un peu trop vite avec une mère prête à tout pour la faire taire, jusqu'à interner sa cousine. C'est sûr… il y a des histoires de famille plus heureuses. La violence des sentiments, le silence des relations campent une atmosphère où les propos deviennent discours sans fin, paroles suspicieuses ou cris et bruits. Une parole tue par un meurtre, faite de douleur maternelle et bâillonnée chez une cousine. Elle est l'essence de la pièce car elle découvre l'univers psychique des personnages, et finit par se perdre dans un décor trop grand, à dessein.

Un large spectre émotionnel est exploité par Tennessee Williams (1911-1983) et la mise en scène de Stéphane Braunschweig articule très bien les rapports entre les différents protagonistes où s'y dévoile un théâtre d'ombres psychiques.

© Thierry Depagne.
© Thierry Depagne.
De la nervosité de Mme Violet Venable (Luce Mouchel) aux propos calmes et raisonnables du docteur Coukrowicz (Jean-Baptiste Anoumon), d'une folie qui a toutes les raisons de ne pas l'être de Catherine Holly (Marie Rémond) à une attention suspicieuse de sa mère (Virginie Colemyn) et de son frère (Glenn Marausse), il y a tout un cocktail de sentiments à la crête de comportements verbaux où appréhender l'autre dans toute sa dimension devient accessoire.

"Soudain l'été dernier" est un leitmotiv qui a donné son nom à la pièce (1958). Les rapports de force sont alimentés par les voix, empreintes de moments, passés ou présents. Le texte de Tennessee Williams, de toute beauté, où se mêlent poésie et humour, est incarné remarquablement par les comédiens et ce avec rythme et modulation.

Chaque personnage est dans un pré carré émotionnel où sont maître à tour de rôle, la raison, la colère, l'émotion ou la névrose. Nous sommes dans des liens croisés où les routes de chacun se rencontrent pour se fuir.

"Soudain l'été dernier"

© Thierry Depagne.
© Thierry Depagne.
Texte : Tennessee Williams.
Traduction : Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier.
Mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig.
Assistante à la mise en scène : Amélie Énon
Avec : Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, Marie Rémond.
Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou.
Collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel.
Assistante à la scénographie : Lisetta Buccellato.
Lumière : Marion Hewlett.
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck.
Son : Xavier Jacquot.
Vidéo : François Gestin.
Durée : 1 h 45.

Du 10 mars au 14 avril 2017.
Du mardi au samedi à 20 h, le dimanche à 15 h.
Odéon Théâtre de l'Europe, Paris 6e, 01 44 85 40 40.
>> theatre-odeon.eu

Safidin Alouache
Mardi 28 Mars 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

Au 41e Festival de la Vézère souffle l’esprit de la musique

Le festival de référence en Corrèze poursuit son aventure malgré la disparition de sa regrettée fondatrice. Il offrira cette saison encore de très beaux rendez-vous musicaux.

Festival de la Vézère 2020, concert de la famille Pidoux © 28mmphoto.
Pour sa 41e édition, le Festival de la Vézère fera vivre l'esprit des lieux puisque Diane du Saillant poursuit la belle mission que s'étaient fixés ses parents, Isabelle et Guy : donner la plus grande audience à la musique et à l'opéra en Corrèze en région Nouvelle-Aquitaine. Elle est donc à la tête depuis cette année du festival fondé en 1981 et entend même le développer. Dix-neuf événements forts rassemblant 150 artistes dans treize lieux remarquables sont offerts dès le début de juillet et ce, pour plus d'un mois.

Fidèle à son esprit alliant exigence et éloge de la beauté, invitant nouveaux venus et artistes fidèles, la manifestation entend rassembler un public très divers : jeunes, familles, mélomanes avertis et amateurs estivaux de sensations nouvelles. De nombreux lieux patrimoniaux se sont ajoutés au cours des quatre décennies mettant le public aux premières loges de l'excellence musicale. En cette année 2022 s'y ajoutent deux nouveaux : les Ardoisières de Travassac et les Jardins de Colette à Varetz. Ce dernier accueillera le 20 juillet Alex Vizorek et le Duo Jatekok, les talentueuses sœurs pianistes, pour un "Carnaval des animaux" de Saint-Saëns attendu.

Outre le désormais traditionnel week-end lyrique des 5, 6 et 7 août au Château du Saillant, rendu possible grâce à la formidable compagnie du pianiste Bryan Evans, Diva Opéra (avec "Tosca" et "Cosi fan tutte" cet été), voici une petite sélection d'évènements inratables chinés au cœur d'un riche programme.

Christine Ducq
25/06/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Eurydice aux Enfers" Vivre comme mourir engage l'être tant dans son âme que dans son corps

Ayant perdu son épouse Eurydice, Orphée pleure sa mort durant la cérémonie funèbre. Zeus, voyant le chagrin du jeune homme, l'autorise à descendre aux Enfers pour qu'il aille chercher sa bien-aimée. Une seule condition lui est imposée : qu'il ne croise le regard d'Eurydice à aucun moment.

© Julie Mitchell.
Accueilli d'abord avec hostilité par les Esprits infernaux, Orphée est ensuite guidé par les Ombres heureuses dans le paysage des Champs-Élysées et elles lui rendent Eurydice. Tous deux chantent le bonheur retrouvé et Orphée veille à ne pas regarder son épouse. Mais celle-ci commence à douter de l'amour d'Orphée qui lui refuse tout contact. Tenu au silence, Orphée finit pourtant par briser le serment et témoigne son amour à Eurydice : la jeune femme s'effondre aussitôt, laissant à nouveau Orphée seule. Toutefois, grâce à l'intervention de l'Amour, ils seront bientôt unis pour l'éternité.

Tel est le résumé du célèbre mythe d'Orphée et Eurydice. Mais c'est avec une grande modernité et une grande audace que la Compagnie de l'Eau qui Dort, sous la houlette de Gwendoline Destremau, a revisité ce dernier. Ici, c'est Eurydice qui traverse la croûte terrestre pour retrouver son amant Orphée décédé. Elle rencontre de multiples cadavres et créatures qui font de sa route vers l'amour un véritable chemin initiatique. La mise en scène, d'une modernité heureuse et lumineuse, met l'accent sur une incontestable dimension féminine sans toutefois afficher de grandes revendications féministes auxquelles on est souvent confronté ! Car dans cette pièce, tout est soigneusement sobre à ce sujet, juste et subtile.

Brigitte Corrigou
25/06/2022