La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Shock Corridor"… Ou comment il est fou parfois de n'être pas fou

"Shock Corridor", Nouveau Théâtre de Montreuil, Montreuil (93)

Avec "Shock Corridor", Mathieu Bauer propose une adaptation théâtrale du film éponyme de Samuel Füller qui révèle l'envers du décor américain et les dessous du glamour. Une american way of life de la violence. Et particulièrement celle de l'institution psychiatrique.



© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Par les moyens du théâtre, le spectateur est invité à suivre les pistes du film dans une forme de labyrinthe scénographique et dramaturgique dont les jeunes comédiens sortis de l'école de Strasbourg (TNS) s'emparent avec un plaisir manifeste. L'adaptation théâtrale, disons le tout net, est une réussite.

Il y a tout d'abord la trame du récit filmique : celle d'un journaliste enquêtant sur un crime commis dans un hôpital psychiatrique en se faisant passer pour malade. Au risque de la perte de raison et de la perte de la preuve.

Il y a aussi le fil biographique de l'auteur reporter de guerre et réalisateur au cigare qui s'insère sans heurts par le biais d'une entrevue-témoignage.

Il y a enfin la montée à la surface des seconds rôles du cinéma qui ont trouvé dans "Shock Corridor" le court rôle de pleine lumière dont rêvent toute une vie ceux qui font carrière en bordure des projecteurs.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Ces itinéraires, ces bribes de vie s'entremêlent et se nouent et se cristallisent dans des instants musicaux, un éclat de jeu individuel ou un mouvement d'ensemble.

Dans cette convention d'un théâtre construit déconstruit, le spectateur est sollicité de tous côtés. Le spectacle a la texture dense, variée, virtuose. Sans rupture de rythme, il est digne d'une comédie musicale ou d'un thriller.

Et dans le parcours mental, dans le dédale suggéré, le même spectateur éprouve le plaisir assez anglo-saxon de l'enquête et de la découverte de différents indices. Il repère comment d'une manière sournoise ou brutale une société façonne ses bordures et ses marges, pose la frontière entre le fou et le sain d'esprit. Comment le théâtre peut jouer avec les ambiguïtés. Comment il est fou parfois de n'être pas fou.

Mathieu Bauer, avec ses jeunes comédiens, propose le franchissement du miroir. Le spectateur applaudit.

"Shock Corridor"

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Adaptation, mise en scène et scénographie : Mathieu Bauer.
Collaboration artistique et composition : Sylvain Cartigny.
Avec : Youssouf Abi-Ayad, Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre.
Dramaturgie : Thomas Pondevie.
Son : Auréliane Pazzaglia.
Lumière : Stan-Bruno Valette, Marie Bonnemaison.
Costumes : Léa Perron.
Plateau et accessoires : Laurence Magnée.
Décor réalisé par les ateliers du TNS.
Durée : 1 h 45.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Du 10 janvier au 4 février 2017.
Du mardi au samedi à 20 h. Samedi 21 à 15 h, dimanche 29 à 17 h. 1er, 2 et 3 février à 21 h.
Relâche : 15, 22, 23 et 30 janvier.
Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, Montreuil (93), 01 48 70 48 90.
>> nouveau-theatre-montreuil.com

Jean Grapin
Mardi 24 Janvier 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


Partenariat


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Reprise Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/12/2017
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
04/12/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016