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Théâtre

"Rosa Luxemburg Kabarett" Un écrin poétique qui éclaire la politique révolutionnaire

Rosa Luxemburg, figure féminine de la grande période révolutionnaire du début du siècle dernier. Sa vie s'est déroulée sur les traces des révolutions qui ont changé l'ordre du monde. Née en Pologne sous domination russe, s'exilant en Suisse puis en Allemagne où elle fut l'une de celles et ceux qui fondèrent le parti communiste (la ligue spartakiste), juste avant d'être assassinée par les précurseurs des nazis. Aujourd'hui, son corps flotte toujours sur les eaux plates du Landwehrkanal à Berlin où les militaires la jetèrent. Il flotte, lui et son message, jusqu'à nous.



© Pascal Gely.
© Pascal Gely.
Jeune, belle, volontaire et avec un cœur gros comme ça, c'est ainsi que Viviane Théophilidès invente et met en scène Rosa Luxemburg. Une femme sans peur, dont la verve et le talent oratoire sont capables de soulever les espoirs de militants, et dont la détermination reste intacte malgré les années de prison qu'elle subit quand elle milite contre la Première Guerre mondiale. Ce sont surtout ses traits de caractère que la pièce met en lumière, sans négliger pour autant les idées que Rosa Luxemburg défendit contre le pouvoir et parfois contre ses propres camarades.

Et c'est une douceur originale et bienfaisante que de comprendre le lien entre une nature humaine sensible et un discours politique généreux. Aucun message didactique ici : la pièce, montée en forme de cabaret aux allures parfois brechtiennes, parcourt la vie de la révolutionnaire par touches fragiles, bienveillantes et vivantes.

© Pascal Gely.
© Pascal Gely.
Pour enjamber le siècle qui nous sépare de la vie de Rosa Luxemburg, Viviane Théophilidès construit des ponts qui s'affranchissent de la logique, de la chronologie. L'unité du spectacle tient entièrement à cette liberté absolue que donne cette forme de cabaret pour raconter l'Histoire. Une liberté de ton et de forme qui est comme le miroir de la liberté réclamée par Rosa tout au long de sa vie.

Les chansons, magnifiquement interprétées par Anna Kupfer (à la fois drôle et émouvante), accompagnée au piano par Géraldine Agostini (qui signe les arrangements et est un personnage actif du spectacle), rythment la narration. Elles sont diverses, ces chansons. En français, en allemand ou en yiddish. Elles sont les multicultures portées par Rosa. Elles représentent aussi sa vision sans frontières des peuples.

Sophie de la Rochefoucauld interprète Rosa Luxemburg en distillant une belle innocence, une belle fragilité. Quant aux autres interprètes, Viviane Théophilidès et Bernard Vergne, ils agissent en passeurs entre cette histoire, l'Histoire et nous.

Nulle vieillerie, nulle nostalgie, nul prosélytisme ne sourd de ce Kabarett, mais une franche et belle fraternité, faite de fragilité (car aucun garde-fou ne protège les interprètes qui sont autant eux-mêmes que des personnages) et d'énergie, elle aussi donnée par les artistes. Ajoutons-y la simplicité nécessaire de la mise en scène. Pas de trucs, pas d'effets scéniques mais un instant pur et franc qui rend un bel hommage à la révolutionnaire assassinée.

"Rosa Luxemburg Kabarett"

© Pascal Gely.
© Pascal Gely.
Texte : Viviane Théophilidès.
Mise en scène : Viviane Théophilidès.
Avec : Géraldine Agostini, Sophie de la Rochefoucauld, Anna Kupfer, Viviane Théophilidès, Bernard Vergne.
Lumières : Philippe Catalano.
Costumes : Joan Bich.
Arrangements musicaux Géraldine Agostini.
Durée : 1 h 40.
Collectif Ondes Sensibles.

Du 7 janvier au 1er février 2020.
Du mardi au samedi à 19 h.
Théâtre Les Déchargeurs, Salle Vicky Messica, Paris 1er, 01 42 36 00 50.
>> lesdechargeurs.fr

Bruno Fougniès
Lundi 13 Janvier 2020

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020