Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Quand la voix se fait l'écho de l'âme...

Quand la parole devient, mot après mot, maux après maux, le subtil sculpteur du labyrinthe des non-dits, des absences, du manque... et des espérances, de celles qui forment la trame de nos rêves, qui bâtissent peu à peu nos vies, nous faisant avancer...



© Guichet Montparnasse.
© Guichet Montparnasse.
"Aimez-vous la nuit ?", une question leitmotiv, fil conducteur... portant "sombre" mais vite désamorcée par la rengaine chantée avec légèreté par Léa, personnage pivot de la pièce : "Le soleil a rendez-vous avec la lune / Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend..." Deux faces éclairant l'étrange dualité du texte de Julien Séchaud ; entre le réalisme cynique de notre société, à l'heure où l'arrogance de l'argent l'emporte souvent sur la rébellion et la poésie, et la densité des enjeux que l'âme humaine met en scène au moment des choix essentiels, entre vie et trépas, amour et amitié, pardon et oubli… Choix qui irrémédiablement laissent des traces indélébiles.

Pour dessiner petit à petit les contours complexes de nos limbes, Julien Séchaud nous emmène dans ce monde étrange - que l'on ne peut qu'imaginer -, stationnaire, provisoire... du coma. Il y a ceux qui ne font que passer - mais ne le savent pas - (Bruno, Mathias), celle (Léa) qui ne sait plus si elle "reste" (c'est la plus ancienne) et la passeuse qui, obéissant à la "Voix", ne connaît que deux chemins, le retour à la vie et "l'Ailleurs". De ce texte inclassable, Annie Vergne s'est emparée... avec passion. À la mise en scène, mais également comme comédienne, interprétant le rôle "central" de Léa.

© Guichet Montparnasse.
© Guichet Montparnasse.
Et elle apporte, avec une extrême délicatesse, beaucoup de sensibilité et d'intériorité à son personnage. Celui-ci, au carrefour des rencontres, est un fil ténu et tendu tissant une toile où la justesse des sentiments mais aussi leur violence trouvent crédibilité et force dans la sobriété élégante de sa mise en scène. Décor simple, voire dépouillé, nous laissant juste deviner l'esquisse d'un quai de gare d'un côté et une chambre d'hôpital de l'autre ; direction d'acteurs tout en finesse, sans effets appuyés, pour simplement jouer sur la corde sensible et intérieure de chaque comédien. Que ce soit Laurence Allainmat, Anne-Chantal Bourdillat, Ghislain Geiger ou Julien Séchaud, tous sont parfaitement calés sur cette partition si délicate où la mélodie parfois douce, parfois violente, nous donne à entendre la genèse de l'amour et de l'amitié, sentiments universels ayant construit l'Homme depuis ses origines. Sans jamais glisser dans le pathétique, cet univers de questionnements et de rencontres se construit dans une ambiance à la fois poétique et humoristique, où la dérision a sa place.

"Aimez-vous la nuit ?" est un chant théâtral particulier, rare, écrit par un jeune auteur, Julien Séchaud, qui fait montre ici d'une grande (incroyable) maturité et mise en scène par une artiste qui, en puisant au fond d'elle-même la chair d'évènements douloureux, a su emmener une troupe à exprimer (à poser) avec un immense talent, les questions fondamentales qui construisent nos existences. Évidemment, on ne ressort pas intact d'une telle mise en abîmes des âmes mais, ici pas de tristesse, car jusqu'à la fin et au dénouement des "départs", le cœur se fait léger et heureux des réconciliations abouties. Le travail d'Annie Vergne et de l'ensemble des comédiens est d'une rare finesse, d'une très grande précision et surtout distille une puissante émotion à aucun moment surfaite. Le Théâtre du Guichet Montparnasse (et sa directrice) prouve, si besoin était, qu'il reste un haut lieu de la création contemporaine, aujourd'hui... et cela depuis plus de vingt ans.

"Aimez-vous la nuit ?"

(Vu le 6 février 2011)

Texte : Julien Séchaud.
Mise en scène : Annie Vergne.
Avec : Laurence Allainmat, Anne-Chantal Bourdillat, Ghislain Geiger, Julien Séchaud, Annie Vergne.
Et la participation d'Isabelle Delage.
Musique : Nicolas Van Melle.

Dimanches 20 et 27 mars, 3 et 10 avril, 15, 22 et
29 mai 2011 à 15 h 30.

Reprise à partir de septembre.
Théâtre Le Guichet Montparnasse, Paris 14e, 09 75 75 18 18.

Gil Chauveau
Mardi 5 Avril 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020