La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2022

•Off 2022• "Mahalia et Moi" Le gospel, un espoir renouvelé pour la liberté et contre les inégalités

"Au nom du Gospel". À ses débuts, le mot "gospel" trouve de l'écho avec Thomas Dorsey, Sam Cook avec The Soul Stirrers ou encore Shirley Caesar avec The Gospel Caravans. Mais celle qui a marqué la légende restera à jamais Mahalia Jackson.



© Misse Swing Evenements.
© Misse Swing Evenements.
Le temps d'un spectacle, Florence Aubrun nous transporte dans l'univers de la reine de ces chants d'églises noires américaines. Considéré comme la plus grande voix du gospel du XXe siècle, cette amie du pasteur Martin Luther King était très engagée dans les mouvements pour les droits civiques. Ce sont ses valeurs, ses convictions contre la ségrégation, ses luttes et ses combats que Florence Aubrun a voulu mettre à l'honneur. Par la voix du gospel et de la soul, elle lui rend un hommage en faisant résonner son âme.

C'est toute vêtue de rouge, d'une voix douce et apaisante, que la comédienne embarque le spectateur dès les premiers instants de la représentation. Deux musiciens sont déjà sur scène, ce qui présage d'emblée d'un bien joli moment de spectacle. On ne sait pas toujours pourquoi… C'est ainsi. Les émotions théâtrales ne sont pas toujours raisonnées ! La suite du spectacle ne le démentira pas…

Nous sommes dans les années cinquante en Amérique et les notes de "Down by the Riverside", la célèbre chanson des esclaves noirs est interprétée avec une sensibilité toute palpable par la comédienne. Pour Mahalia Jackson, le gospel, c'est l'appel de Dieu et cette musique lui donne de l'espérance. C'est un petit sentier vers la paix que la célèbre chanteuse tracera toute sa vie, notamment auprès de son ami le pasteur Martin Luther King.

"Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui, coopère avec lui", dira-t-elle. Florence Aubrun l'a bien compris en rendant à cette chanteuse exceptionnelle un hommage exceptionnel. Très jeune, en prenant des cours de chant dans une chorale, elle a appris qu'on pouvait chanter et en faire un métier. Bien lui en a pris, car ce spectacle puissant et sensible fait vibrer le spectateur corps et âme. La voix captivante de la comédienne accompagne avec une grande sensibilité le combat que fut celui des esclaves noirs et le regard de Mahalia Jackson levé vers le ciel sur un écran à un moment du spectacle nous élève, nous aussi, une heure durant.

© Misse Swing Evenements.
© Misse Swing Evenements.
L'artiste, également autrice, compositrice, coach vocal, chef de chœur, s'est investie d'un devoir de mémoire envers Mahalia Jackson. Le résultat est bouleversant et le pari tenu. Accompagnée à la batterie par Pierre-Auguste Bonna dont on sent beaucoup de complicité via des accompagnements créatifs virevoltants et par Tantely Rambeloon au piano, "Mahalia et moi" est un moment de spectacle qui emporte.

Cette représentation est un moment de grâce au cours de laquelle on ne remerciera jamais assez cette magistrale chanteuse noire américaine dans l'Amérique des années cinquante d'avoir refusé de pousser des poussettes, de laver le linge ou de récurer les sols. Beaucoup de gens ont pu se demander comment cette femme qui a chanté à Buckingham Palace et à la Maison-Blanche avait pu le faire…

"I have a dream", disait Martin Luther King, "que chacun puisse enfin devenir libre", disait Mahalia Jackson. Puisse le monde comme il va faire en sorte que d'autres femmes semblables à Mahalia Jackson se dressent elles aussi contre les inégalités et chantent ! Chantent pour dire et communier. Parce que bien souvent les douleurs font naître des étoiles.

Vu au Théo Théâtre à Paris en mai dernier.

"Mahalia et Moi"

Spectacle Musical en hommage à Mahalia Jackson.
Texte : Florence Aubrun.
Mise en scène : Florence Aubrun.
Chanteuse et comédienne : Florence Aubrun.
Batterie : Pierre-Auguste Bona.
Piano : Tantely Rambeloson.
Directeur artistique : Max Zita.

•Avignon Off 2022•
Du 7 au 30 juillet 2022.
Tous les jours à 22 h, relâche le mardi.
Sham's Théâtre, 25, rue Saint-Jean le Vieux, Avignon.
Réservations : 04 65 87 88 88 ou 06 60 96 84 82.
>> festivaloffavignon.com

Brigitte Corrigou
Mardi 28 Juin 2022

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022