La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Les Enfants du Paradis au théâtre... Une adaptation à saluer... mais perfectible !

"Les Enfants du Paradis", Le Lucernaire, Paris

Dès l’origine, le cinéma a vampirisé le roman populaire et le répertoire théâtral mais il est rare que le théâtre se réapproprie la matière cinématographique pour la restituer à la scène. C’est pourquoi la création au Lucernaire des "Enfants du Paradis" d’après Jacques Prévert, hors le film réalisé par Marcel Carné, est à saluer.



© Christophe Gsell.
© Christophe Gsell.
Traité de manière contemporaine, reprenant des tics de montage du cinéma actuel, le scénario est coupé collé condensé par Philippe Honoré. Réduit à un enchaînement de scènes, à un accéléré rythmé par des répliques cultes.

Le public moderne est habitué aux ellipses, aux coupes nettes, et comme les comédiens ont du plaisir à dire les répliques, et d’une certaine manière à en présenter les variations, le spectacle mis en scène par Philippe Person, dont le montage se veut nerveux, divertit par ses beaux instants. Garance (Florence Le Corre Person) fait l’objet d’un traitement qui lui insuffle une jeunesse contemporaine, un caractère concret simple et clair. Ces enfants du paradis-là sont le portrait d’une jeunesse insouciante : c’est la bande annonce d’un remake à venir.

Toutefois, le spectateur, devant cette proposition de rajeunissement et d’émancipation de l’original, ne peut que rester dubitatif. L’œuvre présentée a tout ce qui sépare un simple pitch d’un drame et d’une comédie.

© Christophe Gsell.
© Christophe Gsell.
L’adaptation laisse en effet de côté le sens de la fatalité, la gaité désespérée, la vitalité qui meut les personnages dans le scénario et dont chaque réplique cristallise la tension d’une situation.

Elle reprend en revanche, dans un retour paradoxal aux sources, la forme de la parade d’un théâtre de foire, du boulevard du crime, dont le harangueur présente les scènes remarquables. Avec tous les effets de surfaces, de simplification, hâtives et excessives que cela induit.

N’en déplaise à la qualité intrinsèque du jeu, le travail de déconstruction décontextualisation en œuvre, de mise en image du texte de Jacques Prévert (dont on peut penser ce qu’on veut), reste dans l’anecdote d’un quotidien du monde du spectacle. Il ne peut être occulté le fait que les personnages des "Enfants du Paradis" ne peuvent être réduits à une forme de banalité.

Quand ils s’appellent Baptiste Deburau, Pierre-François Lacenaire ou Frédérick Lemaître, les personnages ne sont pas des homonymes d’hommes célèbres. Ils ont une densité de géants de la réalité et font frémir le spectateur avant même que d’apparaître ; ou bien, pour ce qui concerne Garance, elle a la puissance d’un personnage énigmatique au caractère fort, mû par la fatalité des hommes : divine et victime. "Les Enfants du Paradis" sont portés par la Puissance de l’imaginaire .

Il faut bien reconnaitre que ceux qui sont sur scène actuellement présentent encore bien des facilités qu’il appartient de réduire avant la présentation de ce spectacle aux Carmes à Avignon cet été.

Notes : Le mime Deburau a inspiré Marcel Marceau mais aussi des numéros de music-hall, de Charlie Chaplin à Michael Jackson.
Pierre-François Lacenaire, "le poète assassin", fut l’ennemi public numéro un au début du XIXe siècle, avant d’être guillotiné en janvier 1836.
Frédérick Lemaître est un acteur qui créa les rôles de jeunes premiers des pièces de Victor Hugo.

"Les Enfants du Paradis"

© Christophe Gsell.
© Christophe Gsell.
D'après le scénario de Jacques Prévert.
Adaptation : Philippe Honoré.
Mise en scène : Philippe Person.
Avec : Yannis Bougeard, Florence Le Corre-Person, .Philippe Person en alternance avec Pascal Thoreau, Sylvie Van Cleven.
Lumières : Alexandre Dujardin.
Décors : Vincent Blot.
Costumes : Marion Robillard et Bédite Poupon-Joyeux.
Cie Philippe Person.
Durée : 1 h 10.
Reprise Festival d’Avignon 2014 au Théâtre des Carmes.

Du 5 février au 30 mars 2014.
Prolongation : Du 1er avril au 1er juin 2014.
Relâches : 2, 3, 4, 13 et 18 mai.
Du mardi au samedi à 20 h. Dimanche à 15 h.
Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Jean Grapin
Lundi 24 Février 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019