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Théâtre

Le vicaire... Vertige, amertume d’une comédie humaine

"Le vicaire", Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, Paris

Le pape. Pie XII, bien que représentant du Christ sur terre (vicaire) à la tête d’une religion très bien organisée à l'international, ne condamna pas clairement les nazis pour sauver les juifs, ses frères en bible et en humanité. Créée en pleine guerre froide en 1963, la pièce fleuve de Rolf Hochhut "Le vicaire" pointe et interroge ce comportement étonnant. Mise en scène par Erwin Piscator à Berlin et à Paris par Peter Brook et François Darbon, elle fit scandale. Elle inspira Costa Gavras pour son film "Amen".



"Le vicaire" © Lot.
"Le vicaire" © Lot.
L’adaptation de Jean Paul Tribout est une version courte qui condense très intelligemment la situation. Il y eut dans un monde de terreur entré en démesure six personnes qui connaissaient la mise en œuvre de la politique d’extermination des populations juives et constituèrent une chaîne d’entraide dans le réseau diplomatique du Vatican pour obtenir une audience. Six rôles clés.

Chaque comédien crée d’authentiques personnages en jouant sur les forces et faiblesses de leur caractère. Est ainsi souligné le mystère de l’homme dans ses contradictions confronté à l’action qui résume une vie. Obéissance, Rébellion. Atermoiements. Héros, martyr, lâche ou sauveur. Vie, mort, peur. Rythmée la pièce en devient palpitante et offre de très beaux moments de théâtre à la fois sensibles et didactiques.

Et une incompréhension demeure suspendue, celle de la raison suivie par le pape. Dans ce que l’on peut comprendre de cette période tragique, c’est que le Vatican conduisait sa propre politique, inscrite dans un projet de très longue durée à l’écart des soubresauts du monde louvoyant, pour reconstituer sa puissance étatique et son emprise au risque du brouillage du message d’amour qu’il professe auprès des simples mortels. Vertige. Amertume d’une comédie humaine .Le vicaire est une réussite théâtrale.

"Le vicaire"

"Le vicaire" © Lot.
"Le vicaire" © Lot.
Texte : Rolf Hochhuth.
Traduit de l’allemand par F. Martin et J. Amsler, publié aux éditions du Seuil.
Adaptation et mise en scène : Jean-Paul Tribout.
Assistant : Xavier Simonin.
Avec : Claude Aufaure (le Cardinal), Mathieu Bisson (Richard Fontana), Emmanuel Dechartre (le pape), Éric Herson-Macarel (Kurt Gerstein), Laurent Richard (Le Nonce), Xavier Simonin (Jacobson le père Général) et Jean-Paul Tribout (Fontana père).
Décors et accessoires : Amélie Tribout.
Lumières : Philippe Lacombe.
Costumes : Aurore Popineau.
Durée du spectacle : 1 h 45.

Spectacle du 8 novembre au 31 décembre 2011.
Mardi, vendredi, samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h, samedi à 16 h.
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, Paris 14e, 01 45 45 49 77.
>> theatre14.fr

"Le vicaire" © Lot.
"Le vicaire" © Lot.

Jean Grapin
Vendredi 9 Décembre 2011

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