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Théâtre

"La peau d’Élisa" ou La sensible et inquiète solitude d'une femme à fleur de peau

"La peau d’Élisa", Théâtre Michel, Paris

L'art du seul en scène est un art difficile et si le texte se doit d'être à la hauteur, l'interprétation, elle, ne peut souffrir la médiocrité. Laurence Pollet-Villard relève avec brio le défi en interprétant admirablement, et avec une intensité peu commune, "La Peau d’Élisa" le surprenant texte doux-amer de Carole Fréchette.



© Fabienne Rappeneau.
© Fabienne Rappeneau.
Elle est seule... Élisa, seule à une table de café, peut-être, ou une table de salon, qui sait ? Seule la solitude est une certitude... Cette solitude convoque l'inquiétude... qu'elle essaye de faire disparaître en racontant, en se racontant aussi, à travers des histoires - qui, si elles ne sont pas siennes, le deviennent petit à petit -, des histoires d'Amour en petits bouts d'amours passés ou espérés. Et Élisa prend le public à témoin, l'interpelle, l'attrape, le prend à bras le corps, l'enlace dans ses bras, l'invite à la veiller, à la surveiller... pour ne pas disparaître... Un public et des histoires... pour encore vivre un peu !

Cette volonté quasi "guerrière" d'exister, comparable à un combat coûte que coûte, énergique contre le désespoir, la solitude, est la marque de fabrique des personnages de Carole Fréchette. Que ce soit "Jean et Béatrice" et la quête de l'amour, "Baby Blues" et la reconstruction personnelle, "Les sept jours de Simon Labrosse" et la réinsertion sociale/professionnelle, etc., tous les héros de l'auteure québécoise se battent pour exister...

© Fabienne Rappeneau.
© Fabienne Rappeneau.
Et il y a mille et une façons d'exister, de sortir de la nuit... Dont celle d'incarner les histoires des autres, de se les approprier et les faire revivre, avec passion, comme une urgence, comme s'il s'agissait de sauver sa peau, freiner le temps qui passe... et, parfois comme une fleur, retenir la peau qui fane... Car, comme exprimer les souvenirs fait que les autres existent, échanger, communiquer avec les autres peut être la preuve physique que l'on existe.

Laurence Pollet-Villard est impressionnante dans la densité et la puissance qu'elle donne au personnage d’Élisa. Exprimant avec justesse les différentes facettes de sa personnalité - pouvant aller du rire au larmes, du désespoir à l'exaltation -, elle nous transporte dans ces récits amoureux, à la rencontre de Siegfried le fou, Jan l'exigeant, Edmond le romantique ou encore Ginette la boulotte, avec l'intensité et la sincérité nécessaires pour leur donner vie. Rendant crédible ces histoires d'amour, la comédienne emprunte avec délicatesse les chemins sensibles de ce texte généreux et plein d'émois qui parlent de la vie qui s'effile au fil du temps.

Laurence Pollet-Villard nous offre un moment rare, délicat, au phrasé mélodique, s'appropriant cette merveilleuse respiration de l'amour alimentée par ces petites choses quotidiennes, simples mais qui, comme le dit Élisa, "vont nous faire toucher les étoiles"... Une belle réussite... qui nous rapproche des étoiles !

"La peau d’Élisa"

© DR.
© DR.
Texte : Carole Fréchette.
Mise en scène : Véronique Kapoïan.
Avec : Laurence Pollet-Villard.
Production Le Grenier de Babouchka.
Durée : 1 h.

Avignon Off 2014
Du 5 au 27 juillet 2014.
Tous les jours à 11 h.
Théâtre Le Petit Louvre, Salle Van Gogh, Avignon, 04 32 76 02 79.

Du 14 octobre au 30 décembre 2014.
Mardi et mercredi à 19 h 15.
Théâtre Michel, Paris 8e, 01 42 65 35 02.
>> theatre-michel.fr

Gil Chauveau
Mercredi 16 Juillet 2014

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