La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

L'univers affreux, bête et méchant mais terriblement drôle de Bénédicte Vidal

"Bénédicte Vidal sort les griffes", Théâtre Le Bout (Paris) + Tournée

Elle a du talent… et une véritable écriture qu'elle a déjà mise au service des autres (Arthur, Marc-Olivier Fogiel, Nagui, etc.). Elle a une voix - qui lui permet de personnaliser et d'habiller ses différents personnages -, une vraie présence scénique et un humour caustique, terriblement actuel et d'une méchanceté jouissive qui n'est pas sans nous rappeler l'envergure comique d'une Zouc. Elle se nomme Bénédicte Vidal, se produit à la fois sur une scène parisienne et dans différentes villes de France.



© DR.
© DR.
Bénédicte Vidal a du mordant, du chien et ne s'en laisse pas conter... Créant des personnages qu'on imagine proches cousins des affreux, sales et méchants de la grande époque de la comédie à l'italienne, elle bouscule avec énergie certains tabous, ose une légère mais taquine cruauté ("Jackette et le chat") et pose des questions essentielles mais politiquement totalement incorrects comme : Devient -on forcément raciste quand on est élevé en région PACA par un père CRS ? ; Doit-on annoncer à un enfant qu'il est adopté ? ; Le parrainage d'enfant africain est-il un pari sur l'avenir ? ; Peut-on nourrir l'enfant que l'on garde au Space-cake pour avoir enfin la paix ? Est-il raisonnable de s'appeler Cohen dans une cité où votre voisine est celle de la première question ?

Bénédicte Vidal a le sens de la structure comique et chacun de ses sketchs (indissociable d'un personnage) est construit sur une trame serrée, sans creux ni rupture involontaire, tout silence étant opportun. Les effets visuels ou verbaux se succèdent, s'enchaînent sans temps morts, et établissent sans excès le champ caricatural des divers rôles interprétés (de la baby-sitter à la sycophante marseillaise en passant la déjantée et cruelle Jackette ou l'admiratrice allumée mais perfide).

© DR.
© DR.
En comédienne accomplie, elle a compris qu'il était nécessaire de s'approprier l'espace scénique et l'occuper en permanence… Et comme Zouc en son temps, jouer de sa puissance corporelle et de son agilité gestuelle pour instiller un burlesque quasi clownesque à ses personnages.

Seul petit bémol, dû à la jeunesse de ce premier spectacle : il lui reste à trouver des personnages plus originaux et encore plus trash... Peut-être. Mais elle en a le potentiel, le talent et, surtout, Bénédicte Vidal possède une réelle maîtrise de la composition comique qui lui permet d'écrire des horreurs, de parler de sexe (excellent "Anne-Ma et sa petite voiture sex toy) et de shaker les idées reçues en évitant les écueils de la vulgarité et de la facilité.
À voir et à suivre...

"Bénédicte Vidal sort les griffes"

© DR.
© DR.
Textes et mise en scène : Bénédicte Vidal.
Avec : Bénédicte Vidal.

Du 7 avril au 30 juin 2015.
Tous les mardis à 20 h.
Théâtre Le Bout, Paris 9e, 01 42 85 11 88.
>> lebout.com/

Tournée
Du 16 au 25 avril 2015 : Le Quai du Rire, Espave Kev Adams, Marseille (13).
2 et 3 mai 2015 : Théâtre du Cours, Nice (06).
14 mai 2015 : Plateau Le Big Show, Festival du Rire, Brides-les-Bains (73).
22 et 23 mai 2015 : Café-Théâtre Le Balladin, Gap (05).
30 mai 2015 : Festival Tremplin de l'humour, Plougastel-Daoulas (29).
20 février 2016 : Théâtre L'imprimerie, Rive-de-Gier (42).

Gil Chauveau
Samedi 4 Avril 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives







À découvrir

"Vies de papier" Un road-movie immobile, une épopée de l'autodérision

Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
08/01/2020
Spectacle à la Une

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Sortie à la Une

"Macbeth" Deux clowns donnent un éclat de rire à Shakespeare

C'est un petit bijou que ce spectacle. Le mariage réussi de deux grandes écoles apparemment éloignées : la tragédie élisabéthaine et l'art du clown. Politiques, conflits historiques, guerres et meurtres d'un côté, dérision, naïveté lumineuse, enfance et poésie de l'autre. Les deux mêlés font exploser le drame de Macbeth en feu d'artifice, entre rire et effroi.

"Macbeth", faut-il le rappeler, ce sont les trois célèbres sorcières surgies des brumes de la lande écossaise qui prédisent l'avenir royal au noble Macbeth, l'assassinat d'un roi pendant son sommeil, l'exil de ses fils, le meurtre de Banco, le rival désigné dans les prédictions, des apparitions et, enfin, une guerre sanglante. Aux manettes de cette machine, un couple : Macbeth et sa femme, lady Macbeth. Pas vraiment de quoi rire face à ces passions violentes : cupidité, trahison, remords. Seulement, lorsque les regards de clowns se posent sur la triste saleté de l'existence humaine, la perception des événements les plus noirs se transfigure.

Les deux clowns, Francis (Louis-Jean Corti) et Carpatte (Maria Zachenska), incarnent tous les personnages essentiels de la tragédie. Aucune partie de l'histoire ne manque. Chaque épisode est raconté, joué, et offert avec cette distance capable à la fois de percevoir le grave et d'en retirer dans le même temps le rire grandiose de la truculence. C'est du théâtre de clowns où le mime alterne avec le jeu issu de la comédie et la narration.

Mais comment s'étonner que cette manière de mettre en scène l'écriture de Shakespeare, lui qui n'a jamais cessé d'introduire dans la plupart de ses pièces, un fou, un bouffon, un clown ou un personnage tiré de la simplicité du peuple qui avec ses mots simples, ose dire ce que les autres n'osent pas. En cela, les deux clowns de cette histoire sont des passeurs entre ces héros tragiques et le public.

Bruno Fougniès
11/02/2020