Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"L'Arbre", comme conscience de la force et de la fragilité de la vie, conçu comme une ethnographie expérimentale

"L'Arbre", Théâtre du Soleil, Paris

Eugenio Barba et les comédiens de l'Odin Teatret présentent, dans les locaux du Théâtre du Soleil à la cartoucherie de Vincennes, leur dernière création, "L'Arbre".



© Rina Skeel.
© Rina Skeel.
Le spectacle d'Eugenio Barba, qui réunit autour d'un arbre ancien, dénudé, ébranché, les bourreaux et les victimes de conflits contemporains, a l'apparence d'une fable simple et (un peu) appuyée.

L'imagerie proposée estompe les citations historiques et les apparences ethniques (des Indes, d'Europe, d'ailleurs). L'arbre attire les rituels, porte les croyances comme il porte les fruits. C'est, tour à tour et en même temps, un arbre aux oiseaux, un arbre aux contes perchés, un arbre aux jeux d'enfants, un arbre au pendu, un arbre sec. C'est aussi un arbre brisé qu'un couple tout de douceur aux humbles cérémonies tente de faire revivre. Dérisoire et sublime tout à la fois.

C'est un arbre mort qui arbore les stigmates des fureurs. De ces hommes, ces seigneurs, saigneurs, de la guerre qui martèlent le sol, vocifèrent, étêtent, s'affrontent, portés par de mauvais vents. Leur exaltation se nourrit de leurs propres fracas, des cris et des pleurs qu'ils engendrent. Ils malmènent encore le silence qui suit leurs destructions et qu'a déserté le chant des oiseaux*.

© Rina Skeel.
© Rina Skeel.
Un arbre que l'on ne veut pas voir mourir.

La représentation est rythmée par le chant de narrateurs maniant les uns des instruments à vent (accordéon et voix profonde) ou à cordes (violon ou ektara). Dans leurs dialogues d'affrontement ou d'apaisement se développent les métamorphoses, les glissements de temps et d'espace. Comme une colère toujours exprimée toujours tempérée.

Sur scène les acteurs ne sont plus qu'énergie et modulation. Ils sont par leur grande maîtrise de l'art dans toute la puissance de leur être et portent, dans une forme de réalité supérieure, toute la cruauté du réel.

Il leur suffit alors d'arborer un nez rouge (un point rouge au milieu de la figure) pour que celui-ci apparaisse comme un point d'hésitation du regard, un point d'interrogation sur le monde et le temps du monde. Comme un point de dissolution entre Comédie et Tragédie.

© Rina Skeel.
© Rina Skeel.
Ce faisant, le metteur en scène revivifie la farce primitive. Celle qui prévaut quand les survivants, seuls témoins, refont le combat après le combat, avec toute l'énergie de la peur qui les a dominés. Et qui retrouvent, dans le récit qu'ils en font, le souffle, la distance nécessaire, vitale, qui transforme la terreur en hallucination salvatrice, qui permet d'atteindre un point de bascule, un retour à la conscience, le point de tarissement des larmes, le point d'apparition du rire, le point de l'oubli et de la compassion. C'est ce point d'inflexion qui est aussi celui de la réflexion et de la sensibilité qu'Eugenio Barba aborde.

Dans la parabole de cet arbre mort que les oiseaux ont fui et que les hommes arrosent de leurs pleurs et de leurs prières, le spectateur rencontre un mythe. Commun. Universel. En résonance avec sa conscience intime. Partagée entre lui et les comédiens. La présence de L'Arbre comme conscience de la force et la fragilité de la vie.

Dans "L'Arbre", il est aussi question de catharsis, de résilience. De théâtre donc. De grand Théâtre. Conçu comme une ethnographie expérimentale.

* À l'instant où ces lignes sont écrites la population des oiseaux de plaine a baissé de moitié et ce printemps ne voit pas arriver les hirondelles…

"L'Arbre"

© Rina Skeel.
© Rina Skeel.
Un spectacle dédié à Inger Landsted.
Texte : Odin Teatret.
Mise en scène et dramaturgie : Eugenio Barba.
Avec : Luis Alonso, Parvathy Baul, I Wayan Bawa, Kai Bredholt, Roberta Carreri, Donald Kitt, Elena Floris, Carolina Pizarro, Fausto Pro, Iben Nagel Rasmussen, Julia Varley.
Dramaturgie : Thomas Bredsdorff.
Scénographie : Luca Ruzza, Odin Teatret.
Lumières : Lucca Ruzza (OpenLab Company), assisté de Jesper Kongshaug.
Conception et réalisation d'arbres : Giovanna Amoroso et Istvan Zimmermann (Plastikart).
Programmation de logiciels : Massimo Zomparelli.
Costumes et accessoires : Odin Teatret.
Directeur musical : Elena Floris.
Directeur technique : Fausto Pro.
Marionnettes : Niels Kristian Brinthe, Fabio Butera, Samir Muhamad, I Gusti Made Lod.
Têtes de poupées : Signe Herlevsen.
Conseiller littéraire : Nando Taviani.
Durée : 80 min.

© Rina Skeel.
© Rina Skeel.
Du 9 au 19 mai 2018.
Du mardi au samedi à 20 h 30.
Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e, 01 43 74 24 08.
>> theatre-du-soleil.fr

Jean Grapin
Lundi 14 Mai 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Huit pièces de théâtre d'Agatha Christie éditées chez L'Œil du Prince

L'œuvre théâtrale d'Agatha Christie est très peu connue en France, ses pièces n'ayant quasiment jamais été publiées en français. C'est chose partiellement réparée avec la publication de huit textes - constituant une partie de son œuvre dramatique -, entre 2018 et 2020, aux Éditions L'Œil du Prince* dont deux, "Reconstitution" et "Le Point de rupture", le 12 novembre dernier.

En adaptant elle-même ses romans, Agatha Christie se révèle en dramaturge précise, maîtrisant parfaitement la tension dramatique du huis clos. Sa plume de romancière perce à travers des didascalies fournies, qui permettent de traverser les pièces comme des récits. On a pu le voir l'année dernière à La Pépinière Théâtre avec "La Souricière" mise en scène par Ladislas Chollat.

Ici, pour ces huit parutions, la traduction a été assurée par Gérald Sibleyras, auteur de quelques beaux succès dont "Un Petit Jeu sans conséquence" (co-écrit avec Jean Dell) et Sylvie Perez, journaliste et essayiste.

Gérald Sibleyras est l'auteur de nombreuses pièces : "Le Vent des peupliers", "La Danse de l'albatros", etc. Nommé quatre fois aux Molières comme meilleur auteur, il a gagné le Laurence Olivier Award de la meilleure comédie à Londres en 2006 pour l'adaptation du "Vent des peupliers". Il a reçu en 2010 le Molière de l'adaptateur pour "Les 39 marches". Gérald Sibleyras est également l'adaptateur de la pièce à succès "Des fleurs pour Algernon".

Gil Chauveau
27/11/2020
Spectacle à la Une

Lou Casa CD "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

Ils sont peu nombreux ceux qui ont une réelle vision d'interprétation d'œuvres d'artistes "monuments" tels Brel, Barbara, Brassens, Piaf et bien d'autres. Lou Casa fait partie de ces rares virtuoses qui arrivent à imprimer leur signature sans effacer le filigrane du monstre sacré interprété. Après une relecture lumineuse en 2016 de quelques chansons de Barbara, voici le profond et solaire "Barbara & Brel".

© Alicia Gardes.
Comme dans son précédent opus "À ce jour" (consacré à Barbara), Marc Casa est habité par ses choix, donnant un souffle original et unique à chaque titre choisi. Évitant musicalement l'écueil des orchestrations "datées" en optant systématiquement pour des sonorités contemporaines, chaque chanson est synonyme d'une grande richesse et variété instrumentales. Le timbre de la voix est prenant et fait montre à chaque fois d'une émouvante et artistique sincérité.

On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
03/12/2020
Sortie à la Une

Vingt-huit personnalités du monde culturel et intellectuel déposent une demande au Conseil d'État : leur droit fondamental à la culture

© DR.
L'ensemble des acteurs du théâtre, cinéma, cirque, privés, publics, compagnies, organismes publics, syndicats, associations… seront présents ou représentés lundi matin devant le Conseil d'État pour demander au gouvernement la réouverture des lieux de Culture.

À l'occasion de cette audience, 28 personnalités du monde culturel et intellectuel se sont jointes hier à la procédure en déposant une demande pour invoquer, en tant que citoyen, leur droit fondamental d'accès à la culture.

Ils souhaitent que le Conseil d'État se saisisse de ce moment historique et consacre le droit à la Culture comme une liberté fondamentale en France.

Mireille Delmas Marty, Edgar Morin, Isabelle Adjani, Karin Viard, Juliette Binoche, Jean Nouvel, David Dufresne, Jean-Michel Ribes, Virigine Efira, Rokhaya Diallo, Charles Berling, Pauline Bureau, Philippe Torreton, Julie Gayet, Rebecca Zlotowski, François Morel, Nadège Beausson-Diagne, Nancy Huston, Bulle Ogier, Bernard Latarjet, Laurence Lascary, Patrick Aeberhard, Marcial Di Fonzo Bo, Anna Mouglalis, José-Manuel Gonçalves, Zahia Ziouani, Anny Duperey, Paul B. Preciado.

Cabinet en charge du dossier :
Cabinet Bourdon & Associés – Avocats, 01 42 60 32 60.
contact@bourdon-associes.com

Communiqué de presse du 20 décembre 2020.

La Rédaction
20/12/2020