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Théâtre

"King Kong Théorie"… Une écriture de la sensation pour une représentation de l'émotion

"King Kong Théorie", en tournée

Ce deuxième volet du focus "Femmes !"* est une réelle expérience émotionnelle. On peut ressentir quelque chose de l'ordre du partage lors de la représentation. Quelque chose se tisse entre le plateau et le public. Le spectateur n'a plus un statut passif. Il n'assiste pas aux paroles énoncées et aux corps exposés. Il y participe. Il est un élément à part entière.



© Philippe Weissbrodt.
© Philippe Weissbrodt.
Qu'est-ce qu'être femme ? L'auteure met à mal la condition féminine telle qu'elle est véhiculée par la société. Non, une femme ne doit pas forcément être une petite chose fragile qui ne sait pas se protéger seule. Non, une femme n'est pas forcément bien habillée, coiffée, maquillée, élancée et séduisante.

Tour à tour, Julia Perazzini et Géraldine Chollet prennent la parole ; mais avant de se lancer dans l'exercice du récit, elles prennent conscience de ce qui les entoure. La scène, le public, le spectacle, le texte. Mais également l'histoire qui existe derrière tout ça, l'idée et la volonté originelle, les mécanismes enclenchés. Ce n'est pas qu'un récit, c'est aussi et surtout un témoignage. C'est une individualité révoltée qui ne veut plus se taire, qui ne veut plus se laisser faire. C'est une personne qui choisit de s'exprimer. C'est une femme qui se fait la définition de l'humanité.

Les comédiennes sont tellement touchantes de sincérité. Elles se tiennent là, debout devant vous, et elles parlent. Elles ne semblent que parler mais elles font tellement plus que ça. Votre ventre se noue, votre gorge se serre, vos yeux s'emplissent de larmes. Une multitude d'émotions vous traversent : de l'espoir, de la révolte, de la compassion, de l'empathie…

© Philippe Weissbrodt.
© Philippe Weissbrodt.
Elles n'ont pas besoin de parler fort puisqu'elles parlent juste. Leurs voix résonnent d'autant plus qu'elles ne s'imposent pas. Elles racontent tout simplement. Calmement. Sincèrement. Le public écoute attentivement. Vous prend l'envie de rire avec elles, de hurler à la face du monde tout ce que vous êtes. Le spectacle n'est pas seulement une pièce de théâtre. C'est un manifeste de l'être.

Sur les murs, la lumière projette l'ombre de la femme. L'image créée nous inspire une impression de force et de courage. La silhouette est grande et élancée, belle. Elle surplombe toutes les autres. Le plateau est mis à nu, comme l'est la parole de Virginie Despentes. Aucun artifice. C'est un plateau vide. Un plateau tout juste assez vide pour laisser les deux interprètes emplir l'espace de leur présence. Elles en occupent chaque centimètre carré. Elles nous envahissent. Tout est investi.

Une femme n'est pas ce corps gracieux qui se meut délicatement sur scène en parlant de danse. Une femme, c'est plutôt ces deux corps qui s'expriment, qui n'ont pas peur des mots ni des images, de la censure ou du quand dira-t-on. Ce que nous apprend ce spectacle, c'est qu'une femme, c'est une personne qui assume ce qu'elle est.

Vu à la Maison des Métallos à Paris.

*Le focus "Femmes !" de la Maison des Métallos comprend cinq spectacles (et plusieurs événements), du 12 septembre au 2 décembre 2017 : "Bovary Les films sont plus harmonieux que la vie", "King Kong Théorie", "Ce qui demeure", "F(l)ammes", "Les Monstrueuses".

>> Lire aussi : "Bovary Les films sont plus harmonieux que la vie"
>> Lire aussi : "F(l)ammes"

"King Kong Théorie"

© Philippe Weissbrodt.
© Philippe Weissbrodt.
D’après "King Kong Théorie" de Virginie Despentes.
Mise en scène : Émilie Charriot.
Avec : Julia Perazzini, Géraldine Chollet.
Regard dramaturgique : Igor Cardellini.
Regards extérieurs : Piera Honegger, Delphine Rosay.
Création lumières et régie Yan Godat.
Film et collaboration artistique : Valérianne Poidevin.
Production Compagnie Émilie Charriot.
Durée : 1 h 35.

Du 19 au 24 septembre 2017.
Mardi, mercredi et vendredi à 20 h ; jeudi et samedi à 19 h ; dimanche à 16 h.
Maison des métallos, Paris 11e, 01 47 00 25 20.
>> maisondesmetallos.paris

Tournée :

© Philippe Weissbrodt.
© Philippe Weissbrodt.
10 et 11 octobre 2017 : Espace Malraux - scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Chambéry (73).
13 et 14 octobre : L’Étincelle, Théâtre de la ville de Rouen (76).
17 au 19 novembre 2017 : Theaterdiscounter, Berlin (Allemagne).
11 et 12 décembre 2017 : TU - scène de recherche et de création contemporaine, Nantes (44).
10 avril 2018 : Vivat - Scène conventionnée, Armentières.
29 et 30 mars 2018 : Dôme - Scène conventionnée, Albertville.

Ludivine Picot
Samedi 23 Septembre 2017

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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

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L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
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"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

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© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
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Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

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Brigitte Corrigou
24/10/2022
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"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

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© Christel Billault.
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Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022