La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Intégrale des Messes de Josquin, "l'Européen", volume 9

Ce mois-ci, paraît l'avant-dernier volume de l'Intégrale des Messes de Josquin Desprez enregistré en l'Église de Javols (Lozère) par l'Ensemble Métamorphoses. Initiée et produite par Maurice Bourbon, cette fresque monumentale confirme la variété d'inspiration du génie novateur picard, grand maître européen de la polyphonie vocale de la première Renaissance.



Métamorphorses © DR.
Métamorphorses © DR.
Elles ne se comptent que sur les doigts d'une seule main, les Intégrales des messes de Josquin Desprez (ou Des Prés). On se souvient de celle de Peter Phillips (en 9 volumes) avec les Tallis Scholars, et voici que se profile l'aboutissement d'années d'un dur labeur et d'une passion impressionnante, celle de Maurice Bourbon et ses amis. Paraît en effet le neuvième volume de l'Intégrale des messes (18 en tout) initiée par ce chanteur, chef de chœur, musicologue, compositeur et fondateur d'ensembles de solistes a cappella - dont les Métamorphoses, neuf chanteurs internationaux talentueusement dirigés pour les deux messes de ce volume 9 par l'une d'entre eux, la soprano Juliette de Massy.

Cet énorme travail, fruit d'un artisanat admirable, tombe presque sous le sens quand on connaît la place qu'occupait le compositeur franco-flamand, né (vers 1440-50) à Beaurevoir (02) et mort à Condé-sur-Escaut (59) en 1521 dans un État placé sous l'autorité des Ducs de Bourgogne. Chantre dès l'enfance dans divers centres tels que l'Église collégiale de Saint-Quentin (Aisne), biscantor, puis maître de chapelle très prisé des princes en Italie et ailleurs, un des premiers compositeurs de l'école franco-flamande dont l'œuvre sacrée et profane connaît une publication de son vivant, Josquin Desprez fait rayonner au-delà des frontières du Comté du Hainaut (la France et la Belgique d'aujourd'hui) son art.

Et singulièrement ses messes - la messe, cette forme prédominante européenne de la musique sacrée de son temps. Les deux messes, qui font tout l'objet de cet avant-dernier volume consacré à "Josquin et Bruxelles", démontrent son art de l'innovation ("Messe Faysant regretz") comme l'aboutissement d'un tradition polyphonique franco-flamande dans son œuvre (amplifiée par exemple dans cette Messe "Sine nomine") pour une esthétique très personnelle, un "Ars combinatoria" très prisé à Bruxelles et au-delà.

Maurice Bourbon © DR.
Maurice Bourbon © DR.
Alors qu'on commémore les cinq cents ans de sa disparition, ces deux messes de Josquin confirment précisément son art original de la dédicace (la répétition de voyelles dans un motif mélodique du nom de la régente Marguerite d'Autriche, fille de l'Empereur Maximilien, avec la voyellisation musicale "Fa - Ré - Mi - Ré" dans la "Faysant regretz", entre autres cellules selon un schéma déjà utilisé par lui ailleurs), sa virtuosité dans l'écriture contrapuntique avec changements de durée, de rythmes et de hauteurs mettant en lumière la beauté linéaire des lignes mélodiques superposées comme leur signification propre.

Sans oublier, dans ces deux œuvres comme dans tant d'autres, son apport au quatuor vocal (et ses jeux de duos), ses recherches sur la distribution des voix (voir la variation des tessitures) et leurs combinaisons canoniques, mais aussi sa technique du mélisme : syllabes chantées sur plusieurs notes en plus des beaux effets de décalages et d'échos.

Les chanteurs de l'Ensemble Métamorphoses rendent justice à cette belle texture polyphonique empreinte d'une lumineuse spiritualité. Les caractères dramatiques, méditatifs ou hymniques des parties d'une messe sont soulignés et même exaltés avec le cœur, mais aussi un vrai sens du phrasé et de la fluidité. Juliette de Massy, qui a souhaité redonner vie à "des images, des caractères et des affects" induits par le compositeur, sait à notre intention redonner à ces messes tout leur relief architectural. De la belle ouvrage qui remet à sa place (une des premières) l'héritage d'un grand artiste mort deux ans après un autre sans doute (injustement) plus fameux, Léonard de Vinci.

● Ensemble Métamorphoses "Josquin Desprez, "Messes Faysant regretz, Sine nomine".
Label : AR RE-SE.
Distribution : Socadisc.
Sortie : avril 2021.

Métamorphoses :
Corinne Bahuaud, mezzo.
Léo Fernique, contre-ténor.
Clément Debieuvre, Vincent Lièvre-Picard, Marcio Soarès-Holanda, haute-contre.
Fabrice Foison, ténor.
Enrico Bava, Philippe Roche, basses.
Juliette de Massy, direction.

Christine Ducq
Samedi 24 Avril 2021

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.








Vidéos les plus récentes



À découvrir

Oui, nous pouvons permettre aux musiciens de pratiquer sans risque et sans mise en danger du public !

L'Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique, le syndicat CSFI (Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale), le syndicat Les Forces Musicales, c'est-à-dire les professionnels des instruments de musique, des orchestres et opéras français sont parvenus à établir un socle de connaissances solides scientifiquement prouvées sur les enjeux et les risques sanitaires liées à la pratique musicale et vocale. Il sont désormais en état de délivrer des préconisations et de nouveaux protocoles pour permettre aux musiciens de pratiquer sans risque et sans mise en danger du public. Fanny Reyre Ménard, à la tête du pilotage du Projet PIC VIC (Protocole pour les instruments de musique face au coronavirus, Pratique instrumentale et vocale) nous en a dit plus.

Bois & cuivres © Buffet Crampon.
Fanny Reyre Ménard est Maître Artisan luthière à Nantes depuis 1988 et vice-présidente du CSFI. Elle peut, au nom de ses collègues et camarades engagés dans ce groupe interdisciplinaire de travail (depuis avril 2020), affirmer aujourd'hui qu'une pratique musicale en ces temps de coronavirus n'est pas plus dangereuse que les principaux gestes et actes de notre vie quotidienne.

Un enjeu important puisqu'on parle ni plus ni moins que de rouvrir les salles de concert et les Opéras. Il s'agit également d'encourager la reprise normale d'une pratique musicale, instrumentale et vocale grâce aux outils et connaissances obtenus après quasiment une année de recherches.

Une recherche menée et des résultats obtenus grâce à une synergie de forces tout à fait exceptionnelle ; outre les professionnels des instruments de musique, des orchestres et autres opéras, les ingénieurs Recherche et Développement de structures importantes en facture instrumentale telles que Buffet Crampon, associés à des laboratoires de recherches en biologie, des spécialistes en aérosols ou en dynamique des fluides ont rejoint dans ce but commun (en savoir plus et agir en conséquence) l'Unité des Virus Émergents de l'Institut universitaire hospitalier de Marseille. Le milieu musical à l'arrêt en mars 2020 souhaitait reprendre l'avantage, la crise sanitaire ayant laissé tout le monde provisoirement sans réponse. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Christine Ducq
31/03/2021
Spectacle à la Une

"Respire" Un conte moderne qui traverse les airs comme un souffle magique

Johanne Humblet est funambule. Avec la Compagnie Les filles du renard pâle, elle parcourt le monde pour tendre ses câbles entre les immeubles, les monuments, les grues, elle les fait grimper, se courber en spirale, plonger dans des lacs, traverser des places, des rivières. "Le fil est le lien qui relie un point à un autre, au-dessus des frontières, des barrières, il rassemble. Un lien autant symbolique que concret", explique-t-elle. Elle tisse ainsi son parcours d'équilibriste : quelques dizaines ou quelques centaines de mètres de long et seulement 12 millimètres de diamètre.

© Les filles du renard pâle.
Mais la conception que cette funambule pleine de rêve fait de ses spectacles ne s'arrête pas à l'exploit. Et même si elle évolue sans sécurité aucune, elle ne cherche pas à provoquer chez celui qui regarde le nœud qui noue le ventre à l'idée de la chute dans le vide. Cette réaction est là, quoi qu'il en soit, mais Johanne Humblet ne s'en contente pas. Elle raconte des histoires. Et elle ne les raconte pas seule.

Avec elle, mais au sol, un groupe de trois musiciens rocks va l'accompagner tout au long de sa traversée. La partie musicale du spectacle est très importante. Un rock très teinté métal, trois musiciens aux looks punky qui suivent de leurs compositions l'évolution de la funambule là-haut. Ce sont des échanges, rythmes et regards, qui orchestrent l'évolution du chaperon rouge des airs tandis qu'au sol le loup surveille. Une autre partie importante du spectacle, qui a pour objectif de se jouer la nuit, est dirigée par l'équipe lumière, des lumières élaborées qui font le lien en collant à la musique et en découpant la funambule dans le ciel.

Bruno Fougniès
23/03/2021
Spectacle à la Une

"Adeno Nuitome" Une glorification de l'amour

Lola Molina questionne pour la deuxième fois les stigmates de l'amour. Dans sa pièce précédente intitulée "Seasonal Affective Disorder" (déjà dans une mise en scène de Lélio PLotton), elle s'était intéressée à la cavale hors normes, et pas correcte du tout politiquement parlant, d'une ado de 14 ans et d'un chanteur vaguement raté de 50 piges. Dans "Adeno Huitome", le couple est moins romanesque puisqu'ils ont à peu près le même âge. Lui est régisseur lumière, Elle, écrivain. Ils vivent ensemble en joyeux citadins et suivent chacun des carrières vouées à la réussite jusqu'au jour où le cancer s'immisce dans leur histoire. C'est sur Elle que ça tombe.

© Jonathan Michel.
Une nouvelle qui bouleverse leurs projets : ils changent de vie, abandonnent la ville, achètent une maison en pleine nature. C'est là qu'elle vit dorénavant entre la rivière, les arbres en fleurs, les animaux sauvages et l'écriture. Lui revient de ses tournées dès qu'il le peut. La pièce se construit ainsi en courtes interventions de l'une ou de l'autre et de scènes à deux. Mélanges de souvenirs, de narrations et moments de vie qui nous font découvrir peu à peu l'histoire de ces deux personnages et les variations de leur amour l'un pour l'autre.

Le texte autant que la mise en scène évitent avec bonheur tout réalisme. C'est plus vers une poésie de réconciliation avec la nature que vers l'analyse des dommages de la maladie que notre attention est tournée. Lola Molina scrute avec art et tendresse les remous intimes que la présence de cette menace provoque. Elle (le personnage féminin), prise entre la solitude de cette nouvelle maison et la solitude de son travail d'écriture navigue entre nostalgie de l'adolescence et besoin d'une vitalité que l'environnement bourgeonnant de la maison lui apporte. Lui se dévoue pour l'entourer de toute son attention.

Bruno Fougniès
15/04/2021