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Théâtre

"Inoxydables"… L'exil ? Et si c'était nous demain !

"Inoxydables", Théâtre National Populaire, Villeurbanne

Et si demain les exilés, c'était nous. L'exil n'a pas obligatoirement de couleur (de peau), de causes stéréotypées (guerre, génocide, famine, catastrophes naturelles, etc.), de pays désignés ou d'appartenance ethnique stigmatisée… Si c'était nous, alors peut-être comprendrions-nous mieux ce qui arrive aujourd'hui… qu'on s'évertue à ignorer…



© Michel Cavalca.
© Michel Cavalca.
C'est en partie cette idée qui a conduit Julie Médard à écrire "Inoxydables", texte dont s'est emparé avec conviction Maxime Mansion pour en donner une lecture, une mise en scène où se trouve posé un questionnement sur la relation que nous avons aujourd'hui avec les notions fondamentales d'humanité, d'empathie, d'altruisme et de bienveillance.

Au départ, une histoire d'amour toute simple, moderne, ancrée dans le vingt-et-unième siècle. Elle, Mia, ivre, flashe sur le bassiste d'un groupe de métal. Lui, Sil, le musicos à la basse, la remarque dans la foule, l'aborde… La rencontre est électrique comme leur musique et c'est le coup de foudre !

Le récit se déplie tranquillement, on croit être en Occident, on navigue en zone de confort… La musique se fait, se joue, au fil des répétitions. Mia, petit à petit, intègre la formation, participe parfois, au chant, et vit son amour avec Sil… comme une partition du coup de foudre, comme un état d'urgence, puis comme une nécessité en temps de guerre.

© Michel Cavalca.
© Michel Cavalca.
Car la vie soudain bascule… Bruits de guerre, bombardements, vacarme assourdissant… L'ennemi se rapproche… Fuir ! Le groupe se dissout pour que ses membres puissent partir, en se promettant qu'ils se retrouveront. Cela implique de vendre le matériel et les instruments. Elle : on ne part pas, je ne peux pas. La vie sera-t-elle meilleure ailleurs ? Apparaît l'attachement à un pays, à une langue, à ses proches qui, eux, ne partiront pas mais aideront.

Le récit de l'exil est enclenché, avec ses questionnements… Trouver les bonnes raisons de partir. Qu'est-ce que je quitte ? Qu'est-ce qui me reste ? Qu'est-ce que j'emmène ? Un long chemin se dessine, plusieurs fois esquissé par les échecs, amplifié par la douloureuse réussite, la difficile reconstruction… possible par le maintien d'un fil musical commun, d'une mélodie, notes constructrices de la cohésion d'un groupe "métal"… Inoxydables !

En plus du jeu d'une spectaculaire densité - sans surcharge, dans le respect de la langue, de l'écriture de Julie Ménard, crues, sans ambages - de Juliette Savary et Antoine Amblard, les trois artistes fondateurs du groupe Klone assurent leur partition au-delà de leur fonction de musicien.

© Michel Cavalca.
© Michel Cavalca.
La mise en scène prend l'option de la pluridisciplinarité, associant les arts pour atteindre l'art total, union fédératrice où infusent et fusionnent la musique et le théâtre, mais aussi la création sonore, la ou plutôt les lumières, les effets visuels dont la simplicité n'a d'égale que le rendu magique et extraordinaire - comme le projecteur perche dont l'utilisation est à la fois complexe et bluffante - ainsi que d'autres trucs que nous tairons pour ne pas ôter toutes surprises au spectateur.

Toutes ces matières scénographiques, parfaitement maîtrisées par Maxime Mansion, ne sont là que pour appuyer, amplifier, exacerber le propos. Rendre la fuite, la migration forcée plus aiguës, en proximité empathique pour le spectateur. Partir d'une situation confortable, à l'assimilation aisée, pour emporter le spectateur dans une réalité différente, pénible mais concevable où l'identification aux jeunes migrants peut se réaliser et, alors, entrer dans notre sphère de compréhension, d'empathie et, pourquoi pas, d'action !

À notre sens, le projet est réussi et nombreux dans le public repartent avec un nouveau bagage !

"Inoxydables"

© Michel Cavalca.
© Michel Cavalca.
Texte : Julie Ménard.
Mise en scène : Maxime Mansion.
Avec : Antoine Amblard et Juliette Savary.
Création musicale et musique live : Guillaume Bernard, Aldrick Guadagnino et Yann Ligner, fondateurs du groupe Klone.
Création sonore : Quentin Dumay.
Création lumière : Lucas Delachaux.
Scénographie : Amandine Livet.
Costumes : Paul Andriamanana Rasoamiaramanana.
Durée : 1 h 20.
Par La compagnie En Acte(s).
Résidence de création.

Du 20 mars au 6 avril 2019.
Du mardi au samedi à 20 h 30, sauf le jeudi à 20 h, dimanche à 16 h.
TNP Villeurbanne, Petit théâtre, salle Jean-Bouise, 04 78 03 30 00.
>> tnp-villeurbanne.com

Gil Chauveau
Jeudi 4 Avril 2019

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

© David Dubost.
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Gil Chauveau
09/09/2020
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© Aristide Barraud.
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31/08/2020