Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Gainsbourg entre dans la danse avec la compagnie Octavio de la Roza

Future rubrique "Les Temps Dansent"

Repéré à dix-huit ans par Maurice Béjart, Octavio de la Roza, jeune danseur chorégraphe, vole aujourd'hui de ses propres ailes. En septembre 2011, il rend hommage pour la première fois à celui qu'il admire sans jamais avoir pu le rencontrer avec un ballet justement intitulé "Voulez-vous danser Gainsbourg ?". Après avoir séduit la critique au festival Off d'Avignon cette même année, la compagnie Octavio de la Roza continue de présenter cette création pour trois solistes. Octavio de La Roza se dévoile à nous, avec passion, comme accompagné par Gainsbourg...



© Rémy Perrin.
© Rémy Perrin.
Deux danseuses et un danseur, entraînés dans la ronde des mélodies de Gainsbourg, talonné de près par Gainsbarre. Et cette invitation : "Voulez-vous danser Gainsbourg ?". Dans ce ballet, Octavio de la Roza, fondateur de la compagnie du même nom et danseur étoile disciple de Béjart prête son corps, torse nu et délicieusement sculpté au jeu dangereux de la séduction. Homme à femmes ? Octavio ou Gainsbourg, difficile de dire qui des deux accompagne l'autre. La grâce dans l'excès, les corps qui se confondent, le jeune danseur aux boucles brunes y raconte son histoire, celle de Gainsbourg aussi sur ses plus belles chansons.

Octavio découvre Gainsbourg à son arrivée en Suisse alors qu'il intègre le Béjart Ballet Lausanne. Il ne parle pas encore français mais apprend par cœur le texte du "Poinçonneur des lilas". Fasciné par le rythme, il s'identifie à ses textes, y retrouve des ambiances passées. Souvenirs de son enfance en Argentine où travestis, homosexuels et prostituées s'affichaient comme dans un film d'Almodovar. En ce temps-là, le jeune argentin n'avait d'autres horizons que la pauvreté des rues de Buenos Aires. Ce qui plaît à Octavio, c'est cette façon qu'avait le chanteur poète de parler sans tabou de ce qui dérange. Gainsbourg a les textes, Octavio les gestes.

© Rémy Perrin.
© Rémy Perrin.
Chaque souffle, chaque mot doucement murmurés font frémir la salle. Les silences sont puissants et surprenants. Pas de deux, arabesques, ses deux complices Camilla Colella et Aina Clostermann Climent entrent dans la danse avec une impudeur ardente. Octavio, lui, avance avec insouciance sur le fil fragile de la vie, jusqu'à l'inévitable décadence. Le danseur sublime sa souffrance d'homme, blessé par ses amours. Les baisers sont doux, les étreintes violentes, parfois à deux ou à trois. Une confidentialité propice à l'expression de sentiments exacerbés. Lorsque les corps dénudés viennent à se figer, les visages eux sont marqués par l'incroyable sensualité de leurs avancés juvéniles. Tous les trois entraînés par une quête obsédante de l'amour, thème récurrent des créations de Octavio de la Roza.

Le chorégraphe s'éloigne du ballet classique pour faire ce qui lui plaît vraiment, loin des créations acidulées du monde merveilleux de Disney. Sur scène, les tableaux sont sensuels, l'ambiance érotique, le décor minimaliste. Un micro comme pour faire revivre Gainsbourg, quelques clichés violemment déchirés, et des pétales de rose suffisent à plonger le public dans cet univers Gainsbourien, hymne à la vie. "Vous en demandez encore, et bien...".

"Voulez-vous danser Gainsbourg ?"

© Rémy Perrin.
© Rémy Perrin.
Chorégraphe : Octavio de la Roza.
Danseurs : Camilla Colella, Aina Clostermann Climent et Octavio de la Roza.
Écriture : François Régnault.
Musique : Serge Gainsbourg, Frédéric Chopin.

10 Juillet 2012 à 21 h : Bressuire (79), Théâtre, Festival Terre des Danses - Pays du Bocage Bressuirais.
16 novembre 2012 : Meaux (77), Espace Caravelle.
21 décembre 2012 : La Teste de Buch (33), Salle de Spectacle.
15 février 2013 : Théâtre de Poissy, Poissy (78).
19 février 2013 : Théâtre Alexandre Dumas - Saint Germain-en-Laye (78).
22 février 2013 : Bourg-Saint-Andéol (07).
6 avril 2013 : Le Chai, Espace Culturel de Piémont d’Alaric, Capendu (11).
11 ou 12 ou 13 mai 2013 : Fête de la Danse, Espace Culturel Nouveau Monde, Fribourg (Suisse).

Nouvelle création 2012 "Light in the Night" : du 30 octobre au 4 novembre 2012 à l'Espace Culturel des Terreaux, Lausanne, Suisse.

>> octaviodelaroza.com

© Compagnie Octavio de la Roza.

Laureline Dubuy
Jeudi 5 Avril 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020