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Théâtre

Fusionner le meilleur de l'être et la mise en suspension des contingences…

"Ô ma mémoire - Portrait de Stéphane Hessel", Théâtre de Belleville

Avec "Indignez-vous !", Stéphane Hessel, au crépuscule de sa vie, est devenu un peu comme un grand-père rêvé dans la mondialisation. Et les jeunes générations ont découvert dans cet homme qui avait gardé une juvénilité hors norme, un héros, un résistant déporté, un diplomate animé par un vif désir de Paix et de Réconciliation des peuples*.



© Stéphane Nawrat.
© Stéphane Nawrat.
Il a aimé toute sa vie réciter la poésie. Sa petite fille dans une forme intimiste théâtralisée lui rend hommage en adaptant son livre préféré : "Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité."

Émouvant. Stéphane Essel. Le spectateur découvre son goût pour la récitation. Cette pratique qui pourrait sembler désuète mais qui dans une pratique du rythme et la prosodie (fut-ce au risque de la déclamation) voit se fusionner le meilleur de l'être et la mise en suspension des contingences.

Ce qui est bien utile dans les files d'attente chez le boulanger ou dans des négociations internationales délicates et interminables. C'est que, témoigne-t-il, un sonnet de Shakespeare vaut mieux que longues palabres.

© Stéphane Nawrat.
© Stéphane Nawrat.
À voir, à écouter.

Et pour chacun apprendre quelques-uns des poèmes. À reprendre de vive voix dans la vie de tous les jours. Au choix, un poème d'Apollinaire, de Rimbaud, de Victor Hugo ou d'Alfred de Vigny, par exemple.


* Stéphane Hessel est un ancien corédacteur de la déclaration universelle des droits de l'homme lors de la création de l'Organisation des Nations Unies et "Jules et Jim" a été inspirée par l'histoire de ses parents.

"Ô ma mémoire - Portrait de Stéphane Hessel"

© Stéphane Nawrat.
© Stéphane Nawrat.
D’après "Ô ma mémoire, la poésie ma nécessité" de Stéphane Hessel (Éditions du Seuil/Éditions du Point).
Et des textes de Sarah Lecarpentier.
Adaptation : Sarah Lecarpentier et Kevin Keiss
Mise en scène : Kevin Keiss
Avec : Sarah Lecarpentier.
Piano : Simon Barzilay.
Scénographie/costumes : Camille Vallat.
Son : Mikaël Kandelman.
Lumières : Boris Carré.
Production Rêvages.
Durée : 1 h.

Du 22 janvier au 6 février 2018.
Lundi à 19 h 15 et mardi à 21 h 15.
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Jean Grapin
Lundi 29 Janvier 2018

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Comme une horloge bien huilée qui remonte le temps des amours adultères

"Trahisons", Le Lucernaire, Paris

Reprise "Trahisons", la pièce de Pinter, est devenu un classique du répertoire contemporain. Un style, un mode de jeu que les élèves des écoles de comédie pratiquent chaque année en cours. Car ici, c'est la manière délicate de jouer ces échanges aux allures banales et quotidiennes qui prime sur le fond. Un théâtre du non-dit, du verbe rare, elliptique, où le sous-texte, le regard, le geste retenu valent autant que ce qui est dit, ce qui est joué.

Comme une horloge bien huilée qui remonte le temps des amours adultères
L'histoire elle-même semble toute convenue : deux amis, l'un éditeur, l'autre agent d'auteur. La femme du premier a une longue liaison avec le second. Avec ce lien d'amitié, ce lien amoureux et ce lien matrimonial se tissent une tapisserie de l'apparence qui dissimule les secrets, un voile fait de sentiments contradictoires.

Pourtant, l'originalité de cette pièce de Pinter tient dans sa construction. L'histoire commence par la fin et va remonter dix années de la vie intime de ces trois personnages. Elle tient également à la sobriété, on pourrait même dire le formalisme des scènes. Ce sont avant toute chose des Anglais de la classe moyenne haute, préoccupés par les apparences, les qu'en-dira-t-on, la politesse.

Une propreté toute javellisée des échanges. Des contacts. Des habitudes. Une organisation pratique des tromperies d'une grande méticulosité, réaliste. Ce sont de ces passions amicales et amoureuses totalement à l'opposée du feu et des flammes des passions latines.

Bruno Fougniès
24/01/2018
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
17/02/2018
Sortie à la Une

"Bluebird", un rêve éveillé… ou plutôt comme l'éveil rêvé d'un autre monde

"Bluebird", en tournée

Noctambules. Insomniaques. Travailleurs aux horaires décalés. Nomades de la nuit. Tous pris en charge par Jimmy le chauffeur de taxi au volant de sa Nissan Blue Bird. Les personnages de "Bluebird" pièce écrite par l'auteur anglais Simon Stephens sont des isolés de Londres.

Des atomes qui surgissent au fil du temps, au défilement des réverbères, au surgissement des ombres, à la fragmentation des halos des devantures et repartent. Comme égrenés sous le poids de lassitude du moment.

Ce chauffeur dont le spectateur suit la tournée nocturne est comme un ange gardien. Toujours à la parade d'un danger éventuel. Le désamorçant avec talent quand il se manifeste. Avec ses petits rituels du café partagé, sa cigarette offerte, sa question posée à l'abrupt. Son silence pesé aussi. Ménageant des instants de presque confiance, propices aux confidences. Autant d'amorces, qui laissent transparaître les petits secrets des uns et des autres et qu'il amasse comme le ferait un écrivain.

Au fur et à mesure des échanges, son propre secret apparaît. Bien plus lourd que ne le laissent entendre les indices donnés à chaque client. Jimmy est toujours sur le qui vive. Jimmy avance dans l'allégement de sa conscience. C'est un secret que le critique ne peut dévoiler car c'est le ressort de la pièce.

Jean Grapin
19/01/2018