La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Et au lointain, les fragments d'un palimpseste... mémoire d'un acte d’amour tant espéré

"Fragments d'un pays lointain", Théâtre de la Tempête, Paris

"Fragments d'un pays lointain" est l’œuvre ultime de Jean-Luc Lagarce par laquelle l’écrivain (qui sait qu’il va mourir) convoque les personnages qui ont accompagné sa vie et les met en scène. Il y a la famille : la mère, le frère, le beau-frère, la sœur. Dépassés par cet écrivain qui a quitté le foyer et ne savent rien de sa vie, qui la supputent en silence.



© Pierre Davy.
© Pierre Davy.
Il y a les amants d’un soir, les préférés et le meilleur ami fidèle qui observe, ne juge pas et évite les catastrophes comme un frère d’élection. Il y a la vie ordinaire des gens ordinaires et la vie d’un météore littéraire.

Les fragments d’une vie se télescopent, s’entrechoquent. Dans l’agencement des événements, s’élabore un exercice de remembrance qui, par les moyens du théâtre, ménage un instant de suspend. Le ciel peut bien attendre. Le temps d’une représentation. L’œuvre est tout à la fois une fiction réarrangée et un récit rétrospectif. Qui dit ce qui n’a pu être dit.

Dans le dispositif mis en place par Jean-Pierre Garnier et Yves Collet se trouve à l’avant-scène, en un fouillis, la table de l’écrivain et sa machine à écrire, la boîte à souvenirs, les papiers épars ; le téléphone, le disque de Gainsbarre.

© Pierre Davy.
© Pierre Davy.
Et au lointain, comme figé en un clin d’un miroir, dans une apparence de papier jauni, discret, immense, le tapuscrit aux caractères inversés. Au bas les protagonistes attendent : revenants de la mémoire. Entrent en représentation.

L’exercice scénographique et le jeu très rigoureux dans l’utilisation de l’espace et du temps est fluide et apporte à l’œuvre de Jean Luc Lagarce sa part de rire et de comédie, lui restitue une forme de grâce, une jeunesse à la vitalité insouciante : la tendresse. Avec sa capacité à émouvoir et à faire rire, le théâtre diffuse en douceur le message d’une homosexualité et d’une mort qui ne peut s’annoncer. Qui ne peut s’énoncer.

Que ce soit dans l’espace scénique et ses collatéraux, les jeux des comédiens s’amorcent ou disparaissent comme autant de ricochets au service du sens. Ils participent de ce passé qui avance comme une houle à la conscience du spectateur. Les moyens du théâtre ainsi intelligemment utilisés soulèvent le poids des silences, apporte aux emmurés du cœur les murmures de l’émotion, désignent le point de vue de celui qui part déjà.

Ce théâtre exprime la part de compréhension et d’amour qui ont tant manqué du vivant.

Comme le palimpseste d’un acte d’amour.

"Fragments d'un pays lointain"

Texte : Jean-Luc Lagarce.
Mise en scène : Jean-Pierre Garnier.
Avec : Harrison Arevalo, Camille Bernon, Benjamin Guillet, Loulou Hanssen, Inga Koller, Maxime Le Gac Olanié, Anne Loiret, Mathieu Métral, Makita Samba, Sophie Van Everdingen, Arthur Verret.
Scénographie et lumière : Yves Collet.
Collaboration artistique : Naïs El Fassi.
Création musicale : Sophie Van Everdingen, Inga Koller.
Vidéaste : Mathieu Mullot.
Par La Compagnie Jean-Pierre Garnier.
Durée : 2 h 10.

Du 14 novembre au 15 décembre 2013.
Du mardi au samedi à 20 h, le dimanche à 16 h.
Théâtre de la Tempête, Salle Serreau, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Jean Grapin
Lundi 2 Décembre 2013

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Partenariat



À découvrir

Succès mérité pour CIRCa, le cirque dans tous ses états !

Premier week-end à chapiteaux pleins à Auch sous le soleil occitan pour la 34e édition du festival du cirque actuel. Dans une ambiance éminemment festive, le public avait investi les différents espaces du festival, tant le Dôme de Gascogne et la salle Bernard Turin que les toiles édifiées à proximité ou sur d'autres lieux de la commune gersoise, pour découvrir des propositions artistiques riches et variées, d'une grande diversité de formes et de styles.

On pouvait ainsi apprécier, lors de ces deux premières journées, l'espiègle énergie et la bonne humeur des jeunes acrobates australiens de la Cie Gravity and Others Myths, "PANDAX", le cirque narratif de Cirque La Compagnie, la Cie H.M.G. avec son onirique et carrément magique "080" ou encore "Les hauts plateaux", la création 2019 de Mathurin Bolze/Cie MPTA (Compagnie les Mains les Pieds et la Tête Aussi).

Proposition forte au programme de ce week-end introductif, "Les hauts plateaux" offraient une scénographie originale, mystérieuse et très technique faite de trampolines, de plateaux volants et d'agrès en suspension. Dans une vision aux couleurs d'apocalypse, sur fonds de ruines passées, présentes ou imaginaires, ces hauts plateaux se dessinent comme autant d'îles défiant les lois de la gravité… où des êtres, silhouettes parfois irréelles, artistes de l'aérien, de la légèreté, embrassent d'éphémères, mais sans cesse renouvelés, moments acrobatiques, entre deux équilibres, portés, guidés par les rebonds d'efficaces trampolines.

Gil Chauveau
26/10/2021
Spectacle à la Une

Un large déploiement de créations pour la 29e édition du Festival Marmaille

Pour la vingt-neuvième fois, l'association Lillico organise, dans Rennes, la métropole rennaise et l'Ille-et-Vilaine, le Festival Marmaille, événement consacré à la jeunesse, à l'enfance et à la prime-enfance, mais aussi aux spectacles "tout public" qui se déroulent durant deux semaines. Un festival pluridisciplinaire puisqu'il accueille théâtre, danse, chant, films, etc., dans différents lieux partenaires. Cette diversité permet aux enfants comme aux adultes de tous y trouver leur compte, d'autant que l'axe de programmation vise non seulement l'éclectisme, mais le sens, l'importance du propos autant que le plaisir de l'instant.

L'édition 2021 de Marmaille révèle vingt-deux propositions artistiques destinées à toutes les tranches d'âge puisque certains spectacles s'adressent à des bébés (comme le spectacle "Chuchoterie" pour un public accepté dès la naissance ou "Touche" à partir de 18 mois dont nous reparlerons plus bas). Elle rayonne dans une galaxie de lieux dans Rennes et dans les alentours. Et elle est riche de quatorze créations.

Des créations que Lillico connaît bien pour beaucoup d'entre elles puisqu'une des missions de l'association est d'accompagner tout au long de l'année des compagnies tournées vers le jeune public. Ceci depuis trente-deux. C'est certainement la raison pour laquelle ce festival révèle des propositions d'une très grande originalité et d'une grande valeur artistique. Accompagnés par l'association Lillico et révélés lors de cette quinzaine, ces spectacles continuent leur chemin sur tout le territoire pour des tournées importantes. Vous pourrez certainement en voir programmés près de chez vous.

Peut-être aurez-vous ainsi l'occasion de découvrir "Vendredi", une pièce inspirée de "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe, qui s'attache à mettre en images l'évolution de la relation entre Robinson, l'homme civilisé et Vendredi, le sauvage. Dans un décor construit comme une île en miniature, les deux comédiennes qui interprètent les rôles racontent sans un mot le mimétisme dont Vendredi fait preuve face à Robinson, abandonnant ainsi une partie de sa personnalité. Toute cette histoire nous parvient ainsi par le mime, avec une lenteur voulue, comme un rituel moitié absurde, moitié ludique.

Bruno Fougniès
29/10/2021
Spectacle à la Une

"Olympe et moi" Redécouvrir les écrits d'Olympe de Gouges pour mieux envisager les combats restant à mener

Olympe de Gouges, courtisane, royaliste, puis républicaine, insoumise et revendicatrice, connut son heure de gloire avant de mourir sous la lame meurtrière de la Terreur en 1793 et de tomber dans l'oubli. Elle a réapparu à juste titre aux côtés des grandes féministes contemporaines, il y a quelques décennies. Véronique Ataly et Patrick Mons nous proposent une rencontre attachante, généreuse, avec celle-ci où est associée avec intelligence l'actualité de la Femme telle qu'elle est aujourd'hui.

© Philippe Delacroix.
En fond sonore, bruits confus d'une foule probablement en mouvement, séquence révolutionnaire suggérée. Et cette phrase jetée comme une réplique provocatrice aux événements que l'on imagine en cours : "Femmes, quels bénéfices avez-vous tirés de la révolution ?"… telle est l'adresse d'Olympe à la foule… Et le début du singulier spectacle imaginé par Véronique Ataly où une comédienne, Florence, doit interpréter l'Occitane émancipée et insoumise qui cultiva une révolte permanente contre l'injustice et surtout l'hypocrisie.

L'interprète ainsi désignée de la féministe révolutionnaire donne tout de suite la temporalité du récit envisagé : 1793, la montée vers la guillotine d'Olympe de Gouges. Mais si, ici, cette dernière y perdit la tête, pour Florence, c'est de perte de mémoire dont il s'agit, un énorme trou, l'oubli total de son texte sans souffleur pour la secourir, le métier n'existant plus depuis longtemps.

Perte de mémoire contre perte de tête, le procédé pourrait sembler "facile", cousu de fil blanc - j'avoue que telle fut ma première impression -, mais Véronique Ataly, usant avec subtilité et humour de la trame conçue par Patrick Mons à l'aide notamment des différents écrits d'Olympe, va découdre cette facilité avec beaucoup de talent.

Gil Chauveau
15/11/2021