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Théâtre

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", Espace Lino Ventura, Garges-lès-Gonesse (95)

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.



© Laurence Guillot.
© Laurence Guillot.
C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

© Laurence Guillot.
© Laurence Guillot.
Et c'est toute l'intimité du monde, toutes les richesses du monde qui défilent .Celle du petit d'homme face aux éléments découvrant le désert, découvrant la mer, découvrant la ville, découvrant d'autres que lui-même. Ballotté, secoué, doué d'une improbable force de vie.

Crocodile raconte une histoire. Celle d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa. Oh, bien sûr, dans "Crocodiles", elle est un peu vieille, un peu revêche et tatillonne mais miraculeuse. Car elle n'ignore pas l'enfance. Europa est son nom.

Devant ce très beau spectacle, les parents et les enfants ont le regard grave et émerveillé.

P.S. : Enaiat a terminé ses études supérieures.

"Crocodiles"

© Laurence Guillot.
© Laurence Guillot.
D'après "Dans la mer il y a des crocodiles - L'Histoire vraie d'Enaiatollah Akbari" de Fabio Geda, Éditions Liana Levi, 2011.
Spectacle tout public à partir de 8 ans.
Mise en scène, adaptation : Cendre Chassanne, Carole Guittat.
Avec : Jean-Baptiste Gillet et Aurélien Dubreuil-Lachaud.
Scénographie : Jean-Baptiste Gillet, Cendre Chassanne.
Vidéo & animation : Brice Corbizet.
Son : Edouard Alanio.
Création, régie lumière, régie générale : Sébastien Choriol.
Durée : 1 h.
Compagnie Barbès 35.
>> compagniebarbes35.com

A été joué du mercredi 1er au vendredi 3 mars 2017.
Théâtre Jean Arp, Scène conventionnée, Clamart (92).

Du mardi 14 au jeudi 16 mars 2017.
Tout public : mercredi 15 mars à 19 h.
Scolaires : mardi 14 mars à 14 h, 15 mars à 10 h, vendredi 16 mars à 10 h et 14 h.
Espace Lino Ventura, Garges-lès-Gonesse (95).
>> Espace Lino Ventura

Du 8 au 19 novembre 2017.
Théâtre Dunois - Scène conventionnée, Paris (75), 01 45 84 72 00.
>> theatredunois.org

Recréation
Adaptation et mise en scène : Cendre Chassanne et Carole Guittat.
Avec : Rémi Fortin.
Images : Mat Jacob/Tendance Floue.
Montage : José Chidlovsky
Création Sonore : Edouard Alanio.
Création lumière : Sébastien Choriol.
Durée : 50 min.
Pour tous dès 8 ans.
Compagnie Barbès 35.

Du 8 au 18 novembre 2017.
Mercredi 8 et 15 à 15 h, vendredi 17 à 19 h, samedi 11 et 18 à 18 h, dimanche 12 à 16 h.
Théâtre Dunois - Scène conventionnée, Paris 13e, 01 45 84 72 00.
>> theatredunois.org

Tournée
Mardi 21 novembre 2017 : Granit, Scène nationale de Belfort, Belfort (90).

Première publication : 6 mars 2017.

Jean Grapin
Jeudi 9 Novembre 2017

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Comme une horloge bien huilée qui remonte le temps des amours adultères

"Trahisons", Le Lucernaire, Paris

Reprise "Trahisons", la pièce de Pinter, est devenu un classique du répertoire contemporain. Un style, un mode de jeu que les élèves des écoles de comédie pratiquent chaque année en cours. Car ici, c'est la manière délicate de jouer ces échanges aux allures banales et quotidiennes qui prime sur le fond. Un théâtre du non-dit, du verbe rare, elliptique, où le sous-texte, le regard, le geste retenu valent autant que ce qui est dit, ce qui est joué.

Comme une horloge bien huilée qui remonte le temps des amours adultères
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Pourtant, l'originalité de cette pièce de Pinter tient dans sa construction. L'histoire commence par la fin et va remonter dix années de la vie intime de ces trois personnages. Elle tient également à la sobriété, on pourrait même dire le formalisme des scènes. Ce sont avant toute chose des Anglais de la classe moyenne haute, préoccupés par les apparences, les qu'en-dira-t-on, la politesse.

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Bruno Fougniès
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Ce chauffeur dont le spectateur suit la tournée nocturne est comme un ange gardien. Toujours à la parade d'un danger éventuel. Le désamorçant avec talent quand il se manifeste. Avec ses petits rituels du café partagé, sa cigarette offerte, sa question posée à l'abrupt. Son silence pesé aussi. Ménageant des instants de presque confiance, propices aux confidences. Autant d'amorces, qui laissent transparaître les petits secrets des uns et des autres et qu'il amasse comme le ferait un écrivain.

Au fur et à mesure des échanges, son propre secret apparaît. Bien plus lourd que ne le laissent entendre les indices donnés à chaque client. Jimmy est toujours sur le qui vive. Jimmy avance dans l'allégement de sa conscience. C'est un secret que le critique ne peut dévoiler car c'est le ressort de la pièce.

Jean Grapin
19/01/2018