La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Chasser le spleen des cœurs délaissées pour de nouveaux chants amoureux enchantés

"Histoires d'hommes", Le Lucernaire, Paris

Histoires d'hommes vécues par des femmes... écrites par un homme... pour une femme ! En soi, l'idée peut paraître banale mais la précision est importante tant elle dit ici la sensibilité d'un homme au cœur des histoires d'amours des femmes... Une mise en lumière crue mais bien réelle sur l'amour aujourd'hui, sur ses joies, ses peines et sa capacité à toujours renaître tel un Phénix posé sur le cœur d’Éros !



© Cie La Gargouille.
© Cie La Gargouille.
En 2002, Xavier Durringer écrit ces monologues pour Judith Magre, à sa demande. Celle-ci obtiendra le Molière de la comédienne en 2006 grâce à son interprétation (mise en scène par Michel Didym). Quelques années plus tard, trois talentueuses jeunes comédiennes s'emparent de ces textes... De la découverte de ces histoires par Magali Bros, Pauline Devinat et Aude Kerivel, et de leur rencontre avec Christophe Luthringer qui a mis en scène cette nouvelle adaptation, sont nés trois parcours de femmes.

De bouts de chants en entrechats, chassant le spleen des cœurs délaissés dans les chambres chagrines, tels des champs désenchantés, l'amour dans le regard de ces belles, femmes aux passions sans cesse renouvelées, est un hymne à la vie, aux renaissances amoureuses et une leçon d'humanité pour les hommes (ou mâles).

Premier rendez-vous, premier baiser, premier amour, mais aussi, en logique opposition, premières désillusions, premières ruptures, premiers chagrins. Au cœur de ce diptyque bonheurs/malheurs, trois femmes se préparent pour leur rendez-vous amoureux. Elles sont joyeuses, impatientes, traqueuses. Ces états d'âmes et de corps sont propices aux confidences...

© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
Sur les mers parfois tourmentées, parfois enjouées de ces vagues d'amour ou de désamour, trois trajectoires féminines sont ainsi tracées, jouées, portées entre histoires vécues ou espérées.
L'une, éternelle romantique, l'autre, tendre et douce illuminée, la troisième entière et ravageuse... Cette dernière (Aude Kerivel, associant avec justesse puissance et émotion) pourrait sembler plus solide mais dans la force et l'air assuré de l'amoureuse blasée apparaissent les fissures d'un cœur qui se dessèche s'il n'est pas nourri de "je t'aime".

La gentille séide à l'amour et la tendre idéaliste (interprétées subtilement et avec beaucoup d'énergie par Magali Bros et Pauline Devinat) viennent en contrepoint jouer des mélodies différentes, alternativement en mode mineur et majeur, mais complémentaires. Toutes trois, indissociables (une unité étonnante et jouissive dû à la genèse de l'écriture de la pièce), nous emmènent dans des balades du quotidien à une, deux ou trois voix... entrecoupés de temps en temps (et astucieusement grâce à la mise en scène de Christophe Luthringer) par des ballades mises en musique avec talent par Elsa Quignard.

De semblants en faux-semblants, de déceptions en joies enthousiasmées, elles écrivent de nouveaux contes de fées pour de nouveaux princes charmants dans la langue si caractéristique de Durringer. Une écriture très contemporaine, parfois très crue, sans détours... cruellement et souvent avec humour ancrée dans notre moderne quotidien.

© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
Des histoires d'aujourd'hui, des histoires de toujours... Avec des périodes en creux, quand l'amour n'est pas là... c'est la solitude qui prend le pas... Avec ses palliatifs : le chat ou, plus grave, les médicaments. Et de nouveau, le renouveau, l'éternel recommencement... le flirt, la drague, l'aventure d'un soir... Ou enfin le premier baiser (le énième ?), le grand amour (un premier toujours renouvelé !) Et le voyage redémarre, les filles s'amusent... Se reconstruire et construire.

Toutes ces étapes, que nous font traverser avec une belle énergie Magali Bros, Pauline Devinat et Aude Kerivel, nous sont évidemment familières... Empathie et projection ne sont pas difficiles... Parfois un peu la culpabilité... d'être voyeur tant le jeu de nos trois comédiennes est porté par une troublante sincérité, une réelle profondeur dans la transcription des sentiments et des émotions ressenties. Chaque mot, chaque phrase sont dits avec passion, gourmandise ou intensité, émoi. Et les histoires d'hommes pouvant aussi finir bien, elles savent également nous emmener avec jubilation et passion dans les espérances retrouvées.

Une pièce régénératrice à voir avant, pendant ou après votre histoire d'amour, d'été ou de toujours... écrite par un homme qui aime les femmes et jouée par des femmes qui aiment les hommes.

"Histoires d'hommes"

© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
© Alexandre Ah-Kye/Herblay Culture.
Texte : Xavier Durringer.
Mise en scène : Christophe Luthringer.
Avec : Magali Bros, Pauline Devinat, Aude Kerivel.
Musique : Elsa Quignard.
Durée : 1 h.

À été joué au Théâtre de Poche du 18 mars au 27 avril 2014.
Du 11 juin au 6 septembre 2014.
Du mardi au samedi à 18 h 30.
Théâtre Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Gil Chauveau
Lundi 7 Juillet 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Le Frigo" de Copi mis en scène par Clément Poirée

Captation intégrale Voici aujourd'hui une proposition du Théâtre de la Tempête, "Le Frigo", une création qui fut la première partie d'une aventure théâtrale intitulée "Dans le frigo" de Clément Poirée et présentée en ouverture de saison en septembre et octobre 2019.

"Un frigo, c'est la boîte du prestidigitateur la plus élémentaire quand on n'a pas de moyens", nous dit Copi. Exilé à Paris dans les années soixante, l'auteur et dessinateur franco-argentin est une figure emblématique et déjantée de la scène et de l'affirmation du mouvement gay. Atteint du sida, il se sait déjà condamné en 1983 lorsqu'il écrit "Le Frigo". "Je n'ose pas l'ouvrir. J'ai peur d'y trouver le cadavre de ma mère", confie L., le personnage principal. Qu'y a-t-il dans le frigo, dans nos frigos ?

"Macbeth" de Shakespeare et "Les Bonnes" de Jean Genet nouent à mes yeux des correspondances profondes et, tout comme "Le Frigo" de Copi, dévoilent, chacune à sa manière, nos monstres intimes, nos désirs les plus noirs, nos ressources les plus puissantes. Je cherche à tisser les liens sensibles qui font de ces trois pièces un seul spectacle et un seul parcours vibrant pour les spectateurs : un cheminement dans les recoins inavouables de nos âmes, à la recherche de ce qui est dissimulé, enseveli dans nos cœurs, scellé dans nos frigos intérieurs. Un parcours imprévisible, lui-même monstrueux. Clément Poirée.

Gil Chauveau
30/03/2020
Spectacle à la Une

"Où sont passés vos rêves ?" d'Alexandre Prévert, en public au Bataclan

Captation intégrale "Où sont passés vos rêves ?" est le nouveau stand-up classique écrit et interprété par Alexandre Prévert, jeune pianiste de 23 ans, accompagné par le groupe Believe et le label Naïve. Ce jeune Savoyard talentueux, diplômé du Conservatoire de Paris, associe à une originalité créative le piano et les grands compositeurs, l'humour, la poésie, les échanges avec le public et les anecdotes historiques. Joyeux et virtuose, son spectacle est une pause rafraîchissante qui sied bien au contexte actuel un chouia anxiogène !

Ce spectacle est une invitation à rire ensemble de nos petites histoires personnelles et de notre grande Histoire commune, en les partageant sans complexe à travers les codes du stand-up, de la musique classique et de la poésie.

Pour cette nouvelle saison, Alexandre Prévert vous propose un voyage dans le temps et dans l'Histoire à travers les rêves d'amour de Verlaine et de Liszt, les rêves de révolution de Beaumarchais et de Mélenchon, le rêve d'égalité de Martin Luther King ou encore le rêve d'un nouveau Monde partagé par Gérard et Christophe Colomb !

Sur votre route, vous pourrez également croiser Mozart, Apollinaire, Leonardo DiCaprio, Renaud, Schubert, Montaigne, Booba et Kaaris, Chopin, et même Napoléon III dans un Airbnb...

Alors, où sont passés vos rêves ?

Gil Chauveau
27/03/2020
Sortie à la Une

"Comment va le monde ?" de Marc Favreau, mise en scène de Michel Bruzat, avec Marie Thomas

Captation intégrale Proposée par RBD Productions, le Théâtre de la Passerelle (Limoges) et le Théâtre Les Déchargeurs (Paris), "Comment va le monde ?" a été filmé en 2017 dans ce théâtre parisien. Il s'agit d'une création de Marie Thomas permettant de découvrir les textes et de rendre hommage à Sol, le clown clochard imaginé et interprété pendant plus de quarante ans par le québécois Marc Favreau (1929-2005).

Parce qu'il a toujours eu envie de protéger la terre, Sol, pétrisseur, jongleur de mots, à la diatribe philosophique et humoristique, s'évade. Lui, il n'a rien, ce clown naïf nous fait partager sa vision du monde, il joue avec les maux/mots de la terre. La grande force de Sol, c'est de n'être rien, ça lui permet de jouer à être tout. Simplicité, liberté, folie, note bleue mélancolique dans les yeux.

"On est tous Sol seul au fond de soi et qu'il est le pôvre petit moi de chacun. Il se décarcasse pour que la vérité éclate. Il n'a pas d'amis, rien que des mots, il débouche sur la poésie pure. Liberté.

"Il est le plus petit commun dénominateur, c'est-à-dire qu'il a en lui, quelque chose de chacun de nous. Tout le monde finit par se reconnaître en lui. Pourquoi ? Un exemple de qualité, sans emphase, sans ostentation, avec humilité. Il insuffle au langage une énergie. Poète philosophe, médecin de l'esprit, menuisier, jardinier, autodidacte. Dans une époque secouée par toutes sortes de crises, cultivé, il transcende avec un grand éclat de rire. As du cœur, poète, rêveur, il rejoint le clown et l'Auguste. On s'enrichit à son contact. Enfant, il va jusqu'à l'absurde et dissèque ce petit peuple de tous les jours. Ce n'est pas une mise en accusation mais un constat témoin, malin. Il pose les questions, soulève des interrogations. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre les mots de ce clown/clochard, humaniste, qui nous parle de l'état de la planète, de la consommation.

"Et Marie Thomas lève la tête comme si le ciel lui parlait. Elle ne ressemble à personne, c'est fou comme j'aime. J'aime sa gaieté et sa mélancolie, ce vide et ce plein en elle. Un clochard aux traits d'un clown triste s'en va faire son "parcours" au milieu des mots. Il recrée tout un langage qui distrait le quotidien de sa banalité. Il dissèque la société et ses multiples aveuglements. Un marginal qui découvre le monde et le recompose avec humour. Tout est tourné en dérision avec délicatesse." Michel Bruzat, metteur en scène.

Gil Chauveau
26/03/2020