La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Ce que j’appelle oubli… danse et théâtre au cœur du spectacle

"Ce que j'appelle oubli", Théâtre de la Ville et Le 104, Paris

Coutumier de la fusion de la danse avec d’autres arts ou techniques, le chorégraphe d'origine albanaise Angelin Preljocaj revient avec un spectacle où la danse donne la répartie au théâtre.



© JC Carbonne.
© JC Carbonne.
Ils sont six danseurs et un comédien sur un fond musical peu présent, parfois sourd, souvent léger. Le spectacle est découpé en scènes, reliées entre elles par la présence d’un narrateur (Laurent Cazanave). Sa parole est comme le seul écho du corps des danseurs. Les chorégraphies défilent, les mouvements évoluent, les rythmes changent dans un solo théâtral de très belle composition.

Preljocaj mêle dans ses chorégraphies les rythmes, les techniques, les arts et réussit à faire cohabiter aussi bien la danse et le théâtre que les danses classique et contemporaine. Le spectacle a pour ossature le texte de Laurent Mauvignier, "Ce que j’appelle oubli". Le texte, à certains moments, colle à la perfection aux chorégraphies. La parole lie les danses entre elles, donnant ce sentiment que la parole du narrateur est en résonance avec le corps des danseurs. Les réparties entre danseurs et narrateur se marient très bien.

© JC Carbonne.
© JC Carbonne.
Par des chorégraphies vives et multiples, le spectacle est coloré telle une belle mosaïque artistique. Les chorégraphies sont superbes de précision. Mouvements lents, au ralenti, rapides ou à l’arrêt, les danses intègrent une variété de pas et de mouvements dans lesquels distance et corps à corps s’enchaînent harmonieusement. Dans des tempos variés, les corps se mêlent dans des duos, des quatuors ou des sextuors de danseurs. Puis, il y a cette jolie scène où le classique culbute le contemporain avec des pointes et des mouvements très rapides des membres inférieurs des danseurs, les membres supérieurs contrebalançant le tout, les bustes toujours droits.

C’est beau parce que les chorégraphies évoluent dans le rythme comme le texte dans les scansions. C’est un spectacle à deux voix, à deux gammes avec deux corpus qui n’en font qu’un. On est sur des arrêts brusques ou des mouvements continus. On est à distance et parfois au corps à corps. On est dans le moderne et dans le classique, on est au théâtre et dans la danse. On parle continument d’un côté pour se taire de l’autre. Le corps existe là-bas quand la parole s’exprime ici. Tout est en asymétrie dans des mouvements très symétriques.

C’est un heureux mariage où la grâce, le talent et le beau fusionnent pour donner lieu à une belle distorsion artistique.

"Ce que j’appelle oubli"

© JC Carbonne.
© JC Carbonne.
Angelin Preljocaj, ballet Preljocaj.
Texte : Laurent Mauvignier, "Ce que j'appelle oubli" (Éditions de Minuit).
Chorégraphie et mise en scène : Angelin Preljocaj.
Musique : 79D.
Scénographie et costumes : Angelin Preljocaj.
Création lumières : Cécile Giovansili-Vissière.
Assistant, adjoint à la direction artistique : Youri Van den Bosch.
Choréologue : Dany Lévêque.
Narrateur : Laurent Cazanave.
Danseurs : Aurélien Charrier, Fabrizio Clemente, Baptiste Coissieu, Carlos Ferreira Da Silva, Liam Warren, Nicolas Zemmour.
Durée : 1 h 30.

Du 23 février 2013 au 5 mars 2013.
Les lundi, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h et 20 h 30.
Théâtre de la Ville, Paris 4e, 01 42 74 22 77.
>> theatredelaville-paris.com

Du 8 au 10 mars 2013.
Vendredi, samedi à 20 h 30 et dimanche à 16 h.
Le 104 - Centquatre, Paris 19e, 01 53 35 50 00.

© JC Carbonne.
© JC Carbonne.

Safidine Alouache
Jeudi 28 Février 2013

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019