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Théâtre

"Carmen"… Fable moderne cyclothymique

"Carmen", Théâtre de Belleville, Paris

La création originale de Lucie Digout conte le parcours passablement chaotique d'une jeune femme, dont le talent et les prédispositions auraient pu l'emmener jusqu'en haut de l'affiche. Sauf que la vie, et ses caprices, laisse parfois peu de prise aux hasards heureux.



© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
Chacun sait que Carmen est un opéra (1875) de Bizet (1838-1875) et un film (1983) de Carlos Saura avec Antonio Gades (1936-2004), Christina Hoyos et Paco de Lucia (1947-2014). Actuellement, c'est aussi une jolie pièce de Lucie Digout qui raconte les périodes mouvementées d'une jeune femme, de Paris à New York en passant à Mexico.

La scénographie est simple et efficace, aux couleurs multiples, et laisse découvrir un atelier de peinture, une maison familiale, une salle de mariage, une place ou les lacis d'une ville. Cet entre-deux entre intérieur et extérieur met en lumière cette frontière entre l'intimité et l'extimité du personnage. La pièce déroule une vie entre bonheur et malheur, succès et échec, estime de soi et perte de confiance, pulsions de vie et de mort.

Mais qui est cette Carmen (Jade Fortineau), pris en étau entre des facilités intellectuelles, artistiques et un univers familial où tensions et amour d'une mère prenante (Julie Julien) se disputent l'intelligence et la maturité d'une fille dont les promesses d'avenir n'ont pour obstacle que son vis-à-vis, avec qui il faut faire avec ? "L'enfer c'est les autres" est un peu le leitmotiv de l'univers du personnage où l'amant, la mère, l'ami peut se changer, au gré des circonstances, en haine, colère et fuite.

© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
La pièce est très bien écrite. Le spectacle a d'ailleurs été finaliste du Prix du théâtre 13 - Jeunes metteurs en scène 2017. L'humour est au rendez-vous dans des répliques où la concision et le sens des dialogues sont au cordeau. Lucie Digout possède à l'évidence des qualités dramaturgiques, autant dans l'écriture que dans la mise en scène, dont son âge, telle une Carmen théâtrale, reste une promesse d'avenir.

Les scènes s'enchaînent comme des tranches de vie. Certaines sont très émouvantes avec une bascule de sentiments et de ruptures de jeu où bas et haut se tiennent la main pour suivre les courants cyclothymiques de l'existence.

La qualité d'interprétation des comédiens est de bel acabit avec, pour Jade Fortineau (Carmen) et Julie Julien (Maria), une incarnation de caractères où les émotions sont parfois poussées à l'extrême et donnent un cachet qualitatif indéniable. Chaque interprète est dans un pré carré à grande échelle de sentiments où la colère, l'infidélité, le détachement, l'amour, brisé ou farouche et les rencontres, souvent incongrues et originales, donnent aux personnages un aspect décalé. Bref, tout est hors normes. Du théâtre dans son essence même.

"Carmen, une fable contemporaine"

© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
Texte et mise en scène : Lucie Digout.
Avec : Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac-Olanié, Charles Van de Vyver et (en alternance) Emmanuel Besnault et Solal Forte.
Scénographie : Juliette Minchin.
Assistanat : Justine Chasles.
Création Lumière : Roman Mesroua et Valentin Sagat.
Compagnie L'Éternel Été.
Durée : 1 h 15.

© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
Du 11 au 22 octobre 2017.
Du mercredi au samedi à 19 h 15, dimanche à 15 h.
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Safidin Alouache
Lundi 16 Octobre 2017

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
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"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

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Gil Chauveau
31/08/2020