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Théâtre

"Big Mother" Big Brother revisité avec les réseaux sociaux en toile de fond

Dans une belle intrigue aux relents politico-journalistiques, l'autrice et metteuse en scène Mélody Mourey dénonce, dans cette création rendant hommage au personnage Big Brother de George Orwell, l'extrémisme politique dans son usage pervers et manipulateur des réseaux sociaux.



© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Cela ressemble à un film à suspense. "Big Mother" est présenté d'ailleurs comme un thriller politico-journalistique. Ses atours sont cinématographiques avec son script de fin, ses personnages présentés comme dans une série et leurs noms inscrits à tour de rôle, en début comme en fin de représentation, sur un bandeau lumineux en fond de scène. La trame l'est tout autant avec sa découpe scénique et son rythme. Ici l'action gouverne avec ses rebondissements et ses plongées dans le passé pour remonter le cours du temps afin d'apporter un éclairage aux événements. La première scène relève presque du théâtre de l'absurde, car elle intervient réellement aux trois quarts de la pièce. L'échelle temporelle est bousculée pour situer le spectateur au cœur même de l'intrigue.

La trame est composée d'une multitude de scénettes qui rythment la pièce. Les actions s'enchaînent en cascade et déroulent une enquête journalistique à suspense sur fond politique, dans laquelle les réseaux sociaux, le populisme et la désinformation sont au cœur. Différentes ruptures scandent le rythme de la pièce, comme dans deux scènes où des pas de danse sont effectués, et quand Marine Llado incarne, en chantant, une pop star. C'est surtout une plongée au cœur du monde de la presse avec une rédaction de journalistes, une reporter sur le terrain et une voiture avec deux enquêteurs sur une route qui défile en arrière-fond comme dans un film des années soixante.

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Des téléphones portables sonnent souvent, on assiste à une réunion en vidéoprojecteur, les ordinateurs portables sont utilisés. Tout s'inscrit dans notre modernité. La trame puise sa source dans les excès et égarements de l'information véhiculée par les réseaux sociaux et utilisés sciemment par un parti politique extrémiste appelé "Démocratie radicale", qui est tout sauf pour la démocratie et la transparence comme ce qu'il prône. A-t-on déjà vu un parti extrémiste adepte de la démocratie ? L'autrice et metteuse en scène Mélody Mourey montre que, comme les OVNI, le peuple, que ce parti prétend incarner, ainsi que les journalistes et opposants politiques, sont des "Objets Vénéneux Non Imaginables" pour lui.

Les comédiens ont un jeu de qualité évident, par essence marqué, et ne demandant pas, afin de coller à un thriller psychologique, de grande subtilité émotionnelle, les événements s'enchaînant en cascade. Toutefois, est exigé une grande rapidité d'exécution dans les gestes, avec une maîtrise des ruptures de jeu que les comédiens assurent en jouant aussi parfois plusieurs personnages.

La fin n'est pas celle d'une fable d'enfant. Elle est en effet ancrée dans une réalité qui existe déjà et pourrait advenir rapidement, dans une échelle beaucoup plus grande et dangereuse, si chacun d'entre nous ne prend pas garde. Mélody Mourey pointe les dangers de l'extrémisme politique et de la manipulation de l'information et des réseaux sociaux. Un petit bonheur artistique à savourer aujourd'hui et à bien retenir pour les prochaines élections présidentielles. Elle nous aura bien prévenus !
◙ Safidin Alouache

"Big Mother"

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Texte : Mélody Mourey (Les Crapauds Fous) (La Course des Géants).
Mise en scène : Mélody Mourey.
Avec (en alternance) : Étienne Beydon, Ariane Brousse, Anne Buffet, Benoît Cauden, Éric Chantelauze, Solène Cornu, Anatole de Bodinat, Axel Huet, Jordi Le Bolloc'h, Marine Llado, David Marchal, Karina Marimon, Loris Mercatelli, Laurence Oltuski, François Pouron, Milena Sansonetti, Maud Saint-Jean, Marie-Laurence Tartas, Alexandre Texier, Enora Texier.
Scénographie : Olivier Prost.
Lumières : Arthur Gauvin.
Costumes : Bérengère Roland.
Musique : Simon Meuret.
Vidéos : Édouard Granero, Laure Cohen et Emmanuelle Buchet, assistés de Clémentine Kosh.
Une production Théâtre des Béliers Parisiens.
Durée : 1 h 40.

© Alejandro Guerrero.
© Alejandro Guerrero.
Jusqu'au 1ᵉʳ novembre 2026.
Du mardi au samedi à 19 h dimanche à 17 h.
À partir du 1ᵉʳ septembre, lundi, mardi, mercredi, dimanche à 19 h, samedi à 17 h.
Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis, rue Sainte Isaure Paris 18ᵉ.
Téléphone : 01 42 62 35 00.
>> Billetterie en ligne
>> theatredesbeliersparisiens.com

Safidin Alouache
Lundi 24 Août 2026

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