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Théâtre

"Bienvenue en Corée du Nord"… Quand un pays est transformé en parade perpétuelle

"Bienvenue en Corée du Nord", Théâtre de Belleville, Paris

De retour d'un voyage lointain et exotique, une troupe de théâtre fanfaronne. Un peu "jet larguée". Un peu tétanisée. Grimée. Fatiguée. En bordure de crise de nerfs. Elle revient d'un monde muré. Elle revient de Corée. Du Nord. Hagards et mutiques tout autant que volubiles. C'est leur état au retour d'un authentique voyage dans ce pays fermé qui a des démangeaisons de jongleries de bombes atomiques.



© Alban Van Wassenhove.
© Alban Van Wassenhove.
Le spectacle "Bienvenue en Corée du Nord" d'Olivier Lopez est un vrai-faux impromptu de music hall, un festival de ratages de clown. Un nez rouge, des couleurs flashies et criardes, des cris et des claques qui se perdent. Le jeu fait rire les enfants qui ne se trompent pas sur la qualité.

Dans son outrance même, dans son autodérision ostensible, le jeu de clown capte et transmet les peurs et les stupéfactions. Elles furent celles des comédiens. Elles demeurent dans leur humeur. Et si le rire est rire libérateur, l'angoisse est encore nouée. Et leur spectacle sonne aussi comme un témoignage de ce qu'ils ont vu, et éprouvé.

Et le public aborde des rives inexplorées. Un entre-deux des plus stimulants. Un point de rencontre de la conscience du monde. Celui de la farce universelle, et son fond de tragédie.

Quand le monde est transformé en parade perpétuelle.

© Alban Van Wassenhove.
© Alban Van Wassenhove.
Un monde où le grand-père est président éternel, le père secrétaire général éternel et le fils incarné et vivant pour toujours. Cette trinité qui régit un culte collectif d'une adoration perpétuelle. Un monde qui fait disparaitre le Temps dans la monotonie de la répétition et l'anxiété permanente d'un sentiment de surveillance général. Une belle paranoïa haute en couleur et prospère. La Corée du Nord apparaît comme un rêve sublimé en mode technicolor des bons préceptes du prince Shang*.

Dans ce spectacle, le spectateur est confronté à la vision concomitante d'une cérémonie cultuelle terrifiante et d'une scène de théâtre. Sensible à l'authenticité du témoignage, il se trouve plongé en un lieu d'étonnement face à une scène profondément archaïque.

Et perçoit le personnage du clown dans toute sa puissance. Victime expiatoire contrainte par sa vitalité propre, condamné à rire malgré tout envers et contre tout. Cette force du rire est communiquée. Il suffit d'un nez rouge et d'une belle frousse partagée… et le méchant est mis à nu… et tout son attirail devient accessoire… de théâtre…

* Au IVe siècle avant J.-C., il érige la guerre en mode de gouvernement…

"Bienvenue en Corée du Nord"

© Alban Van Wassenhove.
© Alban Van Wassenhove.
Les Clownesses.
Écriture et mise en scène : Olivier Lopez.
Interprétation et collaboration à l'écriture : Marie-Laure Baudain, Alexandre Chatelin, Laura Deforge et Adélaïde Langlois.
Lumière : Éric Fourez.
Régisseur : Lounis Khaldi.
Régisseur plateau : Simon Ottavi.
Décors et accessoires : Luis Enrique Gomez.
Costumes : Ateliers Séraline.
Production La Cité/Théâtre.
Durée : 1 h 20.

Du dimanche 6 au mardi 29 janvier 2019.
Du lundi au mardi à 19 h 15 et les dimanches à 17 h
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Jean Grapin
Mercredi 9 Janvier 2019

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
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"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020