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Théâtre

Avignon Off 2012 : Une redécouverte de l'ancien français, jubilatoire et poétique... Un émerveillement quasi exotique

Avignon Off 2012, "Alfred le Fabuliste", Les Ateliers d'Amphoux, Avignon

À l'heure de l'extrême modernité de nombreuses propositions artistiques, le comédien Philippe Klein prend le pari de nous révéler que nous comprendrons encore le vieux français... Avec "Alfred le Fabuliste", il nous propose un voyage dans le temps, poétique et décalé, à la redécouverte de fables que nous connaissons souvent par cœur... mais en usant de la langue du XIVe siècle... un spectacle unique dans le Off.



© DR.
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Face à une langue française en mutation perpétuelle, augmentée chaque année de nouveaux mots, issus notamment de la sphère technologique ou de l'univers web, reprendre conscience du sens premier de certains substantifs ou de certaines expressions donne paradoxalement une cure de jouvence et procure un émerveillement quasi exotique.

Dans cette petite forme d'une cinquantaine de minutes, à la mise en scène conçu tout autant pour la salle que pour la rue, Philippe Klein déploie sa haute stature en une ample gestuelle de saltimbanque de foire, arrivant au son de l'harmonica et de rugissements digne d'un dresseur d'ours moyenâgeux. Dès la première phrase - "Moi (prononcer moué), Alfred le fabuliste conterai mout fables ke Esopus escrits pour faire entendre aus enfans et à la laie gent" -, le personnage se fait sympathique, rieur... posant son "ouvrage" entre conte forain et théâtre d'objet.

© DR.
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Usant de tenailles, marteau, cruche, casseroles, plume, lanterne, table, tabouret, bâton ou tissu, mimant avec truculence et jovialité, il donne vie, avec un plaisir évident - et communicatif – à chaque confrontation : "Le loup et l'agneau" ("Dou lou et l'aignelat"), "Le renard et la cigogne" ("Du vulpil et de la cioigne"), "Le chêne et le roseau" ("Du biau chesne qui se vouloit fléchir contre le vent"), Le corbeau et le renard, etc.

"Alfred le Fabuliste" est évidemment un spectacle décalé... ne cachant pas une volonté agréablement didactique où, si l'incompréhension du spectateur pointe son nez, le conteur sait relancer la fable en "traduisant" en français actuel... mais dont la vivacité de jeu (étonnant et captivant Philippe Klein) et l'énergie nous font découvrir la musicalité oublié de nos fables d'antan et ouvre le spectre linguistique de certains mots dont nous avions égarés le sens originel.

Un spectacle pédagogique, vivant et éminemment ludique qui nous met, à notre grande surprise, dans la compréhension d'une langue française "ancienne" que nous avions laissée dans les oubliettes.

"Alfred le Fabuliste"

Diseur de fables en ancien français.
Sur une idée de Philippe Klein.
Mise en scène : Alain Aloual Dumazel.
Scénographie : Geneviève David.
Jeu, Harmonica et Chant : Philippe Klein.
La Compagnie des Artisans.
Durée : 50 min.

Avignon Off 2012
Spectacle du 7 au 28 juillet 2012.
Tous les jours à 16 h 45.
Théâtre Les Ateliers d'Amphoux, 10-12, rue d'Amphoux, Avignon, 04 90 86 17 12.
>> theatre-amphoux-avignon.com

Spectacle joué les 25 et 26 août 2012, à 18 h 30.
Dans le cadre des Scènes Ouvertes du festival Tréteaux Nomades.
Place Sainte-Marthe, Paris 10e, 01 48 40 62 49.
>> Programme Scènes Ouvertes

Gil Chauveau
Lundi 23 Juillet 2012


1.Posté par anneduguesclin le 24/07/2012 14:50
Tant de poésie, tant d'humour, tant de grace, tant d'ingénuosité... A voir absolument !

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020