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Théâtre

"Après la répétition", laisser apparaître ce point des relations humaines où tout n'est que mystère de l'être

"Après la répétition", Théâtre de la Bastille, Paris

Soit, à jardin, une comédienne dans le rôle de la jeune première et, à cour, un comédien dans le rôle du metteur en scène. Ils répètent la pièce d'Ingmar Bergman intitulée  "Après la répétition".



© Dylan Piaser.
© Dylan Piaser.
Entre table de travail, canapé, fauteuils et rideau de fond, Georgia Scalliet* et Frank Vercruyssen entreprennent un petit joyau de virtuosité dans lequel interfèrent les situations dramatiques d'Ibsen, les relations des personnages entre eux ainsi que celles des comédiens à l'ambiguïté complice : forcément en représentation, au meilleur de leur métier puisque le public est là. Forcément là.

Dans cette histoire, le metteur en scène pourrait être le père de la jeune comédienne. Il est en quête du talent de la comédienne qui est la fille d'une comédienne qui fut célèbre à la scène comme à la ville, et dont il était amoureux. En remontant une pièce dans laquelle la mère eut son grand succès, les deux, d'une certaine manière, remontent le temps, veulent trouver des capacités de séduction, de justesse, de jeu et se les appliquer au temps présent.

Dans "Après la répétition", le spectateur assiste à la recherche de la petite étincelle d'un vrai je t'aime qui dépasse la maîtrise de l'illusion et le sens du métier.

© Dylan Piaser.
© Dylan Piaser.
Cette répétition est vertigineuse. C'est que le spectacle recèle de vrais circuits de découverte, de vraies pépites de situations, de vrais dialogues à incorporer. Dans ce huis clos se cristallise un concentré de théâtre. Cet art de la situation dans lequel le comédien n'a que son corps et les mots pour instruments. Et cet instant coupé du reste du monde durant lequel se vivent les instants d'une mise à l'épreuve du talent. Comme en un laboratoire. La proposition scénique, loin d'être compliquée, se révèle simple, toute simple. Et merveilleuse.

Pleins de concentration, de malices, de sous-entendus, les comédiens s'accordent, font corps avec les mots. Ils sont tendus vers l'accent de vérité qui fait duo, attentifs à l'autre. Précis, ils se nourrissent l'un de l'autre. En relance perpétuelle, en bordure de facétie, curieux de découvertes, ils font mouche sans baisser la garde, sans blesser, sans ruptures. Par le jeu des dénégations successives, ils dévorent les archétypes et les conventions. Autant de pièges que leur tend le texte et qu'ils évitent. Et laissent apparaître ce point des relations humaines où tout n'est que mystère de l'être.

Le spectacle avance, fluide, dans l'humour, vers une fusion des cœurs. Quand le spectateur et le comédien s'unissent pour produire ensemble le plaisir du public. Le Théâtre. Tout le théâtre.

* De la comédie française.

"Après la répétition"

© Dylan Piaser.
© Dylan Piaser.
D'après "Après la répétition" d'Ingmar Bergman.
De et avec : Georgia Scalliet, de la Comédie-Française, et Frank Vercruyssen.
Avec la complicité de : Alma Palacios, Ruth Vega Fernandez et Thomas Walgrave.
Lumière et scénographie : Thomas Walgrave.
Costumes : An d'Huys.
Technique : Tim Wouters.
Production : tg STAN et théâtre Garonne.
Durée : 1 h 15.

© Dylan Piaser.
© Dylan Piaser.
Du 25 octobre au 14 novembre 2018.
26 oct. et 6, 7, 12, 13, 14 nov. à 19 h 30.
25, 27, 28 oct. et 1er, 2, 3, 4, 9, 10, 11 nov. à 18 h.
Relâche les 29, 30, 31 oct. et 5, 8 nov.
Théâtre de la Bastille, Paris 11e, 01 43 57 42 14.
>> theatre-bastille.com

Jean Grapin
Mercredi 31 Octobre 2018

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