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Théâtre

"Anna Christie"... Le plaisir d'un théâtre traditionnel sans vérisme, sobre, stylisé et esthétique

"Anna Christie", Théâtre de l'Atelier, Paris

L'histoire d'Anna Christie écrite en 1922 par Eugene O'Neill* se déroule dans une Amérique déjà marquée par la prohibition, une Amérique qui rêve de vertu et ne peut que subir le poids de la fatalité de l'alcool et de la pauvreté. La pièce qui met en valeur des caractères forts (le père, sa fille, le fiancé) a le charme et la puissance d'une chanson réaliste.



© DR.
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L'action se déroule au port, au fond du bar, au bord de la jetée. Anna Christie est une fille de marin, en échouage, tout comme son père et aussi son fiancé perclus d'illusions. La fille ment sur son passé. Les deux hommes rêvent d'un monde chaste où les filles ne seraient pas pourries, où la mer ne serait pas une saloperie qui tangue et fort malmène, cogne et rejette à la grève les marins.

La mer est une saloperie.

L'illusion d'un bonheur ne dure qu'un instant, la vie ne les pas attendus. La mer les roule et le bonheur terrestre, une ferme, une famille, a disparu. Anna Christie, fille de marin noyée dans les préjugés et les précarités, ne peut vivre un autre destin que celui de fille à marins.

Bons à rien les marins, qu'à picoler, qu'à rêver de sirènes, qu'à engueuler les roulures.

Le texte s'enroule sur lui-même, rebondit comme sur des refrains. Il n'a rien perdu de son efficacité bien qu'il développe une mythologie un peu surannée. Il est vrai que l'âpreté de la vie des gens de mer est un peu oubliée de nos jours.

Dans sa mise en scène, Jean-Louis Martinelli fait partager le plaisir d'un théâtre traditionnel sans vérisme, sobre, stylisé, esthétique, qui met en valeur les comédiens. Les levers et les baissers de rideaux, avec leurs nouettes et leurs perches, distribuent un espace de liberté à trois beaux comédiens et concentrent l'attention du spectateur sur les rapports de force des personnages.

La fille (Mélanie Thierry) a le tempérament d'une fille actuelle qui sait démonter le machisme sans fard ni crainte, le fiancé (Stanley Weber) est un jeune premier des plus convaincants et le père (Feodor Atkine) émouvant sous sa rudesse et sa puissance.

*Eugène O' Neill a eu le prix Nobel en 1936.

"Anna Christie"

© DR.
© DR.
Texte : Eugene O'Neill.
Adaptation : Jean-Claude Carrière.
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli.
Avec : Mélanie Thierry, Stanley Weber, Féodor Atkine, Charlotte Maury-Sentier.
Scénographie : Gilles Taschet.
Lumières : Jean-Marc Skatchko.
Costumes : Camille Janbon.
Son : La Manufacture Sonore.
Collaboratrice artistique : Amélie Wendling.
Durée : 1 h 40.

Du 20 janvier au 26 avril 2015.
Du mardi au samedi 21 h, samedi à 16 h 30 et dimanche à 15 h 30.
Théâtre de l'Atelier, Paris 18e, 01 46 06 49 24.
>> theatre-atelier.com

Jean Grapin
Vendredi 20 Février 2015

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J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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