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Théâtre

Andromaque sonne comme un halètement de la conscience

"Andromaque", Théâtre National de Bretagne, Rennes (35)

La chaîne des douleurs et des deuils annihile la chaîne des douceurs. Dans "Andromaque" de Jean Racine, après la destruction de la ville de Troie, Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector. Le texte de Racine ne serait que comédie galante si les circonstances de la mort d'Hector ne rendaient les liens impossibles...



© M. Zoladz.
© M. Zoladz.
Comme si le poids des blessures si vives ne rendait l'acceptation de sentiments plus tendres plus difficiles. Parce qu'il est plus facile pour les enfants bercés dans la gloire de leurs ainés de vivre en meute. Que cela est d'une manière sécurisant pour s'opposer en commun aux nouveaux dangers de la paix et de l'amour.

Tout espoir de paix nécessite en effet des efforts surhumains pour effacer les haines des pères, le changement des repères symboliques. La guerre quand elle s'arrête, elle recommence. De toute éternité. En toute persistance la guerre est à outrance, et les après-guerres dégénèrent.

Frédéric Constant met en scène Andromaque de Jean Racine qui est le troisième volet dans son travail d'une tétralogie autour de la guerre de Troie. Son projet est de montrer comment les hommes semblent courir à la tragédie. Comment un monde ancien fait toujours irruption dans une conscience moderne. Sa mise en scène choisit d'appuyer l'imagerie guerrière par une imagerie contemporaine un peu abstraite, lisse et convenue comme un cinémascope. Les costumes sont des années trente, les bateaux sont peints au lointain, à l'horizon, ce sont des cuirassés…

Le texte de Racine d'une certaine manière déjoue par ses contrastes et ses modulations les éléments de la scénographie. Les acteurs ne trébuchent pas sur les alexandrins et exploitent tous les interstices de la mise en scène pour faire se rejoindre le sensible et l'universel. Andromaque sonne comme un halètement de la conscience...

"Andromaque"

© M. Zoladz.
© M. Zoladz.
Texte : Jean Racine.
Mise en scène : Frédéric Constant.
Collaboration artistique : Catherine Pietri et Xavier Maurel.
Avec : Frédéric Constant (Pyrrhus), Cyrille Gaudin (Cléone), Daniel Kenisberg (Phœnix), Franck Manzoni (Oreste), Julien Mulot (Pylade), Maud Narboni (Céphise) Catherine Pietri (Hermione), Anne Sée (Andromaque).
Scénographie : Denis Fruchaud et Marion Gervais.
Costumes : Muriel Delamotte et Anne Deschaintres.
Lumières : Jérôme Allart.
Son : Christine Moreau.
Création vidéo : Guillaume Junot et Frédéric Constant.
Durée : 3 h (avec entracte).

© M. Zoladz.
© M. Zoladz.
Du 3 au 7 mars 2015.
Du mardi au samedi à 20 h.
Théâtre National de Bretagne, Rennes (Ille-et-Vilaine), 02 99 31 12 31.
>> t-n-b.fr/

Jean Grapin
Lundi 2 Mars 2015

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