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Théâtre

Amphitryon... Face au mensonge, la seule vérité est celle de la machine théâtrale

"Amphitryon", Théâtre du Vieux-Colombier, Paris

"Un partage avec Jupiter/N’a rien du tout qui déshonore"
À la faveur de la nuit, le roi des dieux, Jupiter soi-même, remplace Amphitryon dans le lit conjugal… À l’époque des faits, Louis XIV lorgne l’épouse du marquis de Montespan qui, lui, ne se sentira pas du tout mais alors pas du tout honoré…



© Cosimo Mirco Magliocca.
© Cosimo Mirco Magliocca.
La pièce de Molière, écrite en vers libres, inspirée de Plaute et Rotrou, est habilement courtisane et provocatrice. Sosie le valet, comme Saint-Thomas ne croyant que ce qu’il voit, voyant son double en la personne de Mercure métamorphosé, de par les coups de bâton qu’il reçoit, doute de lui-même. Sosie face à son double prend dangereusement le fil du doute philosophique. Qui est moi puisque moi est lui ? Sosie de Sosie.

Dans cette pièce, tous les protagonistes sont l’objet d’illusion. Et les dieux qui mentent sont des fictions. De miroirs tendus en miroirs tendus, de jeux de dupes en jeux de dupes, à l’épreuve des démonstrations qui lui sont proposées, le spectateur prend alors conscience que la seule vérité est celle de la machine théâtrale (le deus ex machina).

Dans une totale liberté de ton et de forme, Molière avance en équilibriste virtuose, avec une méthode digne de Descartes vers l’expression d’un néant récréatif quasi pascalien. Il affirme de manière très nette qu’au théâtre tout est théâtre et que l’effet théâtre dans ses variations est le seul réel. Qui va du rire franc au sentiment mélancolique du monde…

Christian Hecq qui reprend le rôle de Sosie (créé par Molière) joue avec finesse le jeu à la farce (de celui qui se transmet chez les Rame et les Fo depuis des siècles). Jusqu’au point de renversement du rôle d’un Sosie poltron donneur de leçon devenant seigneur de son maitre.

Si l’adjectif moliéresque a du sens, c’est bien en assistant à la représentation d’Amphitryon que le spectateur peut en saisir les raffinements.

Car "Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule", formule promise à un grand avenir que peut méditer la belle figure féminine Alcmène, épouse d’Amphitryon, pour les siècles des siècles.

"Amphitryon"

Cosimo Mirco Magliocca.
Cosimo Mirco Magliocca.
Texte : Molière.
Mise en scène : Jacques Vincey.
Assistante à la mise en scène : Céline Gaudier.
Dramaturgie : Vanasay Khamphommala.
Scénographie : Mathieu Lorry-Dupuy.
Lumières : Marie-Christine Soma.
Costumes : Olga Kaprinsky.
Musique et son : Alexandre Meyer.
Maquillages et coiffures : Cécile Kretschmar.
Assistante maquillages et coiffures : Catherine Saint-Sever.
Avec : Sylvia Bergé (la Nuit), Coraly Zahonero (Cléanthis), Jérôme Pouly (Amphitryon), Laurent Stocker (Mercure), Michel Vuillermoz (Jupiter), Benjamin Jungers (Argaphontidas), Adrien Gamba-Gontard (Naucratès), Christian Hecq (Sosie), Georgia Scalliet (Alcmène).
Élèves-comédiens : Guillaume Mika (Posiclès), Antoine Formica (Polidas).
Durée : 2 heures.

Spectacle du 9 mai 2012 au 24 juin 2012.
Mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h et mardi à 19 h.
Théâtre du Vieux-Colombier, Paris 6e, 01 44 39 87 00/01.
>> comedie-francaise.fr

Jean Grapin
Mardi 5 Juin 2012

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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