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Théâtre

Amour enfoui, amour enfui. Ne reste que le goût des "Cendres de cailloux"

"Cendres de cailloux", Théâtre de la Boussole, Paris

Tout fou, tout feu, tout flamme. Dans "Cendres de cailloux" de Daniel Danis (auteur québécois), une bande de copains un peu tocards, un peu toqués, soudés à un coin de campagne par des pactes d’enfance, la monotonie des jours et des boissons ingurgitées, brûlent la vie comme ils peuvent. Entre farces et virées nocturnes. Le rire est quelquefois chargé, la vitalité reste indéniable.



© Laurent Lafuma.
© Laurent Lafuma.
Et puis en parallèle, une jeune femme brûlante de désirs et un veuf étranger (vivant à l’écart ; que tout sépare de ce qui l’entoure), échafaudent l’un et l’autre un difficile pont vers l’amour, sous l’œil attentif de la fille de l’homme.

Ainsi planté, le décor est lourd de risques de pittoresque. C’est sans compter sur l’écriture de l’œuvre. "Cendres de cailloux" a une dimension dramatique intense. Par le jeu de monologues croisés, chaque personnage, dans ses interventions, voit son caractère, sa couleur vocale et son registre de sentiment évoluer. L’énergie se concentre, la pesanteur des passions et des haines remonte douloureusement à la surface. Les remords explosent. Jusqu’à un coup de théâtre final qui donne le sens.

La mise en scène de Christian Bordeleau, au parti pris simple et concret, tient l’équilibre. Par les connivences qu’ils entretiennent entre eux, les comédiens typent les personnages sans outrances, modulent sans faiblir leurs désirs de vitalité et les freins qui ravagent leur vie, cisèlent les moments de gaîté, suspendent les moments de gravité.

© Laurent Lafuma.
© Laurent Lafuma.
Par le jeu, le texte révèle progressivement sa dimension poétique et dramatique. Elle est celle d’un oratorio à quatre voix avec ses moments de basses continues, ses éclats à la couleur brillante, ses interventions de faussets.

Dans cette proposition, le spectateur entre en intimité avec la pulsation du monde qui lui est proposé. Sa pulsion tellurique, jusqu’à ce point d’incandescence, ce point tragique où l’amour est rendu impossible. Où la possibilité d’un amour s’évanouit. Quand la farce vire au noir. Quand le taiseux s’emmure dans le silence.

Amour enfoui, amour enfui. Ne reste que le goût des cendres. Une solitude de pierre. Cendres de cailloux. Et pour le spectateur qui applaudit une proximité affective avec des prénoms Shirley, Clermont, Pascale, Coco… qui ne sont plus que des souvenirs émus.

"Cendres de cailloux"

© Laurent Lafuma.
© Laurent Lafuma.
De : Daniel Danis.
Avec : Solène Gentric, Franck Jouglas, Marie Mainchin et Philippe Valmont.
Mise en scène : Christian Bordeleau.
Musique: Geneviève Morissette.
Durée : 1 h 40.

Du 18 janvier au 26 mars 2017.
Mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 20 h.
Théâtre de la Boussole, Paris 10e, 01 85 08 09 50.
>> theatre-la-boussole.com

Jean Grapin
Jeudi 2 Février 2017


1.Posté par Christian Bordeleau le 03/02/2017 11:27
Merci Jean Grapin, même si vous avez légèrement écorché mon nom...
en tout cas, je suis fier et heureux d'avoir monté cette pièce

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