La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

"À L'Ouest" : Les sensations textuelles de Donas en huit floraisons folk rock...

La Bretagne a toujours eu un talent particulier pour laisser éclore en son sein des chanteurs prisant fort le texte et, bizarrement, souvent dans la langue de Voltaire. Donas est de ceux-là et il vient tout juste de sortir son troisième opus... comme une invitation à nous sentir un peu plus "à L'Ouest" !



Stéphane Ricordel et Donas © Jean Yves Douet.
Stéphane Ricordel et Donas © Jean Yves Douet.
Après quelques aventures musicales flirtant avec les standards anglo-saxons, notre ressortissant breton a épousé la vocation d'auteur-compositeur-interprète (ou ACI !) et s'exerce avec talent à l'écriture de chansons où la densité poétique côtoie les constats doux-amères et des notes d'humour pleines de fraicheur, avec parfois une petite pointe d'ironie.

Pour cette troisième galette phonographique, Donas est accompagné par Stéphane Ricordel (complice fidèle depuis 2008) au cajon et aux percussions. Deux musiciens de "passage" apportent une intensité rythmique et un appui mélodique sur certains titres : Mathieu Chevignon à la batterie, Julien Huot et ses superbes "lignes" de basse.

C'est d'ailleurs l'une d'entre-elles qui sert d'ornement au premier titre de l'album, "Le fainéant". Sobriété élégante avec une guitare taquine faisant chemin commun avec la basse et quelques percussions toutes en suggestions pour laisser la place à la voix très "mâle" de Donas... Qui nous conte son amour des plaisirs de la paresse tout en cherchant à en convaincre l'élue de son cœur.

Stéphane Ricordel © Jean Yves Douet.
Stéphane Ricordel © Jean Yves Douet.
Dans la chanson suivante "101 Reykjavík", la guitare se fait plus incisive, plus mordante avec quelques riffs ravageurs, pour partir à la découverte de l'Islande. Ballade cinématographique, en référence au film du même nom (2001, de Baltasar Kormàkur avec Victoria Abril et Hilmir Snær Guðnason), elle fait la part belle aux amours féminines et à l'ambiance polaire du long-métrage.

"Floraison intime" et poétique sur nappes d'harmonium, telle est la troisième livraison. Donas y délivre un chant quasi floral pour y parler de ses émois dans un jardin secret que l'on imagine à la florescence érotique.

Le reste de "à L'Ouest" est d'égale qualité avec notamment deux compositions très bluesy, "Jolie Louve" et "Magic Circus", découpées en forme de tranches de vie. À noter "Tay la Madelon, passerelle entre anciens et modernes, qui rappelle à ceux qui l'auraient oublié que la Bretagne a historiquement deux langues : le Breton et le Gallo (… et les chapeaux ronds...) !

Le CD se clôt avec "Rêves d'ailleurs", une création instrumentale de Stéphane Ricordel, partition en forme d'exploration percussive et scintillante où l'on se laisse porter par cette musique aérienne, quasi céleste, simplement rythmée de temps en temps par quelques légers tonnerres électroniques.

Voix et textes résolument en avant, portés par une diction claire, orchestrations d'une astucieuse simplicité et maîtrisées à l'équilibre, voilà des marques de fabrique qui pourrait amener Donas à se démarquer de nombreuses productions actuelles dans le domaines des "ACI" francophones.

Donas... Un artiste vraiment prometteur dont on attend avec curiosité et espoir sa prochaine prestation scénique à la péniche l'Antipode à Paris.

● Donas "à L'Ouest".
Autoproduction.
Distribution : Lalouline éditions.
Sortie : 15 octobre 2014.
Membre du collectif breton TOMAHAWK.

Jeudi 30 Octobre à 20h30 : Péniche l'Antipode, Paris (19e).

Gil Chauveau
Mercredi 22 Octobre 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


Publicité



À découvrir

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !

"Cabaret Louise", Théâtre Le Funambule Montmartre, Paris

Reprise Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !
En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
22/01/2019
Spectacle à la Une

"Cassandra", cruauté et infinie tendresse pour conter le métier de comédienne

La chronique d'Isa-belle L

"Cassandra", C majuscule s'il vous plaît. Pas uniquement parce que c'est un prénom qui, aussi, introduit une phrase ou parce que c'est le titre du spectacle, mais parce que Cassandra, qu'elle soit moderne ici, mythique là-bas, mérite en capitale (C) cette jolie troisième lettre de l'alphabet à chaque recoin de mon papier. La lettre "C" comme Cassandra et comme le nom de famille de l'auteur. Rodolphe Corrion.

Deux C valent pour un troisième : Coïncidence. L'auteur, masculin, très habile répondant au nom de "Corrion" a écrit pour une comédienne à multiples facettes ce seul(e) en scène. Nous voilà à 3 C et trois bonnes raisons d'aller découvrir et applaudir ce spectacle mené de main de maîtresse par la comédienne Dorothée Girot. Jolie blonde explosive, sincère et talentueuse.

Inspiré du mythe de Cassandre, Rodolphe Corrion nous propose aujourd'hui, dans son texte à l'humour finement brodé, un personnage - Théodora -, comédienne enchaînant les castings avec peine, se retrouvant d'ailleurs en intro de spectacle, face à une conseillère Pôle Emploi. Excellent moment et monologue réjouissant. Théodora sent que quelque chose va se produire dans la vie de cette conseillère, quelque chose de… bah ! Oui. Il va se passer quelque chose… elle l'avait sentie, on ne l'a pas écoutée puis… la conseillère, elle ne l'a plus jamais revue.

Isabelle Lauriou
27/03/2019
Sortie à la Une

"Trissotin…" Union du corps et de l'esprit par l'amour, le désir et l'humour

"Trissotin ou Les Femmes Savantes", Théâtre La Criée, Marseille

Reprise ! Pour Henriette et Armande, c'est l'heure de l'émancipation. Ces deux jeunes femmes ont reçu une très bonne éducation, s'expriment avec précision et même élégance, jouissent d'une évidente aisance matérielle au sein d'une famille solide et traditionnelle. La mère tient en effet la culotte en son ménage et le père est gentil quoique un peu faible…

Elles ont trouvé l'oiseau rare. Clitandre. Un jeune homme beau comme un comédien, certes un peu pauvre mais qui a la tête bien faite et de grandes espérances car il est poussé à la cour…

L'ainée a approfondi Descartes, le dualisme ainsi que les stoïciens, et conteste l'institution du mariage. La cadette à l'évidence, dans sa capacité à conjuguer plaisir et amour dans une perspective de mariage heureux, a compris Lucrèce et son "de natura rerum".

Leur mère Philaminte et leur tante Belise se sont piquées des dernières connaissances scientifiques logiques et poétiques. Leur apprentissage encore naïf pèse sur l'ordonnancement de la maison. Voulant être savantes pour se montrer savantes, elles se sont entichées d'un Tartuffe au petit pied, un Trissotin pédant et à la pointe de la mode qui en veut à leur richesse. L'histoire frise la catastrophe.

Jean Grapin
04/04/2019