La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Ruy Blas" Une version vibrant assurément dans la sensibilité contemporaine

Yves Beaunesne met en scène "Ruy Blas" de Victor Hugo et c'est comme une (re)découverte. Pleine de vivacité, de pétulance, l'histoire est celle d'une reine malheureuse. D'un valet amoureux d'une reine. D'un amour impossible entre une reine et un valet. D'un amour immense et tragique entre deux êtres que tout sépare…



© Guy Delahaye.
© Guy Delahaye.
D'un ministre éconduit qui se venge. D'une machination effroyable pour faire tomber la reine. D'un autre ministre qui défend l'intérêt général face à des ministres corrompus. D'un grand seigneur devenu gueux. D'un gueux devenu grand seigneur à la suite d'une substitution d'identité. D'une mort pour laver le déshonneur. Aussi de duels. De ripailles. De l'Espagne à son crépuscule. De noblesse et de bassesse.

Outre l'histoire, il y a les mots, l'appel des consonances, la musique de l'âme de l'amour et de la haine portée par un verbe haut, au débit intense et fluide et ajusté. Poétique, éthique, satirique, ironique, délicat, ne rechignant pas aux jeux de mots, aux expressions populaires, aux envolées lyriques. Qui a cette magie d'être en bouche naturellement, de porter le geste, de susciter le souffle. Faisant fi de toute vraisemblance mais qui atteint le cœur et la raison dans une gourmandise de mots. Le grotesque et le sublime. Le drame, la comédie, le roman-feuilleton réunis. Hugolien donc.

La mise en espace est rigoureuse. Le plateau est nu, sans décor, nettement incliné. Les comédiens, confiants qu'ils sont dans la parole de l'auteur, entrent et sortent suivent les diagonales, les médianes, les parallèles dans un mouvement continu étourdissant, trouvent une dynamique de l'équilibre et de l'amplification du geste. Sur scène, comme un tournis. Un moulin ! Comme une inclination à servir le public. La scène avec ses cabestans discrets laisse apparaître des traces de trappes, indices de chausse-trape. C'est là toute l'histoire.

© Guy Delahaye.
© Guy Delahaye.
La distribution des caractères joue ostensiblement et subtilement des antithèses, des contre-jeux. Les mimiques et les postures, les répétitions du geste, les antagonismes (Il ya des gros et des maigres) créent des effets comiques d'une drôlerie irrésistible ainsi qu'une tension permanente, une approche de la révolte et du tragique.

Il règne une forme d'urgence, qui peut sembler s'affoler, révélant comme une mécanique, une entrée en "pantinisation". Cette mise en scène ne renie pas en effet sa dimension de théâtre de tréteau. Mais les costumes brillent dans un raffinement de velours et de soie. La musique qui clôt les actes ouvre sur l'imaginaire hispanique. Le spectateur a devant les yeux, sans qu'il en ait vraiment conscience, ces Jeunes-France efflanqués et dandys, ces jeunes filles rebelles, ces hommes mûrs, traîtres et cupides, ces silhouettes simplifiées de Paul Gavarni. Cette présentation de Ruy Blas vibre assurément dans la sensibilité contemporaine et vit à l'ombre de Frédérick Lemaître et de Victor Hugo. Toujours aussi jeunes.

Les comédiens saluent sous les ovations.

"Ruy Blas"

© Guy Delahaye.
© Guy Delahaye.
Texte : Victor Hugo.
Mise en scène : Yves Beaunesne.
Assistantes à la mise en scène : Pauline Buffet, Laure Roldàn.
Avec : Thierry Bosc, François Deblock, Zacharie Féron, Noémie Gantier, Fabienne Lucchetti, Maximin Marchand, Guy Pion, Jean-Christophe Quenon, Marine Sylf.
Et les musiciennes : Anne-Lise Binard et Elsa Guiet.
Conseil artistique : Marion Bernède.
Dramaturgie : Jean-Christophe Blondel.
Scénographie : Damien Caille-Perret.
Lumière : Nathalie Perrier.
Création musicale : Camille Rocailleux.
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz.
Maquillage, coiffures et masques : Cécile Kretschmar.
Maître de chant Haïm Isaacs.
Durée : 2 h 15.

Du 26 février au 15 mars 2020.
Lundi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h 30.
Théâtre Gérard Philipe - CDN, Salle Roger Blin, Saint-Denis (93), 01 48 13 70 00.
>> theatregerardphilipe.com

Jean Grapin
Samedi 29 Février 2020

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Bernard Adamus "C'qui nous reste du Texas"… Blues et beau

Pour son quatrième album, Bernard Adamus, avec son style blues très marqué, fricote avec le rock pour nous mener vers le grand nord sur des chansons qui se nourrissent de différents tempos aux paroles truculentes.

Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

Safidin Alouache
05/05/2020
Spectacle à la Une

"I Fratelli Lehman" par la Cie Tom Corradini Teatro de Turin

Captation intégrale Ce spectacle sans paroles (ou très peu) - mais pas sans bruitages ! - devait être présenté au Théâtre Ambigu durant le festival Off d'Avignon cet été. Du fait de l'annulation, la compagnie italienne Tom Corradini Teatro de Turin vous invite à visionner cette pièce burlesque sur l'argent, la cupidité et l'amour raconté avec le langage du clown, sans interaction verbale, adapté à un public de tous âges et de toutes nationalités.

Comédie visuelle et physique interprété par deux talentueux clowns turinois (Tom Corradini et Michele Di Dedda), "I Fratelli Lehman" (The Lehman Brothers) raconte l'histoire d'un couple de banquiers et de financiers dont les capacités et les compétences les ont rendus célèbres et respectés dans tout le monde.

Apparemment, ils ont tout, des voitures rapides, de beaux secrétaires, des bureaux luxueux, un style de vie somptueux. Cependant, un jour leur fortune est anéantie en quelques minutes après un plongeon désastreux du marché boursier. Des richesses à la misère, ils doivent maintenant transformer leur échec en opportunité et gravir de nouveau la montagne du succès.

Gil Chauveau
21/04/2020
Sortie à la Une

Soigne le monde "Heal The World" de Michael Jackson par les Franglaises

Les Franglaises vous souhaitent encore et toujours un joyeux confinement en vous offrant une reprise franglisée de "Heal The World" de Michael Jackson ou "Soigne Le Monde" de Michel Fils de Jacques. Bonne écoute !

Soigne le monde
"Même confinés, les Franglaises récidivent en traduisant littéralement le très à-propos "Heal the World" de Michael Jackson : "Soigne le Monde". Enregistré et réalisé 100 % en confinement, les trente-cinq membres de la troupe donnent de la voix pour "faire de ce monde une meilleure place". "Enjoy… Euh, appréciez !"

Les Franglaises… le spectacle
Comédie musicale à la façon d'un "opéra pop" à l'américaine, le spectacle propose de traduire les plus grands succès du répertoire anglophone… histoire de vérifier, à travers un "test-aveugle", la pertinence de ces grands tubes mondiaux, des Scarabées à Reine, en passant par Michel Fils-de-Jacques et les Filles Épices… et bien plus encore…
Se prenant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la manière de "google-trad", et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python !
Durée : 1 h 45

Gil Chauveau
31/03/2020