La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Raphaël Pichon et l’Ensemble Pygmalion au Jubilé de la Saison Musicale de Royaumont

En ce dernier week-end de la Saison Musicale de Royaumont, fêtant ses cinquante ans d’existence, trois rendez-vous ont marqué un public très nombreux. Ce dernier a acclamé l’un des plus jeunes et talentueux chefs du moment, Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion dans un programme construit autour de la famille Bach. Pas encore trentenaire et déjà érudit, charmant, il a bien voulu nous éclairer sur ce concert et sur ses projets.



Ensemble Pygmalion © Fondation Royaumont/Agathe Poupeney.
Ensemble Pygmalion © Fondation Royaumont/Agathe Poupeney.
À noter que les festivaliers, dont certains sont fidèles depuis 1981, ont également été enchantés par le contre-ténor Philippe Jarroussky (en formation en ces lieux en 1999 avec Gérard Lesne) accompagné pour son récital "Verlaine" du pianiste Jérôme Ducros et du Quatuor Ébène ; et ont chaleureusement applaudi l’impérial et facétieux William Christie et ses Arts Florissants, habitués du lieu.

Christine Ducq pour la Revue du Spectacle - Vous venez d’être acclamé avec votre ensemble par le public, à juste titre, pour ce très beau concert. Quelles sont vos relations avec Royaumont ?

Raphaël Pichon - Nous entretenons une très vieille relation qui dure depuis de nombreuses années. Je suis d’abord venu ici comme chanteur puis avec différents groupes pour défendre différents répertoires : de la musique du Moyen-Age, de la musique baroque et de la musique contemporaine. Je suis même venu comme claveciniste-accompagnateur animer des stages. Aujourd’hui, avec mon Ensemble Pygmalion (créé en 2006, ndlr), nous sommes en résidence à Royaumont pour trois ans (depuis 2011) et nous entamons notre troisième année ici avec des formations et des concerts. Voilà, une activité assez régulière dans ces murs.

Ensemble Pygmalion © Fondation Royaumont/Agathe Poupeney.
Ensemble Pygmalion © Fondation Royaumont/Agathe Poupeney.
En ce qui concerne le programme choisi ce soir à Royaumont, est-il proche de votre tout dernier CD consacré à Bach justement ?

Raphaël Pichon - Le concert et le CD sont tous deux consacrés à Bach mais les programmes en sont très éloignés. Ce sont exactement deux faces très différentes de Johann Sebastian Bach. L’enregistrement que nous venons de faire, "Bach, Kothener Trauermusik" (sorti le 7 octobre chez Harmonia Mundi), est une reconstitution d’une musique funèbre pour un prince que Bach a beaucoup aimé et qui a été très important dans sa vie tant musicale qu’affective : le Prince Leopold d’Anhalt-Köthen, lequel est totalement oublié. Et pour lequel Bach a écrit une musique funèbre qui est en grande partie la "Passion selon Saint-Matthieu".

Tandis que ce soir c’était un programme beaucoup plus festif, beaucoup plus flamboyant, beaucoup plus éclatant. Puisque ces musiques ont été écrites pour la Fête de la Saint-Michel qui a lieu le 29 septembre, une fête très importante pour les Luthériens. Ces partitions illustrent la victoire du Bien sur le Mal personnifiée dans cette histoire biblique par le combat vainqueur de l’Archange Michel contre le Dragon. Cette fête du 29 septembre était l’occasion pour tous les compositeurs de cette époque dont Johann Sebastian Bach d’écrire des musiques qui dépeignent vraiment au plus près ce fameux combat avec tout un arsenal de cuivres, de trompettes et de timbales. Un programme très étincelant donc !

Abbaye de Royaumont © Imagin'Air J.-C. Roy.
Abbaye de Royaumont © Imagin'Air J.-C. Roy.
Pour la suite de la saison, qu’est-il de prévu pour l’Ensemble Pygmalion ?

Raphaël Pichon - Encore du Johann Sebastian Bach. Encore et toujours avec d’autres programmes de cantates ! En 2016, nous allons fêter justement l’anniversaire de la Réforme entreprise par Luther. C’est pour nous l’occasion encore d’un programme assez éclatant puisqu’il tournera autour des cantates écrites pour le Jour de la Réforme qu’on fête chaque année.

Il y a de surcroît notre premier opéra mis en scène par Michel Fau à l’Opéra de Bordeaux et à celui de Versailles avec "Dardanus" de Jean-Philippe Rameau. Sont attendus aussi nos premiers pas dans Mozart avec une grande Messe en ut mineur. Il ne faut pas oublier notre incursion dans la musique romantique avec des concerts consacrés à Brahms et à Mendelssohn. Une saison très riche donc mais j’allais oublier un autre événement très important pour nous : de nombreuses reprises à l’étranger et à Paris d’une production que nous avons créée au Festival d’Aix-en-Provence cet été. Une tentative de mise à la scène d’extraits des Cantates de Bach dans un spectacle qui s’intitule "Trauernacht" ("Nuit de Deuil") mis en scène par une très grande dame du théâtre anglais, Katie Mitchell.

Concert entendu le samedi 11 octobre 2014.
En multidiffusion sur la chaîne en ligne Culturebox.

"Famille Bach. Musiques pour la Saint Michel".
Johann Christoph Bach (1642-1703).
"Es erhub sich ein Streit".
Johann Sebastian Bach (1685-1750).
"Es erhub sich ein Streit" cantate BWV 19.
Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788).
"Heilig" Wq 217.
Johann Sebastian Bach.
"Herr Gott, dich loben alle wir" BWV 130.
"Man singet mit Freuden vom Sieg" BWV 149.
"Nun ist das Heil und die Kraft" BWV 50.

Ensemble Pygmalion.
Raphaël Pichon, direction.
Ana Quintans, soprano.
Damien Guillon, alto.
Nick Pritchard, ténor.
Christian Immler, basse.

Propos recueillis par Christine Ducq
Lundi 13 Octobre 2014

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.



    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• L'Aérien Le fabuleux défi de l'insoupçonnable légèreté de l'être…

Solliciter ressources du corps et de l'esprit unis dans la même entité afin d'affranchir l'humaine condition aux semelles de plomb de la pesanteur la clouant au sol, c'est le prodige réalisé par Mélissa Von Vépy "à l'apogée" de son art. À partir d'une vraie-fausse conférence sur les rapports entre l'Homme et les airs depuis que la Terre est Terre - écrite avec légèreté par Pascale Henry, complice inspirée -, la circassienne rivalise de grâces ascensionnelles. De quoi damer le pion, du haut de son Olympe, à Hermès au casque et chaussures ailées…

© Christophe Raynaud de Lage.
La conférencière au look décontracté étudié, chaussée de lunettes à monture d'écailles et d'escarpins mettant en valeur ses longues jambes, mallette à la main renfermant les planches évocatrices des tentatives humaines pour vaincre la résistance des airs (l'utilisation d'un Powerpoint n'aurait pas été assez daté…), s'emploie avec naturel et humour à survoler cette histoire à tire-d'aile… S'arrêtant cependant sur une reproduction d'Icare, celui par qui la faute advint. Pour avoir voulu voler toujours plus haut, l'intrépide, aux plumes assemblées de cire, s'est brûlé les ailes… et depuis, cette question récurrente : voler est-ce humain ?

Joignant gestes et paroles, elle ôte son blouson libérant des plumes virevoltantes autour d'elle et s'adonne à quelques envolées autour de sa chaise devenant vite le second personnage en scène. D'ailleurs, lorsque, dans le déroulé de sa conférence, elle évoquera les fabuleuses machines volantes nées de l'imaginaire de Léonard de Vinci, on se dit que cette prouesse d'horlogerie fine - que l'on doit à Neil Price - permettant de projeter en douceur ladite chaise jusque dans les cintres, mériterait de les rejoindre au panthéon des créations volantes…

Yves Kafka
26/07/2021