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Avignon 2026

•Off 2026• "Une Rose plus rouge" L'amour… Découvrir les codes qui l'organisent aujourd'hui pour mieux réapprendre à aimer… à s'aimer

"Ghosting", "Love bombing", "Future faking", "Zombieing", "Slow fade", tels sont les nouveaux éléments de langage appartenant au néo-vocabulaire du dating, cette rencontre de type amoureux, souvent brève, inspirée du speed dating, qui est aujourd'hui la case obligatoire par laquelle il faut passer quand on est célibataire ou qu'on est en passe de le devenir. À la clé, des rencontres éphémères, pour le sexe ou pour meubler une soirée, ou plus si affinités virtuelles ? Et l'amour dans tout ça ?



© Vahid Amanpour.
© Vahid Amanpour.
L'amour est-il devenu de plus en plus rare ? L'amour existe-t-il toujours ? Où n'est-il devenu qu'une variable d'ajustement de nos outils numériques ? De ceux qui prétendent, qui nous font croire, que nous sommes en contact, dans une relation avec les autres, une ou un autre, sans jamais les voir concrètement ou rarement, de manière fugace, fugitive, fantasmée, puis "ghoster"… Donnant naissance à une nouvelle forme de solitude ?

Accueilli par la très belle voix de Mélanie Gerber pour une intro en chanson, nous allons, dans un premier temps, assister à une forme de conférence construite sur un recueil de récits, de matériaux documentaires composés d'interviews, de témoignages sur l'amour(eux(se), sur le fait de le faire et sur le fait de l'être. Il s'agit bien ici d'une étude exploratoire et documentée sur ce qu'est l'amour aujourd'hui et c'est sur cette base que les comédiennes performeuses et la musicienne chanteuse s'appuient pour poser les questions essentielles suivantes : Qu'est-ce que cela fait de tomber amoureuse aujourd'hui ? Peut-on croire au "grand amour" ? Et que faire de l'attente, lorsqu'il ne vient pas ?

© Vahid Amanpour.
© Vahid Amanpour.
Très vite la notion de dépendance/indépendance apparaît et en arrière-plan… Et quid de la souffrance ? Ainsi que celle du marché de l'amour… crise de l'amour ? Amplifiée par la multitude d'applis disponibles qui génèrent un défilement incessant d'images/portraits/visages, ceux-ci étant aussi vite ghostés que vus. Et à partir de là, la performance va suivre, avec une énergie bienvenue et lumineuse, les chapitres de la BD de Liv Strömquist qui inspira les créatrices. Ainsi, le thème de la disparition de l'autre arrive et impose une réflexion sur le narcissisme extrême de notre société qui a comme cause notre "désamour". Le résultat est que nous sommes de plus en plus concentrés sur nous-mêmes, jusqu'à en oublier "l'autre".

Passage obligé par le boom du choix rationnel avec les sites de rencontres : Tinder, Bumble, Hinge, Happn, Feels, Adopte, Grindr, Lovoo, Fruitz, etc. Et la projection de photos publiées sur les applis leader (dont beaucoup appartiennent au même groupe d'applications numériques américain). "La prise de décision rationnelle entrave notre capacité à nous engager sur le plan affectif", Liv Strömquist.

Que ce soit lui ou elle, le "marché des relations", devenu espace de pouvoir, exige de s'interroger sur la nouvelle figure de l'homme accompli. Les règles du marché sont entrées sur le marché de l'amour et les stratégies déployées sont censées provoquer le désir de l'autre, avec inclus la peur de l'attente et/ou de la solitude. S'ensuivra, dans les préoccupations créatrices des artistes, le questionnement sur le fait d'avoir des enfants ou de simplement pouvoir en avoir… Le risque de stérilité ne pouvant être ignoré avec, par exemple, le titane que l'on trouve dans les cosmétiques.

© Vahid Amanpour.
© Vahid Amanpour.
S'impose alors le désenchantement du monde. Et la référence à Leonardo DiCaprio qui enchaîne les conquêtes au lieu de s'engager auprès d'une femme pour la vie. Sans doute l'un des résultats de ce narcissisme extrême dont nous parlions plus haut. Ici, l'homme ne voit plus que son reflet, ce que lui renvoie son image à travers l'autre. L'autre étant virtuel(le), numérique, pour ce qui est de l'écran… La quête de l'autre n'est que l'entretien de sa propre image, devenant une simple théorie à maintenir, numérisée, sauvegardée, sans "combats" à mener pour conquérir le cœur de sa belle ou de son beau ! D'où ce no-futur évoqué : n'allons-nous pas vers un total désenchantement du monde ?

Puis-je l'embrasser ? Demander l'autorisation. Dominant(e)/dominé(e). Consommation. Violence. Viols. Optimisation des rapports. Bien sûr, et heureusement, #Metoo s'invitera sur le plateau, avec justesse, finement abordée, posant aussi une réalité que les hommes se doivent d'aborder, d'écouter, d'assimiler, certains éléments dans la relation étant devenus immatériels avec la digitalisation des approches. D'une manière générale, les comédiennes (soutenues par la rigueur et la précision de la mise en scène) font preuve d'une vivacité performative réjouissante qui allège le traitement de thématiques véritablement problématiques sur nos manières de traiter nos relations amoureuses, mais pas que.

Les jeux singuliers, parfois imprégnés depuis la peau jusqu’à l’âme, parfois clownesques, des comédiennes performeuses (Sophia Fabian, Clara Koskas, Christine Muller et Pénélope Martinet) et le magnifique chant envoûtant de Mélanie Gerber donnent à cette adaptation de la BD 'La rose la plus rouge s'épanouit" – admirablement complétée par des apports créatifs personnels des artistes – une dimension analytique féministe parfaitement réussie, mais également universelle sur notre état d'amour aujourd'hui !
◙ Gil Chauveau

"Une Rose plus rouge"

© Vahid Amanpour.
© Vahid Amanpour.
Librement inspiré de la BD "La Rose la plus rouge s'épanouit" de Liv Strömquist.
Mise en scène : Christine Muller.
Avec : Sophia Fabian, Clara Koskas (cocréation de rôle avec Cyrielle Rayet), Mélanie Gerber (chant), Christine Muller, Pénélope Martin.
Scénographie, costumes, accessoires : Anna Ellermets.
Création sonore : Mélanie Gerber.
Création lumière et régie générale : Tanguy Le Hir.
Aide à la création d’accessoires et d’éléments de décor : Denise Schuman, Zoé Lambs, Vincent Thépaut.
Par la Cie Libeski Kollektiv.
À partir de 14 ans.
Durée : 1 h 05.

•Avignon Off 2026•
Du 4 au 21 juillet 2026.
Tous les jours à 11 h 05. Relâche le jeudi.
Théâtre La Manufacture, Salle L'Intra, 2 rue des Écoles, Avignon.
Réservation : 06 72 20 22 44.
>> Billetterie en ligne
>> lamanufacture.org

Gil Chauveau
Vendredi 17 Juillet 2026

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