Dès l'entrée en salle, ambiance cabaret. Trois saltimbanques, musiciens et hâbleurs, à la gouaille façon Karl Valentin, œuvrent en paroles et musiques. On se croirait presque chez Brecht. Soupçons d'impertinence et d'espièglerie pour ainsi proposer à l'assemblée la découverte d'un manuel composé de dix leçons pour devenir un parfait petit dictateur. Dans une première forme de conférence ludique et décalée, nos trois larrons conquièrent spectatrices et spectateurs dans une triple position de témoins, élèves et complices. Mais le burlesque va adoucir la situation, car, ici, pas de démonstration des méfaits d'une dictature spectaculaire (on ne les connaît que trop), mais plutôt le rire, la parodie… l'humour pour une mise à distance toute théâtrale afin d'opérer une dissection quasi chirurgicale de la mécanique du pouvoir au service du despotisme.
A contrario, l'étude visera aussi, et c'est là l'une des qualités de la pièce, à mettre en exergue l'inquiétante fragilité, les instabilités récurrentes de nos démocraties modernes. Car, oui, la dictature est une activité florissante. Aujourd'hui, on dénombre plus d'une cinquantaine de dictateurs ou de "régimes autoritaires" ayant à leur tête un despote… Et que des hommes ! Ça, c'est le côté tragique, mais tellement réel.
A contrario, l'étude visera aussi, et c'est là l'une des qualités de la pièce, à mettre en exergue l'inquiétante fragilité, les instabilités récurrentes de nos démocraties modernes. Car, oui, la dictature est une activité florissante. Aujourd'hui, on dénombre plus d'une cinquantaine de dictateurs ou de "régimes autoritaires" ayant à leur tête un despote… Et que des hommes ! Ça, c'est le côté tragique, mais tellement réel.
Ainsi, au fil des leçons dûment exposées, nous suivons la montée en puissance d'un tyran qui va passer de "stagiaire" à véritable homme de pouvoir, usant des pires méfaits pour assouvir sa soif de domination, mais finissant dans une déchéance toute shakespearienne. Avant cela, nous allons observer l'évolution progressive de l'animal machiavélique dans sa trajectoire toxique… Sa montée vers le pouvoir… Devenir/être le champion du peuple et amener ce dernier à s'identifier à celui-ci. En coulisses, officient une actrice pédagogue nommée "Elle" et "Al", personnage de l'heureux et généreux donateur finançant tout ce dont le tyran a besoin, dont le financement de sa campagne.
"Elle" (Pauline Vaubaillon) et "Al" (Brice Cousin), usant de moyens différents, vont façonner l'élève autocrate. Elle va, s'appuyant sur les dix leçons, lui faire travailler son attitude physique, sa posture… lui apprendre à polariser l'attention, hypnotiser les foules, utiliser des phrases clés comme "Agir pour et avec le peuple", se créer un profil qui émeuve, à mentir par omission ou à bon escient… Considérer les électeurs comme des spectateurs… l'attrait d'un "discours spectacle" réjouissant, plaisant, semblant répondre aux attentes… L'art du faux-semblant ! Dans la harangue à la tribune, ne jamais oublier d'où l'on vient ou, du moins, le faire croire.
"Elle" (Pauline Vaubaillon) et "Al" (Brice Cousin), usant de moyens différents, vont façonner l'élève autocrate. Elle va, s'appuyant sur les dix leçons, lui faire travailler son attitude physique, sa posture… lui apprendre à polariser l'attention, hypnotiser les foules, utiliser des phrases clés comme "Agir pour et avec le peuple", se créer un profil qui émeuve, à mentir par omission ou à bon escient… Considérer les électeurs comme des spectateurs… l'attrait d'un "discours spectacle" réjouissant, plaisant, semblant répondre aux attentes… L'art du faux-semblant ! Dans la harangue à la tribune, ne jamais oublier d'où l'on vient ou, du moins, le faire croire.
Dans cette comédie à la "Brazil", c'est "Elle" qui détient la doctrine initiale. Lui (Paul Tilmont), devenu maître du jeu, va petit à petit s'en éloigner, ivre de pouvoir… Et utilisera, pour arriver à ses fins, l'attirail habituel, la "boîte à outils", du tyran : délation, banalisation de la haine, exploitation des peurs, réécriture permanente de la réalité, milice, emprisonnement, torture, camps, etc. Pour amplifier cette ascension, un large escalier imposant, décor central, est l'élément scénographique aux multiples facettes : gradins, tribune, sommet après l'ascension, prise de hauteur, expression du mépris, cours de dictature, etc. Réversible, il se retourne totalement et sa face arrière fait apparaître un écran.
Spectateurs et témoins de cette étrange métamorphose, à la fois lointaine, car caricaturale et satirique, et bien réelle du fait de sa proximité avec des individus à la tête de pays "ex-amis", le public pourrait se sentir quelque peu mal à l'aise. Mais user du/de théâtre pour tirer les fils qui constituent l'habit du dictateur permet une prise de recul qui invite à un regard constructif et une compréhension des mécanismes amenant de nombreux états aux extrêmes politiques et à l'émergence de dictatures. La mise en scène et les partis pris de Mariana Lézin permettent d'éviter les écueils anxiogènes grâce à des enchaînements rapides, allégés par de furtifs effets comiques, incluant des séquences burlesques aux accents de music-hall.
Spectateurs et témoins de cette étrange métamorphose, à la fois lointaine, car caricaturale et satirique, et bien réelle du fait de sa proximité avec des individus à la tête de pays "ex-amis", le public pourrait se sentir quelque peu mal à l'aise. Mais user du/de théâtre pour tirer les fils qui constituent l'habit du dictateur permet une prise de recul qui invite à un regard constructif et une compréhension des mécanismes amenant de nombreux états aux extrêmes politiques et à l'émergence de dictatures. La mise en scène et les partis pris de Mariana Lézin permettent d'éviter les écueils anxiogènes grâce à des enchaînements rapides, allégés par de furtifs effets comiques, incluant des séquences burlesques aux accents de music-hall.
La complicité entre la comédienne et les deux comédiens est évidente et leur énergie est communicative. Jouant d'effets comiques vifs et d'échanges dynamiques tant musicaux que verbaux, ils et elle créent une ambiance ubuesque qui donne une vivacité particulière à un sujet d'étude plutôt sombre. Le choix fait de ne pas omettre l'émergence quasi systématique d'une résistance et de proposer tout au long de la pièce des va-et-vient entre les différents mécanismes faisant fonctionner la démocratie et l'autocratie, d'en éclairer les ressorts universels et finalement d'évoquer le toujours possible pourrissement d'une dictature (à moyen ou long terme).
Ainsi, oscillant en permanence entre satire et tragédie, "Le Parfait Manuel" désamorce par le rire la perspective effrayante évoquée et la monstruosité du personnage tyrannique. Il explore également la perméabilité entre idéal et autoritarisme, sincérité et opportunisme, engagement et manipulation. En questionnant notre époque et ses dérives politiques, la pièce nous dit aussi qu'un régime totalitaire ne naît pas dans un fracas spectaculaire, mais par étapes, par glissements successifs, par consentements minuscules. Les auteurs nous rappellent que "Le monstre prospère dans l'indifférence. La démocratie survit dans la vigilance. Rire, alors, devient un acte politique. Pleurer aussi". Sans oublier la phrase de Bertolt Brecht : "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde".
◙ Gil Chauveau
Ainsi, oscillant en permanence entre satire et tragédie, "Le Parfait Manuel" désamorce par le rire la perspective effrayante évoquée et la monstruosité du personnage tyrannique. Il explore également la perméabilité entre idéal et autoritarisme, sincérité et opportunisme, engagement et manipulation. En questionnant notre époque et ses dérives politiques, la pièce nous dit aussi qu'un régime totalitaire ne naît pas dans un fracas spectaculaire, mais par étapes, par glissements successifs, par consentements minuscules. Les auteurs nous rappellent que "Le monstre prospère dans l'indifférence. La démocratie survit dans la vigilance. Rire, alors, devient un acte politique. Pleurer aussi". Sans oublier la phrase de Bertolt Brecht : "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde".
◙ Gil Chauveau
"Le Parfait Manuel"
Texte : Mariana Lézin et Paul Tilmont.
Mise en scène : Mariana Lézin.
Dramaturgie : Adèle Chaniolleau.
Avec : Pauline Vaubaillon, Paul Tilmont et Brice Cousin.
Musique : Nicolas Repac.
Scénographie : Mariana Lézin et Alexis Marchetti.
Création lumière : Alexis Marchetti.
Costumes : Patrick Cavalié et Eve Meunier.
À partir de 13 ans.
Durée : 1 h 30.
Du 4 avril au 30 mai 2026.
Mercredi et jeudi à 19 h, vendredi et samedi à 21 h 15, dimanche à 15 h.
Théâtre de Belleville, 16, Passage Piver, Paris 11ᵉ.
Téléphone : 01 48 06 72 34.
>> Billetterie en ligne
>> theatredebelleville.com
•Avignon Off 2026•
Du 4 au 23 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 50. Relâche le vendredi.
Théâtre Le 11 • Avignon, Salle 2, 11, boulevard Raspail, Avignon.
Réservation : 04 84 51 20 10.
>> Billetterie en ligne
>> 11avignon.com
Mise en scène : Mariana Lézin.
Dramaturgie : Adèle Chaniolleau.
Avec : Pauline Vaubaillon, Paul Tilmont et Brice Cousin.
Musique : Nicolas Repac.
Scénographie : Mariana Lézin et Alexis Marchetti.
Création lumière : Alexis Marchetti.
Costumes : Patrick Cavalié et Eve Meunier.
À partir de 13 ans.
Durée : 1 h 30.
Du 4 avril au 30 mai 2026.
Mercredi et jeudi à 19 h, vendredi et samedi à 21 h 15, dimanche à 15 h.
Théâtre de Belleville, 16, Passage Piver, Paris 11ᵉ.
Téléphone : 01 48 06 72 34.
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•Avignon Off 2026•
Du 4 au 23 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 50. Relâche le vendredi.
Théâtre Le 11 • Avignon, Salle 2, 11, boulevard Raspail, Avignon.
Réservation : 04 84 51 20 10.
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>> 11avignon.com


























