La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

"Notes sur le cirque", un laboratoire de recherche inventif et burlesque sur la relation entre réalité et spectacle

"De nos jours [notes on the circus]", Le Monfort Théâtre, Paris

Entre projet expérimental ludique et nouveau cirque libre et enthousiaste se situe la création du jeune collectif Ivan Mosjoukine... Collectif éphémère (ce sera leur seul et unique spectacle*) glissant sur le fil du "cirque de recherche", privilégiant l’expérimentation à la démonstration... Un regard décalé, très créatif, plein de fougue et un rien burlesque sur le sens des images et l'importance de leur construction/déconstruction !



© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
Ivan Mosjoukine présente une création intitulée "De nos jours. [Notes on the circus]" donnant vie à 80 vignettes ("notes") sur le thème du cirque... pour réaliser un manifeste artistique déstabilisant, à la base duquel il y a un principe simple et clair : tout est montré dans l'acte, sans artifices ni effets spéciaux, parce que "tout-voir-est-magique".

D'une intelligence rare, la création de Maroussia Diaz Verbeke, Erwan Ha Kyoon Larcher, Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons (quatre artistes/personnalités "issus" du Centre National des Arts du Cirque) propose, sous forme de petites notes sur le cirque, une succession de décryptages sur l'acte du jeu, de l'action, de son effet - sur le public comme sur l'artiste -, démontrant ainsi que chaque vignette de vie peut devenir un acte vivant théâtralisé où les notions du temps, du dire, du faire deviennent une (re)découverte, une recréation, une image "montrable". Ici le jeu ne fait pas appel (au premier abord) aux performances habituelles des arts du cirque mais, dans une approche gestuelle, souvent burlesque, à une progression d'interventions dynamiques, enjouées et décalées.

© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
Usant de tranches de vie du quotidien ou initiant la "visualisation" des questions - métaphysiques ou pas - que celui-ci génère (le karaoké, le mariage, le port du voile, le temps qui passe ou ne passe pas, l'oubli, la chute des choses, etc.), "De nos jours" est un spectacle qui présente des "numéros" qu'on pensait connaître mais que le collectif Ivan Mosjoukine nous donne à revoir de manière complétement nouvelle, innovante... Allant même jusqu'à les exécuter de manière répétitives afin de nous les faire voir sous des angles différents ; ou à en proposer une vision revendicative avant-gardiste ou frôlant l'humour absurde.

Et si nos quatre artistes ne semblaient pas initialement jouer de la performance (jonglage, funambule, danse sur corde, mât chinois, etc.), subtilement, ils l'installent, allant de notes en notes crescendo pour finir en apothéose... plein de virtuosité. Une création étonnante, rafraîchissante, burlesque et intelligente conçu par quatre jeunes artistes (25 ans de moyenne d'âge) qui prouve avec ce premier spectacle leur surprenante maturité et leurs réelles talents, nous incitant indéniablement à les suivre dans les années qui viennent, individuellement ou à l'occasion de nouveaux projets collectifs.

© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
Spectacle vu début juillet 2013 à l'occasion de la 14e édition du Festival "Teatro a Corte" à Turin.

*Note sur un générique de fin
i[Comme toute chose à une fin, voilà celle de Ivan Mosjoukine.
Les quatre artistes de Ivan Mosjoukine se sont rassemblés pour la création "De nos jours [notes on the circus]", pour ce projet. Ivan Mosjoukine n’est donc pas une compagnie, n’existe qu’à travers ce spectacle.
Après 4 ans de création et 3 ans de tournée, Ivan Mosjoukine décide de mettre fin à la tournée du spectacle sur la saison 2014-2015 à l’exception de quelques lieux partenaires. Aujourd’hui, chaque artiste ressent le besoin de vivre d’autres expériences artistiques et se remettre en création.
Restez attentifs, vous retrouverez les artistes de Ivan Mosjoukine sous d’autres noms…]i

"De nos jours [notes on the circus]"

© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
© Ivan Mosjoukine/Conception graphique Jeanne Roualet.
Collectif Ivan Mosjoukine.
Conçu et réalisé par : Erwan Ha Kyoon Larcher, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel, Maroussia Diaz Verbèke.
Création lumières : Ivan Mosjoukine, avec les notes d’éclairage de Élise Lahouassa.
Constructeur : Stephan Duve.
Costumes et accessoires : Marion Jouffre.
Chefs monteur : Tim Van Der Steen & Manu Debuck.
Durée : 1 h 50.
À partir de 8 ans.

Du 17 décembre 2013 au 5 janvier 2014.
Du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h, mardi 24 décembre à 16 h.
Relâches les 19, 22, 25, 26, 27 décembre, 1er et 2 janvier.
Le Monfort Théâtre, Paris 15e, 01 56 08 33 88.
>> lemonfort.fr

Du 22 janvier au 9 février 2014.
Du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h 30.
Le Centquatre-Paris, Paris 19e, 01 53 35 50 00.
5 rue Curial 75019 Paris M° Riquet, Crimée
>> 104.fr

Tournée 2013/2014 :
Du 19 au 22 mars 2014 : La Filature - Scène nationale, Mulhouse.
Du 27 au 30 mars 2014 : La Criée - Théâtre National de Marseille, Marseille.
Du 3 au 11 avril 2014 : Théâtre Vidy-Lausanne, Lausanne (Suisse).
Du 16 au 18 avril 2014 : MC2, Grenoble.
19 avril 2014 : L’Hexagone - Scène nationale, Meylan.

Gil Chauveau
Lundi 16 Décembre 2013

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | À l'affiche ter







À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023