La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

"Mantovani Voices"... splendeur vocale

Le dernier CD du chœur Accentus, créé et dirigé par Laurence Equilbey, sort le premier juin chez Naïve. Leur troisième enregistrement dédié au répertoire vocal contemporain est consacré à quatre splendides pièces du jeune compositeur Bruno Mantovani.



© Julien Mignot/Naïve.
© Julien Mignot/Naïve.
Après "Dusapin Requiem(s)" et "Manoury Inharmonies", ce nouveau CD "Mantovani Voices" sort aujourd'hui offrant quatre pièces splendides commandées au jeune compositeur né en 1974. Bruno Mantovani, également chef d'orchestre et directeur du Conservatoire national de Paris - dont l'impressionnante Symphonie n°1 "L'idée fixe" vient d'être créée dans l'Auditorium de Radio France, il y a quelques jours -, poursuit donc un compagnonnage commencé depuis longtemps avec Accentus et la chef Laurence Equilbey. Ces œuvres, créées par le chœur entre 2007 et 2012 et dédiées pour deux d'entre elles à leur chef, méritaient amplement d'être gravées pour mémoire. Sa "Cantate n°4" nécessitant en outre l'intervention de deux solistes solides et inspirés, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et l'accordéoniste Pascal Contet* - compagnon de route de Bruno Mantovani lui aussi.

La Revue du Spectacle a donc voulu rencontrer le compositeur lors d'une séance d'enregistrement du disque en février dernier à l'Opéra de Rouen Normandie. Le soir même, un concert était donné aux heureux spectateurs rouennais qui firent un accueil enthousiaste aux "Vier geistliche Gedichte" et à la "Cantate n°4", deux des quatre œuvres du CD Mantovani au programme. Le chœur fit bien-sûr merveille dans ces pièces dont l'écriture brillante sert aussi bien les instruments que les voix pour composer un dense tissu sonore. Travaillant sur la spatialisation, le dynamisme et la variation comme sur l'intensité, la musique de Bruno Mantovani a un fort pouvoir émotionnel - bien saisi sur le disque ici. Voici donc une rencontre qui nous éclaire sur le travail du compositeur.

Bruno Mantovani © DR.
Bruno Mantovani © DR.
Christine Ducq pour La Revue du Spectacle - Je viens d'assister aux répétitions de deux de vos pièces : "Vier geistliche Gedichte" sur quatre poèmes religieux d'Eichendorff et la "Cantate n°4" sur un texte de Paul Tymich "Komm, Jesu, komm". Comment choisissez-vous les textes ?

Bruno Mantovani - À chaque fois que j'ai écrit pour Accentus - et même pour d'autres configurations vocales -, j'aime beaucoup prendre des cycles de poèmes et en faire une recomposition personnelle. Je recrée moi-même un cycle. Je prends N poèmes d'un même auteur que j'aime et j'essaie de les mettre en relation. J'ai fait cela sur Rilke par exemple, pour un petit ensemble vocal, il y a très longtemps, pour ma première cantate, une œuvre qui dure plus de quarante minutes. C'est aussi mon propre cycle que ces "Cinq Poèmes de Janos Pilinszky" qu'interprète aussi Accentus.

Vous avez écrit votre "Cantate n°4" pour un chœur et deux solistes…

Bruno Mantovani - Cette cantate est une pièce un peu protéiforme. C'est une œuvre chorale, un concerto pour violoncelle et pour accordéon, c'est aussi un duo d'instrumentistes et des solos vocaux. Il s'agit vraiment une œuvre très hétéroclite. Ce qui est amusant c'est que le chœur peut avoir une couleur d'orgue comme l'accordéon en est un également. Le violoncelle étant un instrument qui se fond aussi très bien. À l'intérieur de cet effectif très compact, je voulais essayer de créer quelque chose de très éclaté, de très diversifié. Les configurations instrumentales et vocales changent tout le temps.

Accentus © Anton Solomoukha.
Accentus © Anton Solomoukha.
Entendant les grandes pages lyriques de ces œuvres, j'ai parfois pensé au compositeur John Adams.

Bruno Mantovani - Je déteste sa musique ! (Il rit). Non, sa musique est très répétitive sur une harmonie tonale. Ce qui n'est pas le cas de ma musique.

Qui sont vos maîtres, si vous en avez ?

Bruno Mantovani - C'est difficile d'en citer un plutôt qu'un autre. J'appartiens plutôt à une génération synthétique qu'à une génération d'écoles. Il est des personnages forts pour moi, Pierre Boulez évidemment mais également Peter Eötvos, un mentor pour moi. Dans les grands ancêtres citons Berio, Ligeti. Pour la génération juste avant la mienne, les compositeurs marquants sont Philippe Manoury et Tristan Murail par exemple.

Vous faites aussi œuvre d'historien avec cette "Cantate n°4"...

Bruno Mantovani - C'est amusant que vous disiez cela parce que c'est une attitude que revendiquent très peu de musiciens. Moi si. Donc, cela me touche que vous l'ayez remarqué. J'ai un lourd passé musicologique [Bruno Mantovani a soutenu étudiant une thèse en musicologie. NDLR]. Or la musicologie est pour moi une vision de l'Histoire. Ce n'est pas juste savoir des dates et une chronologie. C'est aussi porter un regard sur elle. En ce qui me concerne, une des façons de pratiquer la musicologie, c'est l'écriture. C'est-à-dire proposer une nouvelle interprétation historique d'où la référence à Jean-Sébastien Bach dans la cantate avec violoncelle et accordéon.

©Jean-Baptiste Millot.
©Jean-Baptiste Millot.
Dans les répétitions, on voit à quel point votre partition présente une architecture quasi diabolique à mettre en place pour le chœur Accentus et les solistes !

Bruno Mantovani - Architecture, je ne sais pas. Mais c'est vrai que cette œuvre [la "Cantate n°4" NDLR] nécessite une vraie virtuosité. C'est amusant que vous parliez de "la mettre en place" car il y a en effet la virtuosité des solistes et des chanteurs, et aussi celle de la verticalité - le fait de jouer ensemble.

Vous choisissez beaucoup de poètes allemands pour vos œuvres. Est-ce un tropisme romantique ?

Bruno Mantovani - Oui, on peut dire cela. En particulier pour Eichendorff. En outre, Laurence (Equilbey) ne passe jamais une commande au hasard. Elle me précise toujours dans quel type de programme va s'insérer mon œuvre. Ce sont des indications précieuses. Mais j'ai aussi choisi Paul Tymich, un des poètes de Bach, et c'est donc un hommage à sa musique.

Est-ce qu'écrire pour un chœur est différent que composer pour un ensemble instrumental ?

Bruno Mantovani - Complètement. Nous avons d'ailleurs un gros problème de formation en tant que compositeur quand nous écrivons pour un chœur. On nous apprend à écrire pour les instruments, le quatuor à cordes, l'orchestre mais, dans nos études, on nous apprend très rarement à le faire pour un ensemble vocal. Un ensemble instrumental peut être poussé jusqu'à ses limites de virtuosité. Alors que, pour un chanteur, son instrument, c'est sa voix. S'il n'a pas de repères harmoniques autour de lui, il ne peut pas chanter. Il faut savoir écrire dans un contexte harmonique clair.

Votre musique vocale fait communier l'auditeur dans une vraie transcendance. La transcendance est-elle dans la musique ou vient-elle d'ailleurs selon vous ?

Bruno Mantovani - Non. Pour moi, elle est dans la musique. Il y a un hommage à Bach et quatre poèmes religieux sur une musique composée par un athée militant ! (Il rit). C'est très amusant de se poser la question de l'œuvre littéraire et religieuse quand soi-même on n'est strictement affilié à aucune religion.

Vous composez en pensant à des poètes comme dans votre opéra "Akhmatova" mais aussi à des peintres. Êtes-vous intéressé par tous les langages artistiques ?

Bruno Mantovani - Oui, exactement. Tout ce qui est source d'émotion peut être transcrit dans la musique. Y compris la gastronomie ! J'ai beaucoup travaillé avec de grands cuisiniers. J'ai fait un menu complet avec des pièces telles que "Tarte au chocolat" et "Friantine aux langoustines" ! Tout cela me plaît beaucoup !

Note : *Pascal Contet a créé son propre label PLEINJEU. Son nouveau CD "Utopian Wind Solo" sortira fin août.

● "Mantovani Voices".
Accentus.

Laurence Equilbey, direction.
Pieter-Jelle de Boer, direction.
Sonia Wieder-Atherton, violoncelle.
Pascal Contet, accordéon.
Label : Naïve.
Sortie : 1er juin 2015.
Durée : 54 minutes.

Bruno Mantovani (1974), compositeur.
"Cinq Poèmes de Janos Pilinszky".
"Vier geistliche Gedichte".
"Monde évanoui (Fragments pour Babylone)".
Cantate n°4 "Komm, Jesu, komm".

Christine Ducq
Lundi 1 Juin 2015


1.Posté par dominique MINJOT le 02/06/2015 11:56
Toute honte bue j'avoue ma méconnaissance totale de l'œuvre de Bruno MANTOVANI ........mais après la lecture de cet excellent article je n'ai plus qu'un désir pressant : couir acheter cet enregistrement
j'apprécie le magnifique travail de Laurence EQUIBEY et ACCENTUS et j'ai hâte de les découvrir dans ces oeuvres contemporaines
un grand merci à Christine DUCQ de nous entrainer loin des sentiers battus sur des chemins de découverte inhabituels

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021


Brèves & Com

Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.



Vidéos les plus récentes



À découvrir

•Off 2021• Le Souffleur Dans l'ombre de la création du Cyrano d'Edmond Rostand

Le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, a lieu la première représentation du "Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand avec, dans le rôle-titre, le grand comédien de l'époque : Benoît Constant Coquelin. Depuis, cette pièce est l'une des plus célèbres du répertoire du théâtre français. Cyrano, Roxane sont devenus des personnages de légende, des héros, des joyeux fantômes de l'inconscient collectif. C'est l'apport qu'a eu ce texte dans la symbolique de la bravoure, de la passion, de l'abnégation. Un amour impossible de plus.

© Compagnia dell'Edulis.
Pourtant, il manque un héros à cette liste issue de cette première représentation. Il y manque un fantôme, un tout petit fantôme, mais un fantôme protecteur qui était, lui aussi, au plateau ce 28 décembre 1897. Oublié. C'est un peu normal puisque Edmond Rostand n'a pas écrit un vers pour lui. Et pourtant, lui seul dans toute la distribution avait lu, mis en bouche, voire appris, les répliques de tous les personnages de la pièce et, en particulier, celle de l'Auguste Coquelin. Il s'appelait Ildebrando Biribo'. Il était ce soir-là dans le trou en avant-scène, invisible des spectateurs, le manuscrit devant lui, le trou du souffleur.

Et c'était sa dernière performance. Coquelin, avant le début de la représentation, lui annonce qu'il n'aurait plus besoin de lui pour les suivantes. La représentation se déroule. Ildebrando Biribo' fait son office. La pièce se termine. Les acteurs quittent la scène sous les ovations. C'est un triomphe. Ils sortent de scène. Le public quitte la salle. Et l'on retrouve le souffleur mort dans son trou.

Bruno Fougniès
20/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

● Avignon Off 2021 ● Acquittez-la ! par Pierrette Dupoyet

Alexandra L., femme battue depuis des années par son mari, finit par l'assassiner. Elle est passible de 20 ans de prison… Toutefois, le réquisitoire de l'Avocat Général va surprendre tout le monde…

Pierrette Dupoyet dans un précédent spectacle
Ce récit nous plonge dans la spirale que vivent des milliers de femmes violentées qui, bâillonnées par la peur, se murent dans le silence… Quand le drame éclate au grand jour, les questions pleuvent : "pourquoi n'as-tu pas quitté ton bourreau avant ? Pourquoi n'en as-tu parlé à personne ?". Questions faciles à poser, mais les réponses sont difficiles à trouver…
Et si tout commençait à la première gifle ?

Depuis 37 ans, Pierrette Dupoyet crée tous ses spectacles au Festival d'Avignon, avant d'aller les interpréter dans le monde entier (70 pays à son actif).
"Hallucinante" Nouvel Obs.
"Saisissante !" Télérama.
"Une présence" Le Monde.
"Exceptionnelle !" France-Soir.
"Une défricheuse qui ne sait vivre que dans le risque"

Création de Pierrette Dupoyet.
Auteur, interprète, metteur en scène : Pierrette Dupoyet.
Durée : 1 h 15.

● Avignon Off 2021 ●
Du 7 au 31 Juillet 2021.
Tous les jours à 11 h 50 .
Théâtre Buffon, 18, rue Buffon, Avignon.
Réservations: 04 90 27 36 89.

>> pierrette-dupoyet.com
>> theatre-buffon.fr

Annonce
31/05/2021