La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

L'Âge du printemps : Emmanuel Krivine dirige l’Orchestre du Conservatoire de Paris

Le chef français Emmanuel Krivine, violoniste formé au Conservatoire de Paris, dirigeait samedi 22 mars, salle Pleyel, les jeunes musiciens de l'école dans un beau programme consacré à Richard Wagner. La pratique de l’orchestre est en effet constitutive de la formation dispensée par l’institution depuis le début du XIXe siècle.



© DR.
© DR.
L'Ouverture et la Bacchanale de "Tannhäuser" dans une interprétation fraîche (mais un peu appliquée) ont révélé d’excellents pupitres comme les cordes, les cuivres et les percussions. Le plaisir de ces jeunes instrumentistes qu’on sent encore pleins d’enthousiasme est communicatif. D’autant plus que leur chef, pédagogue bienveillant, nous entraîne avec eux dans ce maelstrom symphonique captivant.

Emmanuel Krivine a choisi une disposition idoine pour les différents pupitres, exhortant les couleurs de bois sombres et les ténébreuses clartés vénusiennes de cette partition : pupitres de violon disposés selon la tradition de part et d’autre du chef mais une estrade est aménagée sur sa droite (donc à la gauche du public) pour les contrebasses (au nombre de huit !) ; et les dix violoncelles font jeu égal avec les altos, en cercle. Les six harpes sont placées sur sa gauche juste devant les accessoires de percussion également surélevés. Comme les claviers et peaux qui achèvent d’en former l’ultime frontière selon la tradition.

© DR.
© DR.
Après l’entracte, Emmanuel Krivine porte l’orchestre à des sommets d’incandescence avec l’immolation de Brünnhilde "Starke Scheite schichtet mir dort" ("Dressez un bûcher, là") qui clôt les seize heures du Ring dans "Le Crépuscule des dieux" avec la mezzo autrichienne Brigitte Pinter (reconvertie en soprano dramatique depuis quelques années). Moins convaincante dans les "Wesendonck-Lieder" en première partie, la chanteuse interprète avec beaucoup de nuances Brünnhilde, rôle qu’elle a incarné à l’Opéra de Paris en 2011.

La troupe de plus de cent musiciens propre à servir la démesure wagnérienne a aussi laissé place à une formation plus resserrée pour une adorable "Siegfried-Idyll", écrite par Wagner pour l’anniversaire de Cosima le 25 décembre 1870 et donnée en aubade dans leur villa de Tribschen en présence de Nietzsche (disparu dans la séquence recréée par Luchino Visconti dans "Ludwig") ! Le son de cette formation d’une trentaine d’instrumentistes dirigée sans baguette (pour les Lieder et "l'Idyll" donc) confirme le goût de la transmission d’un chef quasi paternel - trois fois directeur musical de l’Orchestre Français des Jeunes par le passé. On ne se refait pas.

Emmanuel Krivine © Philippe Hurlin.
Emmanuel Krivine © Philippe Hurlin.
Concert entendu le samedi 22 mars.

Richard Wagner (1813-1883).
"Tannhäuser" : Ouverture et Bacchanale.
"Wesendonck-Lieder".
"Siegfried-Idyll".
"Le Crépuscule des dieux" : Scène finale.

Orchestre du Conservatoire de Paris.
Emmanuel Krivine, direction.
Brigitte Pinter, soprano.

Christine Ducq
Lundi 24 Mars 2014

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019