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Festivals

FAB 2026 Être ou ne pas. Comment être soi, un Arabe, dans un monde où la langue elle-même reste la proie des colonisateurs…

Avec "Language : no broblem" et "On the importance of being an Arab", le FAB poursuit son projet initié depuis plusieurs années d'inviter des artistes de langue arabe, leur donnant ainsi la visibilité qui leur est souvent contestée. Marah Haj Hussein, danseuse, chorégraphe et performeuse palestinienne installée à Anvers, et Ahmed El Attar, performeur, auteur et metteur en scène égyptien, directeur du Downtown Contemporary Arts Festival du Caire, chacun "armé" de sa propre grammaire artistique, vont se raconter au travers de récits mettant en jeu leur existence en tant qu'Arabe. Incisives l'une et l'autre, leur création est à prendre comme un pied de nez salutaire adressé aux colonisateurs, anciens et présents.



"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Language : no broblem", jouant avec les accents déformant, le titre résonne comme un clin d'œil amusé… En fonction de sa langue d'origine – l'arabe – et des exils attachés à sa vocation d'artiste, rien en effet n'est plus sujet à problème pour Marah Haj Hussein que d'être le fruit d'un multilinguisme oblitérant sa langue maternelle. Née à Kofor Yassif où elle a grandi en Palestine occupée, elle a dû très tôt soumettre l'arabe aux exigences de l'occupant en utilisant l'hébreu comme langue officielle. Puis, elle a dû adopter le flamand de son pays d'accueil, la Belgique, et avoir recours à l'anglais comme langue passeport… Que reste-t-il de soi lorsque la langue qui nous constitue et nous inscrit dans un rapport au monde (cf. le linguiste Émile Benveniste qui, né à Alep en Syrie avant d'être naturalisé français, savait d'où il parlait…) est ainsi invalidée par d'autres parlers au statut "supérieur" ?

En ouverture, on découvrira quatre langues, trois alphabets, trois systèmes d'écriture (dont deux, l'arabe et l'hébreu s'écrivant de droite à gauche), "éléments du langage" inscrits en toutes lettres sur des cubes où viendront par la suite se projeter en lettres lumineuses les conversations en arabe et en anglais traduites en français (l'hébreu ne sera pas traduit, exclu par un juste retour des choses en tant que langue de l'occupant). Complétant sa présentation, l'artiste écrit des mots clés dont celui de "Nakba", cristallisant à lui seul l'exode des Palestiniens lors de la création de l'état d'Israël en 1948.

"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Si tu veux détruire un peuple, détruis sa langue", confie-t-elle, faisant référence à ses études en Palestine occupée où l'hébreu était la langue élue – l'arabe restant cantonné aux échanges de second plan – gommant l'identité arabe réduite aux "racines défaillantes d'un arbre". Adoptant le prétexte d'un voyage en train la conduisant de Gand à Anvers, elle va reproduire des conversations personnelles trouant son itinéraire présent… Les mots du père, s'inquiétant dans son enfance que ses enfants regardent des programmes en hébreu ou en anglais… Elle, constatant que son sentiment d'appartenance à la langue maternelle faiblit… Son frère installé à Beyrouth, et privé de retour depuis l'invasion du Liban par les Israéliens…

"Ça veut dire quoi être Arabe ?", la question du père resurgit, avec à sa suite des mots associés – "Oppresseur, colon, colonisateur, violeur, usurpateur" – autant de substantifs porteurs des souffrances dont les Arabes, y compris ceux qui parlent quotidiennement la langue, ont honte tant ils les renvoient à leur statut de peuple bafoué par l'Histoire… "Voler le khôl des yeux", une autre expression émerge, faisant référence, au-delà des vertus physiologiques bienfaitrices de la poudre minérale, à sa signification religieuse (le prophète Mahomet l'utilisait). Elle symbolise à elle seule le sort des Palestiniens contemporains, amputés de leur langue, de leurs coutumes et de leur sol.

Ce que l'on ne peut arracher à son peuple, c'est l'odeur de la Zanalkla accrochée à une assiette où des œufs ont été cuits, odeur tenace qui rassemble sa communauté et qu'elle tente de partager avec le public assemblé ce soir. Auparavant, la danseuse aura voltigé de cadre en cadre, multipliant les figures chorégraphiques afin de signifier – au propre comme au figuré – la souplesse requise pour pouvoir naviguer entre les langues… Une performance ô combien "parlante".

"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
"On the importance of being an Arab", de même, se nourrit de la vie du metteur en scène, dramaturge égyptien, Ahmed El Attar, ayant choisi d'être la matière vivante de sa performance "théâtrale". Au travers des enregistrements de morceaux choisis de conversations avec son entourage – qui lui arrivent dans une oreillette et qu'il interprète en direct – se dessinent les contours d'une identité (arabe) qu'il s'emploie à "réinventer" sur scène au gré de ses représentations afin d'éliminer les "pré-jugés" qui collent à la peau.

Assis sur une chaise jugée sur un imposant cube blanc, un grand écran dressé derrière lui, le charismatique metteur en scène de sa propre histoire fait revivre l'Histoire intime et collective de tout un pays. Comme un flux continu défilent menus et grands événements à valeur exemplaire de la vie d'un homme comme les autres… à ceci près que cette existence dont il est dépositaire trouve comme port d'ancrage L'Égypte, pays arabe du pourtour méditerranéen et objet de fantasmes.

Sa parole in situ fera écho à la mosaïque rugissante des événements se bousculant sur l'écran. Au détour de ses confidences, on retrouvera, pêle-mêle… Les rapports qu'entretenait le dictateur roumain Ceascucu avec le football érigé en pilier de sa propagande… Le spectacle donné au Monténégro dans lequel a été, une fois de plus, levé le voile sur les rouages oppressifs des sociétés contemporaines… Les hypocrisies d'un certain dîner donné par Macron, Hollande, Jack Lang où était invité un écrivain français en vogue et où, lorsque son tour est arrivé, il a évoqué le génocide des Gazaouis, le silence qui a suivi a été vite meublé par la mastication des mets succulents… Le racisme de plus en plus décomplexé des Français où lorsque les gamins voient un noir, ils crachent, ou encore l'arabe qualifié de "langue des barbares", et cela se passe dans une ville de gauche, ouvrière…

… Lui à 55 ans, et ses croyances effondrées, son espoir perdu en la société occidentale. Au moins en Égypte on n'est pas surpris, c'est conforme au manuel de dictatures, tant que tu as des sous, c'est "La La Land"… Les gosses de Gaza qui meurent de faim à ciel ouvert, dans l'indifférence générale des occidentaux… Le public du théâtre d'Alexandrie, un très bon public… Le festival d'Avignon et sa 79ᵉ édition en 2025 où Tiago Rodrigues avait tenu à inviter officiellement la langue arabe et où, à quelques exceptions près (Bashar Murkus et son "Yes Daddy, Ali Chahrour et son "Quand j'ai vu la mer"…) les spectacles en langue arabe présentés étaient… essentiellement de la danse.

"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
Ahmed El Attar tel qu'en lui-même, homme de théâtre égyptien dialoguant avec ses amis et ses proches, sans filtre aucun. Sujets personnels et sociétaux mêlés dans le flux d'une vie de théâtre pleinement assumée faisant exploser la gangue du politiquement correct pour atteindre, sous le magma des clichés répandus, l'essentiel… Comme ce jeu consistant à relier des points pour faire apparaître un portrait, les "flashs" réinterprétés en direct convergent vers une évidence : "l'arabe est un homme comme un autre"… Un théâtre essentiel.
◙ Yves Kafka

Ces deux spectacles ont été vus le 1ᵉʳ octobre au tnba et le 2 octobre 2026 au Glob Théâtre, dans le cadre de la 11ᵉ édition du FAB - Festival international des Arts de Bordeaux métropole.

FAB 2026

"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Language no broblem" © Pierre Planchenault.
"Language : no broblem"
Marah Haj Hussein - Palestine/Belgique.
Spectacle en arabe, hébreu, anglais et allemand, surtitré en français et anglais.
Avec le soutien de l'Institut français dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Avec : Marah Haj Hussein.
Dramaturgie : Krystel Khoury.
Scénographie, textile : Agnese Forlani.
Conception sonore : Anton Lambert.
Musique, composition : Verena Rizzo.
Projection mapping, techniques : Koen de Saeger.
Création lumière : Pol Seif.
Décor : Mohamed Sultan.
Durée : 1 h 15.

Représenté les 1ᵉʳ et 2 octobre 2026 au tnba de Bordeaux.

Tournée

Du 12 au 14 mai 2027 : La Villette, Paris (75).

"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
"On the importance of being an Arab" © Pierre Planchenault.
"On the importance of being an Arab"
Ahmed El Attar - Égypte.
Spectacle en arabe surtitré en français.
Avec le soutien de l'Institut français dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Mise en scène et jeu : Ahmed El Attar.
Musique, vidéo : Hassan Khan.
Scénographie : Hussein Baydoun.
Lumière : Charlie Astrom.
Montage vidéo : Louli Seif.
Lumière : Saber El Sayed.
Son, vidéo, production : Ahmed Ashmawy.
Surtitrages, tournée : Nadeen Lotayef.
Durée : 40 minutes.

Représenté le 2 octobre 2026 au Glob Théâtre de Bordeaux.

FAB - 11ᵉ Festival International des Arts de Bordeaux Métropole.
Du 26 septembre au 10 octobre 2026.
9, rue des Capérans, Bordeaux (33).
>> fab.festivalbordeaux.com

Yves Kafka
Jeudi 8 Octobre 2026

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