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Théâtre

"Bâtards" Une comédie qui mitraille sans pitié, mais avec une bonne d’humour et de fantaisie

Comment faire pour prendre au sérieux son sujet sans se prendre soi-même au sérieux ? C’est ce que parvient à faire la Très Neuve Compagnie avec ce spectacle Bâtards dont le ton, les mots et le jeu des interprètes sont à la fois vrais, réalistes, contemporains, mais également distanciés, clownesques parfois, et souvent explosifs.



© Louis Barsiat.
© Louis Barsiat.
Cela commence comme un échec : la création d’un spectacle bouleversée par le divorce des deux principaux porteurs du projet, l’autrice/comédienne et son compagnon/comédien. Cette pièce, censée parler d’une rencontre amoureuse sur le chemin de Compostelle, va vite dériver vers une autre histoire, une histoire qui semble s’écrire en même temps qu’elle se joue devant nos yeux, l’histoire d’une rupture, mais surtout l’histoire d’un énorme, monstrueux, radical et libérateur cri de révolte.

Un hurlement viscéral traverse le texte de Louise Dupuis. Le besoin d’expulser à cru la rage et l’impuissance à changer le monde et, dans ce monde, changer principalement les hommes, la norme hétéro et le paternalisme, mais aussi et surtout changer l’adolescent attardé qui sommeille dans tous les mâles, un adolescent qui décide trop souvent à leur place. Discours féministe, oui, mais qui s’inscrit d’abord dans le désir d’évolution pendant toute une partie de la pièce. Bon, cela finit en quelque chose de beaucoup plus radical que je ne dévoilerai pas ici sinon pour dire qu’il s’agit d’un espoir dans le féminisme, d’un rêve idéal bien sûr, mais toute révolution ne commence-t-elle pas par des rêves ?

© Louis Barsiat.
© Louis Barsiat.
Toute la pièce est un parcours de funambule pour les cinq interprètes qui nous emportent depuis la salle du Théâtre Lepic, jusqu’à Marseille dans un foyer de jeunes travailleurs, en passant par le chemin de Compostelle, y croiser un ours, pour finir dans un avenir possible, possiblement radieux, possiblement vivable. Car Bâtards joue en permanence sur les deux plans : le réel et la fiction (en particulier les rôles de Louise, joué par Louise Dupuis et le rôle de Julien, joué par Julien Storini : le choix des prénoms n’est pas un hasard). Une dynamique qui provoque tantôt le rire, tantôt l’émotion.

L’autrice, Louise Dupuis, a puisé dans sa vie intime, ses désirs intimes et ses rêves intimes pour écrire ce texte plein de rebondissements. Elle manie avec virtuosité l’autodérision ainsi que les pointes acides qui donnent du piquant à la pièce. De cet ingrédient, les garçons (Julien Storini et Thomas Gourdy) sont bien servis. Le côté immature, vivement mis en lumière ici, leur offre, comme dans la vie, un crédit de sympathie, mais aussi un côté pathétique qui ne leur donne pas le beau rôle.

© Louis Barsiat.
© Louis Barsiat.
Les femmes échappent aux piques. Lucile Oza dans le rôle d’une résidente du foyer de travailleurs à Marseille donne à son personnage, grâce à sa très belle présence, une lumière douce et vraie. Lise Lomi incarne l’avenir imaginaire de l’humanité : la première femme au monde, née d’une femme et d’une femme. La première-née d’un amour, en fait. Elle clôt avec fougue et dérision le spectacle dans un monologue radical qui éclate comme un immense rire cruel et sans pitié pour le paternalisme. Au centre de cet univers tourmenté, Louise Dupuis est son propre double, son propre reflet, son avatar ironique, un peu clown blanc. Une belle partition qu’elle joue avec une réelle justesse.

Toute la pièce est rythmée par le jeu et le second degré. On y respire un air de liberté de mots, d’imaginaire et d’insolence qui fait du bien. Une liberté qui ose frôler le trash tout en distillant du rire et qui se permet même, par instant, d’ouvrir une parenthèse où flotte un ballon en forme de licorne, comme le souvenir de l’enfance perdue.
◙ Bruno Fougniès

"Bâtards"

© Louis Barsiat.
© Louis Barsiat.
Texte : Louise Dupuis.
Mise en scène : Louise Dupuis.
Avec : Louise Dupuis, Thomas Gourdy, Lucile Oza, Lise Lomi et Julien Storini.
Dramaturgie : Maxime Lévèque.
Collaboration artistique : Louise Roch.
Création lumières : Victor Inisan.
Création sonore : Julien Storini.
Scénographie : Louise Dupuis.
Collaboration artistique : Ferdinand Barbet.
Une production La Très Neuve Compagnie.
Tout public à partir de 13 ans.
Durée : 1 h 20.

Du 20 septembre 2026 au 3 janvier 2027.
Dimanche à 19 h.
Théâtre Lepic, 1, avenue Junot, Paris 18ᵉ.
Téléphone : 01 42 54 15 12.
>> Billetterie en ligne
>> theatrelepic.com

Bruno Fougniès
Mercredi 7 Octobre 2026

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