La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

31e Festival Transnational des Artistes de la Rue • Chalon dans la rue ou la morsure des Toulousaines • Épisode 2

Chalon 2017

De 11 h à 1 h du matin, la Toulousaine de Cirque et de Rue était en émoi au milieu d’odeurs de cuisine qui sentaient bon la Méditerranée. Ce collectif recevait pour cette 31e édition de Chalon dans la rue pas moins de treize compagnies. Deux sortaient nettement du lot : Le Petit Théâtre d’Outre-Tombe et son spectacle "La Mort sûre" ; et la Cie Saseo avec son "Cabaret de poche". L’empreinte est nette. On en rit encore !



Le Petit Théâtre d’Outre-Tombe, "La Mort sûre"

"La Mort sûre" © DR.
"La Mort sûre" © DR.
Cette toute nouvelle compagnie d'Outre-tombe achève sa première création autour d'un premier texte signé Mathieu Vidard et Pierrick Stéphant. De Rilke à Nietzsche, en passant par Chateaubriand et Baudelaire, ils se sont plongés à corps perdu "dans la poésie vénéneuse des grands auteurs des siècles passés". Dans ce théâtre du Grand Guignol revisité, ces deux vampiro-clowns récitent des vers "lugubres" et mettent (littéralement) le feu à la scène. Ici, les trouvailles (macabres) mêlées d'illusions (ténébreuses) foisonnent, le (mauvais) ridicule et le rire (mortel) fusent !

Le personnage est fantasque et le spectateur plonge dans un folklore gore outrancier où le sang gicle à tout bout de champ au milieu des rires. Franchement… on en redemande ! Ce qu'on aime le plus ? Ce clown mort-vivant a tout de même réussi à trouver un soutien trouvé auprès de l'école de Prothésie dentaire de Toulouse… Il fallait y penser !

La Cie Saseo, "Cabaret de poche"

"Cabaret de poche" © DR.
"Cabaret de poche" © DR.
Quatre très drôles circassiens, absolument improbables, revisitent le cirque cabaret en version poche. Mais les prouesses circassiennes ne sont pas pour autant délaissées, au contraire, dans ce petit format (la piste fait deux mètres de diamètre), elles deviennent encore plus difficiles à réaliser… en plus de devenir savoureusement ridicules. Du fil au tissu aérien, en passant par des danses acrobatiques tribales, les numéros s'enchaînent ou se répètent sous l'œil amusé de ces jouisseurs de vie.

La mine mi-ahurie mi-amusée, ils nous laissent repartir avec un éclat dans la voix et le point d'exclamation un peu plus haut qu'à l'accoutumée. De cette "verve en fusion", c'est le rire (absolument gratuit et jouissif) qui surgit comme un "volcan en éruption". Le tour qu'on a le plus aimé ? Le passage où les humains deviennent des fauves à apprivoiser au milieu d'un dresseur qui perd la boule. Comme ils disent si bien, c'est "la douche glacée", c'est ce qui fait tache, "qui dépasse et qu'on ne veut plus cacher".

"Chalon dans la rue" 31e édition

"Cabaret de poche" © DR.
"Cabaret de poche" © DR.
Du 19 au 23 juillet 2017.
L'Abattoir - Centre National des Arts de la Rue.
Accueil public, Parc Lapray, Chalon-sur-Saône (71).
>> Renseignements et réservations.
Réservations : 03 85 90 94 70.
>> La Toulousaine de Cirque et de Rue à Chalon 2017

"La Mort sûre" par le Petit Théâtre d’Outre-Tombe.
Spectacle nocturne et fixe en rue.
À partir de 6 ans.
Texte : Mathieu Vidard et Pierrick Stéphant.
Avec : Mathieu Vidard.
Régisseur technique : Pierrick Stéphant.
Durée : 55 minutes.
Tél. : 06 17 52 08 04.

"Cabaret de poche" © DR.
"Cabaret de poche" © DR.
"Cabaret de poche" par la Cie Saseo.
Cirque frénétique et tout terrain.
Tout public.
De et par : Camille Fiorile, Léo Mounier, Florian Carrié, Olivier Rodier.
Durée : 1 h.
Tél. : 06 71 35 76 12.
>> saseo.org

Sheila Louinet
Jeudi 27 Juillet 2017

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019