Il fallait un metteur en scène hors pair et des comédiens à la hauteur de l'écriture de Jean-Claude Carrière pour mettre en scène cette pièce si singulière. Yann Collette et Stéphane Bierry font partie de ces comédiens expérimentés, d'une grande maîtrise technique et hautement aguerris qui ont su se l'approprier, sans tomber dans l'écueil de la grande éloquence théâtrale.
Pour ce qui est du metteur en scène, c'est Alexandre Tchobanoff qui les a dirigés avec maestria : homme de théâtre de renom, artiste multiculturel et multidisciplinaire, à la fois artisan et grand professionnel dont la carrière compte plus de soixante mises en scène dans le monde : opéra classique et contemporain, comédie musicale, théâtre.
"Le Circuit ordinaire" est une pièce que je souhaite mettre en scène depuis un moment déjà. Et pour plusieurs raisons : l'écriture si fine de Jean-Claude Carrière, ma légitimité autour du sujet traité – j'ai vécu les trente-six premières années de ma vie en Bulgarie sous régime communiste – et la montée des extrêmes inquiétante un peu partout", précise le metteur en scène.
Elle est en effet très précise, cette écriture de Carrière où chaque réplique apparemment anodine déplace subtilement le rapport de force. Le texte avance par questions, sous-entendus, pièges verbaux et rien de simple à appréhender la chose sur les planches. Rien de simple, non plus, que de mettre en scène une pièce et de faire des choix dans la geste créatrice. Il s'agit là d'un pan réflexif qui nous interpellera toujours…
Pour ce qui est du metteur en scène, c'est Alexandre Tchobanoff qui les a dirigés avec maestria : homme de théâtre de renom, artiste multiculturel et multidisciplinaire, à la fois artisan et grand professionnel dont la carrière compte plus de soixante mises en scène dans le monde : opéra classique et contemporain, comédie musicale, théâtre.
"Le Circuit ordinaire" est une pièce que je souhaite mettre en scène depuis un moment déjà. Et pour plusieurs raisons : l'écriture si fine de Jean-Claude Carrière, ma légitimité autour du sujet traité – j'ai vécu les trente-six premières années de ma vie en Bulgarie sous régime communiste – et la montée des extrêmes inquiétante un peu partout", précise le metteur en scène.
Elle est en effet très précise, cette écriture de Carrière où chaque réplique apparemment anodine déplace subtilement le rapport de force. Le texte avance par questions, sous-entendus, pièges verbaux et rien de simple à appréhender la chose sur les planches. Rien de simple, non plus, que de mettre en scène une pièce et de faire des choix dans la geste créatrice. Il s'agit là d'un pan réflexif qui nous interpellera toujours…
Comme ici, par exemple, où Tchobanoff, assisté de Prisca Lona à la mise en scène depuis 2019, a choisi de situer la pièce dans un bar et de rajouter un troisième personnage : une serveuse énigmatique interprétée par Prisca Lona elle-même que nous avions déjà applaudie dans "Cendres sur les mains" de Laurent Gaudé. Son interprétation bouleversante nous avait littéralement subjuguées.
Ici, pas de mots dans la geste théâtrale de la comédienne, mais juste une attitude comme une pantomime mystérieuse et hautement angoissante. Qui est-elle cette serveuse blonde qui s'active devant un cahier, y note "des choses" tout au long de la pièce, et se débarrasse de sa perruque à la fin ? Et si c'était vous et moi ?
Le personnage n'est pas sans nous rappeler la Jillian Guiler du film "Rencontre du troisième type" avec ses gestes mécaniques et cadencés face au phénomène extraterrestre tout aussi inexplicable que le propos de la pièce, à bien y regarder…
"Le Circuit ordinaire" de Jean-Claude Carrière est une pièce déroutante, pour le moins difficile, âpre, très peu souvent jouée sur les planches. Félicitons Alexandre Tchobanoff et Prisca Lona d'avoir fait ce pari. Nos souvenirs de lecture étaient très lointains, et nous n'avons pas souhaité la relire avant de venir y assister, comme pour mieux nous imprégner de l'atmosphère, sans filtre ni réminiscences. Bien nous en a pris, parce que tout est remonté très vite à la surface.
Ici, pas de mots dans la geste théâtrale de la comédienne, mais juste une attitude comme une pantomime mystérieuse et hautement angoissante. Qui est-elle cette serveuse blonde qui s'active devant un cahier, y note "des choses" tout au long de la pièce, et se débarrasse de sa perruque à la fin ? Et si c'était vous et moi ?
Le personnage n'est pas sans nous rappeler la Jillian Guiler du film "Rencontre du troisième type" avec ses gestes mécaniques et cadencés face au phénomène extraterrestre tout aussi inexplicable que le propos de la pièce, à bien y regarder…
"Le Circuit ordinaire" de Jean-Claude Carrière est une pièce déroutante, pour le moins difficile, âpre, très peu souvent jouée sur les planches. Félicitons Alexandre Tchobanoff et Prisca Lona d'avoir fait ce pari. Nos souvenirs de lecture étaient très lointains, et nous n'avons pas souhaité la relire avant de venir y assister, comme pour mieux nous imprégner de l'atmosphère, sans filtre ni réminiscences. Bien nous en a pris, parce que tout est remonté très vite à la surface.
Ce huis clos austère autour du thème de la délation et des mécanismes du pouvoir est particulièrement bien retranscrit ici via une mise en scène minimaliste, fonctionnelle et efficace : un bar ordinaire intemporel, un lieu banal dans lequel, pourtant, rien de banal ne se joue, mais où tout est subtilement maîtrisé, jusqu'au miroir placé au-dessus du comptoir ou le balai de la serveuse qui tombe comme par hasard…
Yann Collette et Stéphane Bierry sont comme transcendés par leur jeu respectif, particulièrement efficaces dans l'interprétation du renversement des rôles. Tout particulièrement Collette qui parvient magistralement à traduire le fait que dans un système fondé sur la délation, personne n'est jamais durablement du côté du pouvoir, son jeu donnant l'impression de naturel, mais révélant une grande maîtrise technique. Son costume trois pièces étriqué et austère ne l'emprisonnera plus longtemps.
Stéphane Bierry n'est pas en reste à ce titre, loin de là, via sa grande présence scénique tout en nuances dans laquelle il porte au sommet le duel verbal autour de la délation. Alexandre Tchobanoff, assisté de Prisca Lona, ont subtilement su rendre palpable le titre de cette pièce et remarquablement mettre en scène ce mécanisme cyclique qu'il sous-entend.
Ne vous laissez pas assoupir par le début de la pièce à l'atmosphère angoissante et quelque peu soporifique. Le talent de Tchobanoff s'y trouve, qui saura par la suite vous emporter et largement vous convoquer…
Sous la canicule festivalière de ce 80ᵉ Festival d'Avignon et 60ᵉ Off, gageons qu'au Théâtre du Girasole, "Le Circuit ordinaire" saura vous refroidir quelque peu, mais aucunement ne vous laissera de marbre. Tout semble ordinaire, mais rien ne l'est jamais vraiment.
◙ Brigitte Corrigou
Yann Collette et Stéphane Bierry sont comme transcendés par leur jeu respectif, particulièrement efficaces dans l'interprétation du renversement des rôles. Tout particulièrement Collette qui parvient magistralement à traduire le fait que dans un système fondé sur la délation, personne n'est jamais durablement du côté du pouvoir, son jeu donnant l'impression de naturel, mais révélant une grande maîtrise technique. Son costume trois pièces étriqué et austère ne l'emprisonnera plus longtemps.
Stéphane Bierry n'est pas en reste à ce titre, loin de là, via sa grande présence scénique tout en nuances dans laquelle il porte au sommet le duel verbal autour de la délation. Alexandre Tchobanoff, assisté de Prisca Lona, ont subtilement su rendre palpable le titre de cette pièce et remarquablement mettre en scène ce mécanisme cyclique qu'il sous-entend.
Ne vous laissez pas assoupir par le début de la pièce à l'atmosphère angoissante et quelque peu soporifique. Le talent de Tchobanoff s'y trouve, qui saura par la suite vous emporter et largement vous convoquer…
Sous la canicule festivalière de ce 80ᵉ Festival d'Avignon et 60ᵉ Off, gageons qu'au Théâtre du Girasole, "Le Circuit ordinaire" saura vous refroidir quelque peu, mais aucunement ne vous laissera de marbre. Tout semble ordinaire, mais rien ne l'est jamais vraiment.
◙ Brigitte Corrigou
"Le Circuit ordinaire"
Texte : Jean-Claude Carrière (Éditions Actes Sud).
Mise en scène : Alexandre Tchobanoff, assisté de Prisca Lona.
Avec Yann Collette, Stéphane Bierry et Prisca Lona.
Lumière et costumes : Alexandre Tchobanoff et Prisca Lona.
Par Le Théâtre de Demain.
Tout public à partir de 12 ans.
Durée : 1 h 15.
•Avignon Off 2026•
Du 3 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 35. Relâche le mercredi.
Théâtre du Girasole, 24 bis, rue Guillaume Puy, Avignon.
Réservation : 04 90 82 74 42.
>> Billetterie en ligne
>> theatredugirasole.fr
Mise en scène : Alexandre Tchobanoff, assisté de Prisca Lona.
Avec Yann Collette, Stéphane Bierry et Prisca Lona.
Lumière et costumes : Alexandre Tchobanoff et Prisca Lona.
Par Le Théâtre de Demain.
Tout public à partir de 12 ans.
Durée : 1 h 15.
•Avignon Off 2026•
Du 3 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 35. Relâche le mercredi.
Théâtre du Girasole, 24 bis, rue Guillaume Puy, Avignon.
Réservation : 04 90 82 74 42.
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