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SYNAVI Le couvre-feu, un coup de grâce pour les compagnies et lieux indépendants de spectacle vivant  16/10/2020

© DR.
Lors de son allocution du 14 octobre, le Président de la République a annoncé la mise en place d'un couvre-feu de 21 h à 6 h en Île-de-France et dans huit métropoles (Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Étienne).

Cette interdiction s'ajoute à la longue liste de restrictions dictées ces derniers mois : interdiction des sorties scolaires, contraintes pour la réalisation des interventions artistiques, limitation des manifestations artistiques dans l'espace public et sous chapiteaux dans certains départements.

Attachés à la préservation des activités indispensables à la vitalité sociale et démocratique, nous affirmons que tout doit être mis en œuvre pour le maintien des spectacles et des activités culturelles, dans un esprit de responsabilité prenant en compte les nécessaires mesures sanitaires. Des dérogations doivent être étudiées, pour permettre aux publics comme aux professionnels de rentrer chez eux après les spectacles se terminant avant 21 h.

Si tel n'était pas le cas, cette dernière mesure - le couvre-feu -, outre le fait qu'elle constitue une atteinte grave à la liberté d'expression et de création, est un nouveau coup porté au secteur du spectacle vivant dans son ensemble et aux plus fragiles en particulier.

Nous tenons à alerter solennellement sur le péril qu'elle fait courir aux équipes de création, compagnies et lieux du tiers-secteur, grands oubliés des fonds de soutiens mis en œuvre suite à la crise. Si des solutions n'étaient pas trouvées immédiatement, le couvre-feu entrainera une nouvelle vague d'annulations auxquelles nos structures ne pourront faire face, et avec elles les artistes et techniciens que nous employons.

Ce n'est pas une double mais une triple peine qui est prononcée. Aux arrêts d'activités et aux dates difficilement reportées, cette nouvelle interdiction préempte pour de longs mois, voire de longues années, l'activité des compagnies.

L'État doit prendre ses responsabilités.

Nous demandons instamment :
>> la levée des interdictions des manifestations dans l'espace public,
>> la levée des interdictions des spectacles sous chapiteau,
>> des directives claires et impératives pour que les contrats de cession annulés soient honorés, afin de ne pas rompre la chaine du financement de la culture en permettant aux compagnies d'assumer leur rôle d'employeurs,
>> l'interdiction des "clauses Covid" dans les contrats, posées au détriment des compagnies,
>> la reconduction d'un fonds de soutien avec des critères d'attribution adaptés prenant en compte les réalités des compagnies et des lieux intermédiaires et indépendants,
>> l'extension et la révision des mesures d'activité partielle.

Enfin, nous n'oublions pas que cette décision est la conséquence de nombreuses orientations politiques successives, au premier rang desquelles le démantèlement délibéré de notre service public de santé. Nous tenons à exprimer notre solidarité interprofessionnelle à l'ensemble des secteurs impactés par ces mesures.

Communiqué du Syndicat National des Arts Vivants.
La Rédaction

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020