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Lettre ouverte du comité d’experts de la DRAC IDF théâtre  11/06/2014

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue Social,
Madame la Ministre de la Culture et de la Communication

Nous, membres du comité d’experts de la DRAC IDF théâtre, réunis ce jour au ministère de la culture, refusons à l’unanimité de siéger à la commission des 10, 11 et 12 juin 2014, pour donner nos avis artistiques dans ce contexte alarmant.

En raison de la menace qui pèse sur la création artistique et les emplois culturels, nous demandons que l’accord UNEDIC signé par des partenaires sociaux le 22 mars dernier ne soit pas agréé.

Nous nous joignons au mouvement de mobilisation déclenché par les intermittents et les précaires et nous demandons la réouverture des négociations sur la base des propositions du comité de suivi. Lequel comité, composé de parlementaires de différentes sensibilités et de partenaires sociaux du secteur, travaillant depuis plus de 10 ans, a fait des propositions pertinentes, justes, adaptées et plus économiques pour la renégociation des annexes 8 et 10 dans le cadre de l’ensemble des négociations sur l’assurance chômage.

La destruction progressive du régime des intermittents accélère la déchirure du tissu culturel français.
Nous constatons dans le même temps en Ile de France, sur les trois dernières années, une diminution globale du nombre des compagnies conventionnées ainsi que des moyens financiers qui leur sont attribués.

Nous dénonçons donc le désengagement global de l’état dans le champ artistique et culturel, et sommes révoltés par le refus du gouvernement de prendre la mesure des effets qualitatifs et quantitatifs de cette politique.

Lettre signée ce jour mardi 10 juin 2014 à 12 h.

Serco Aghian, personnalité qualifiée ● Christophe Blandin-Estournet, directeur de la Scène Nationale d’Evry ● Dominique Berody, délégué général jeunesse du CDN de Sartrouville ● Serge Calvier, directeur de Nil Admirari ● Sarah Chaumette, comédienne ● Anna Defendini, responsable de la programmation théâtrale de la CCAS ● Coco Felgeirolles, comédienne et professeure de théâtre au CRR de Cergy ● Feriel Bakouri, directrice adjointe du CDN de Montreuil ● Farid Bentaieb, directeur de la Scène Conventionnée de Clamart ● Isabelle Bertola, directrice du Mouffetard, Théâtre des Arts de la Marionnette ● Marie-France Carron, secrétaire générale du Théâtre de la Cité Internationale ● Xavier Croci, directeur du Forum Scène Conventionnée de Blanc-Mesnil ● Vincent Eches, directeur de la Scène Nationale de Marne-la-Vallée ● Christine Friedel, critique ● Nicole Gautier, personnalité qualifiée ● Véronique Hotte, critique ● Daniel Jeanneteau, directeur du Studio-Théâtre de Vitry, directeur artistique de compagnie, metteur en scène ● Johnny Lebigot, codirecteur du Théâtre l’Échangeur ● Caroline Loire, directrice de A Suivre productions ● Caroline Marcilhac, directrice du Centre National des Dramaturgies Contemporaines Théâtre Ouvert ● Géraldine Morier-Genoud, secrétaire générale du Théâtre des Quartiers d’Ivry ● Hervé Pinczak, professeur de philosophie ● François Rancillac, directeur du Théâtre de l’Aquarium, metteur en scène ● Dominique Goudal, personnalité qualifiée ● Marc Jeancourt-Galignani, directeur du Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Pôle National des Arts du Cirque ● Alexandre Krief, directeur de la Scène Conventionnée de Villejuif ● Marc le Glatin, directeur de la Scène Conventionnée de Chelles ● Corine Miret, comédienne ● Jean-François Perrier, comédien ● Anne Quentin, journaliste.

Adresse réponse :
experts.drac.idf@gmail.com
La Rédaction

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Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
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"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022