La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Une nuit au musée Henner avec les musiciens de l’Opéra de Paris !

Dans l’hôtel particulier qui abrite une très belle collection des œuvres du peintre Jean-Jacques Henner, les mélomanes auront le plaisir d’écouter deux quatuors à cordes, le genre roi de la musique de chambre. Rendez-vous avec Leos Janàcek et Johannes Brahms le jeudi 7 mars.



Musée Henner, Atelier Rouge © Musée Henner.
Musée Henner, Atelier Rouge © Musée Henner.
En marge de l’exposition "Sensualité et spiritualité" sur la peinture religieuse du peintre officiel de la Troisième République, et de ses contemporains - Gustave Moreau, Léon Bonnat, entre autres -, le musée organise de nombreuses manifestations très intéressantes : des lectures, des conférences, des ateliers et surtout des concerts. Ce mois - comme le suivant (le 6 avril) - nous est proposé un concert des musiciens de l’Opéra national de Paris.

C’est le Quatuor Nijinski qui est chargé, cette semaine, de nous donner un avant-goût de printemps avec un programme particulièrement beau. Le Quatuor n°1 de Leos Janàcek emprunte son nom, "Sonate à Kreutzer", de l’adoration du compositeur tchèque pour la littérature russe et singulièrement pour la nouvelle du comte Tolstoï. Cette histoire d’amour défendu, qui finit tragiquement, inspire au plus haut point le vieux maître de soixante-neuf ans alors épris de Kamila Stösslovà, une jeune femme de quarante ans sa cadette ! L’intensité émotionnelle du quatuor, écrit en une semaine en 1923, n’a d’égal que la richesse des atmosphères créées par une écriture musicale pionnière. Il reste cinq ans à vivre au compositeur moldave, mais on ne l’entend guère !

Une nuit au musée Henner avec les musiciens de l’Opéra de Paris !
Et si le titre fait aussi penser à l’immense legs beethovenien en matière de musique de chambre, c’est plutôt dans le Quatuor n°2 de Johannes Brahms qu’on en trouvera l’héritage. Terminé en 1873, après des années d’atermoiement - le compositeur originaire de Hambourg se sentait écrasé par l’ombre du "géant" au caractère orageux, i.e Ludwig - on ne saurait qu’être emporté par l’élégiaque sensibilité d’une œuvre, dont la tonalité en La mineur distille toute sa profonde mélancolie. Une quête de l’absolu, pour celui que Robert Schumann appelait "l’élu", et qui entre en une féconde résonance avec l’exposition en cours.

Jeudi 7 mars 2013 à 19 h.
Concert des musiciens de l’Opéra national de Paris.
Durée : 1 h.

Musée Jean-Jacques Henner, 01 47 63 42 73.
43, avenue de Villiers, Paris 17e.
>> musee-henner.fr

Programme :
Leos Janàcek, Quatuor n°1 "Sonate à Kreutzer".
Johannes Brahms, Quatuor opus 51 n°2 en la mineur.
Par le Quatuor Nijinski.
Thibault Vieux, Sylvie Sentenac, violons.
Jonathan Nazet, alto.
Alexis Descharmes, violoncelle.

Christine Ducq
Lundi 4 Mars 2013

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




Partenariat



À découvrir

"Cendres sur les mains" La femme qui murmurait à l'oreille des morts

Dead Can Dance : "Les morts peuvent danser" ! Beauté, Lisa Gerrard est ma chanteuse préférée… J'ai assisté à la représentation de "Cendres sur les mains" sans avoir pris le temps de me renseigner. Bien m'en a pris ! Par les temps qui courent, j'aurais pu penser que ce spectacle allait ajouter au blues de la saison et au retour des contaminations, encore un peu plus de dépression. Et non !

© Jon. D Photographie.
Ce que je retiens, c'est d'abord une voix, celle de Prisca Lona. Envoûtante et habitée. Comme celle de Lisa Gerrard que je cite plus haut et à qui, un temps, elle m'a fait penser. Prisca Lona, la silhouette fine, le costume taillé sur mesure et la beauté lumineuse rattrapée par la bougie dans une semi-obscurité. Une "survivante" revenue des morts… de la mort.

Puis, progressivement, le plateau s'ouvre et s'éclaire juste un peu plus devant nous. Des sacs portés par deux hommes. Un duo. Ils pourraient être frères tant leur ressemblance physique est frappante. Ils portent la même tenue, ils sont fossoyeurs. Ils transportent des corps et les entassent. Tous deux côtoient les cadavres, manipulent des bidons d'essence et se retrouvent dans une marée de cendres. Une mer d'horreur ! Ils font ce qu'on leur demande de faire sans aucun autre retour que de devoir appliquer sans broncher ce "travail" insoutenable, monstrueux qui va s'attaquer à leur propre corps et à leur âme.

Isabelle Lauriou
06/05/2022
Spectacle à la Une

"Monte-Cristo" Grande Épopée pour une grande narration : Monte-Cristo en lumière

Au Quai des Rêves, la bien nommée salle de spectacle de Lamballe, la Compagnie La Volige a présenté l'histoire merveilleuse, palpitante et instructive du Comte de Monte-Cristo. Il s'agit d'un exploit que de restituer sur scène en une heure trente les trois tomes du roman d'Alexandre Dumas. Non seulement par l'étendue du texte, mais également par la multiplicité des lieux où se déroule l'action et par le nombre des personnages impliqués dans cette saga qui se déroule sur plus d'un quart de siècle. Un exploit qui sera cet été au festival d'Avignon Off.

© Frédéric Ferranti.
C'est là qu'entre en jeu la spécificité de la compagnie La Voltige et plus particulièrement celle de l'un de ses créateurs, Nicolas Bonneau. C'est un conteur, original moderne, dont les spectacles s'inscrivent en général dans notre époque, se sourçant au terroir ou à sa propre histoire (citons "Sortie d'usine", "Le combat du siècle", "Qui va garder les enfants ?" ou encore "Mes ancêtres les Gaulois" : tous extraits de notre époque, de notre réalité). "Monte-Cristo" dévie en apparence de ces inspirations. En apparence, car les thèmes qu'il développe et le monde dont il parle ne sont pas si éloignés des nôtres. En cette période trouble du début du XIXe siècle naissait le capitalisme qui nous berce toujours de ses rêves et de ses dévastations. "Il y a dans Le Comte de Monte-Cristo une pertinence philosophique et un esprit de revanche sur la naissance du capitalisme qui résonne avec notre monde actuel", dixit Nicolas Bonneau.

Voici pour le fond de l'histoire. Mais quand il s'agit de raconter cette épopée dantesque (oui, le héros s'appelle Edmond Dantès… mais rien à voir ?), qui mieux qu'un habile conteur comme Nicolas Bonneau pour prendre Edmond et la verve furieuse de Dumas à bras le corps et nous la faire vivre ? Toujours avec douceur, précautions, fluidité et surtout art du langage, c'est ainsi que procède ce conteur moderne, jamais dans l'intention d'imposer sa vision, mais toujours sur une intensité qui fait jaillir de ses mots les images. Ce qui ne l'empêche pas de jeter son habit de conteur dans l'ombre pour se glisser dans la peau de certains personnages, donnant la vie à certaines scènes.

Bruno Fougniès
05/05/2022
Spectacle à la Une

"Vies de papier" Road-movie immobile entre enquête et conférence passionnées

Leur nouvelle tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

© Thomas Faverjon.
Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
24/03/2022