La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Thibault Cauvin et sa guitare-monde

Le jeune guitariste français Thibault Cauvin vient de graver son dernier opus chez Sony enregistré en trois jours en avril 2015. Éclectique et brillant, ce CD sobrement titré du nom de l'artiste devrait enfin l'imposer au grand public en France tandis qu'on se l'arrache depuis longtemps sur toutes les scènes du monde.



© DR.
© DR.
C'est un double CD que vient de publier Sony qui a signé depuis quelques années déjà l'un des plus brillants guitaristes français de sa génération. Le label, qui a demandé à Thibault Cauvin "le plus beau disque de guitare que l'on puisse rêver d'écouter", a laissé carte blanche à l'artiste pour le premier CD et choisi d'en graver un deuxième avec des reprises de ses précédents opus. C'est au total plus de vingt morceaux que peut découvrir l'amateur de la guitare dans tous ses états dont quatorze nouveaux enregistrements.

L'occasion de comprendre par quels chemins le jeune bordelais - titulaire dès ses vingt ans d'un nombre astronomique de prix aux meilleurs concours internationaux - a pu atteindre une telle maîtrise de son instrument. À le voir jouer comme à l'entendre, on comprend que la guitare du luthier Jean-Luc Joie est bel et bien depuis longtemps une extension de son corps et de son cœur.

Difficile d'imaginer que ce bosseur passionnément modeste, presque timide sur scène, en concert, mais d'une intensité rare, a parcouru le vaste monde depuis son plus jeune âge pour jouer à guichets fermés dans plus de cent-vingt pays. Certes, nul n'est prophète en son pays mais il est tout de même invraisemblable que ce trentenaire n'ait pas encore la reconnaissance du grand public français.

© DR.
© DR.
Celle dont il jouit ailleurs, jusque dans les contrées les plus lointaines. Espérons que la tournée suivant la parution du disque répare notre coupable inconséquence. Nous avons pu l'entendre, et c'est heureux, dans plusieurs émissions radiophoniques ces dernières semaines. Car qui a pu faire éclater une telle virtuosité et un tel rapport amoureux et spirituel à la guitare depuis Andres Segovia ou Alexandre Lagoya ?

Et le voyage que nous propose Thibault Cauvin est souverainement ambitieux et varié. Les arrangements sont souvent de son cru, de la "Danza Espanola n°1" de Manuel de Falla - un manifeste très personnel ici extrait de la "Vida Breve" - ouvrant le premier CD, à la mélancolie d'Augustin Barrios Mangore ("Waltz n°3" opus 8). D‘un "Capricho Arabe" entêtant de l'inévitable Tarrega à la guitare baroque et dansante de Gaspar Sanz ("Canarios") en passant par Villa-Lobos et d'enthousiasmantes transcriptions de la "Gymnopédie n°1" de Satie ou une des "Variations Goldberg" de Bach (celle de la bande originale du film "Le Patient anglais"), le programme fait briller toutes les possibilités techniques de l'instrument (un vrai orchestre on le sait) dans une confondante variété de climats, de pays, d'époques et de styles.

Couleurs, recherches expressives et évidence du talent s'admirent aussi dans le jeu habité de Thibault Cauvin avec les reprises du deuxième disque, vrai témoignage d'une vie artistique dédiée à une guitare à la personnalité plus que "classique". De live anciens avec Antonio Carlos Jobim "A felicidade" qu'on croit entendre pour la première fois aux enregistrements des sonates de Scarlatti sans oublier la fameuse "Cavatina" de Stanley Myers illustrant les films de Michael Cimino ou les pièces composées par ses amis (Sébastien Vachez, Mathias Duplessy, Carlo Domeniconi) et son père ("Rocktypicovin"), tout enchante, emporte et invite à un émouvant voyage-monde.

● Thibault Cauvin "Thibault Cauvin".
Double CD Édition Deluxe.
Sortie : 25 septembre 2015.
Label : Sony Classical.
Distribution : Sony Music.

Christine Ducq
Lundi 7 Décembre 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019