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Avignon 2026

•Off 2026• "Le Silence de Claire Lagrange" Un théâtre d'objet qui interroge les failles des soins psychiatriques

Soudain quelqu'un trébuche, dans sa vie, une personne vacille, perd l'équilibre, perd pied, défaille, tombe, pète un plomb… Les synonymes sont légion pour exprimer une perte des repères sociaux, car cela arrive à beaucoup de gens. Burn out, ras-le-bol, dépression ou drame insurmontable, les raisons sont, elles aussi, multiples. Un événement de cette espèce est arrivé à Claire Lagrange, que l'on retrouve en soins psychiatriques.



© Alice Piemme/AML.
© Alice Piemme/AML.
La pièce de Céline Delbecq se penche sur ce personnage, pris en charge par le système hospitalier qui l'assomme de médicaments, au point que celle-ci sombre dans un silence absolu et une absolue lenteur. On la voit assise à une table devant un dessin qu'elle peint lentement à l'aide de gouaches d'enfant. Elle est là, minuscule, dans la maquette de la pièce commune de l'institut psychiatrique, une maquette projetée en grand sur le fond de scène.

Dans cette maquette, les personnages sont tous représentés par des figurines de Playmobil maniées par une marionnettiste avec des tiges et des fils. Il y a là Claire Lagrange, qui ne cesse de peindre avec application et régularité, silencieuse et comme absente de son propre corps. Il y a deux pensionnaires qui l'observent, racontent et commentent son état. Et il y a également la directrice du lieu qui ne s'intéresse qu'aux chiffres, pas aux soins. La pièce est ce long et minutieux décryptage de ce qui apparaît de la vie de cette femme, via le regard des autres, auxquels il faut ajouter celui de la mère qui vit de l'autre côté de la forêt et ne vient jamais par peur de voir sa fille dans cet état peut-être. Et le fils qui vit avec sa grand-mère.

© Alice Piemme/AML.
© Alice Piemme/AML.
Outre le silence qui empêche Claire de s'exprimer, c'est le désert qui l'entoure qui l'isole encore plus dans sa bulle. Avec cette pièce, Céline Delbecq questionne l'usage de la camisole chimique comme réponse aux pertes de contrôles qui peuvent toucher tout le monde. Cette perte de contrôle est une faille dans l'esprit, mais l'absence de soin est aussi une faille du système de soin. Cette faille est représentée dans la grande baie de l'institut par la maquette à grandeur de Playmobil. Cette baie donne sur la forêt. Une forêt qui vient en opposition au monde des humains. La vie y paraît sereine, de loin, calme et sereine, tandis que la vie à l'intérieur est agitée et semble terriblement tourner en rond.

Assise à son bureau, comme l'image inversée de son personnage principal assis à sa table de dessin, Céline Delbecq, de dos, prend en charge les dialogues de tous les personnages manipulés par Isabelle Darras ou Louison De Leu (en alternance). Ces manipulations extrêmement précises, que la vidéo reprend en géant, parviennent à rendre les regards, les émotions et les expressions des personnages au travers des figurines ordinaires, jouets d'enfants. C'est un très fin travail en soi.

La pièce reste ainsi volontairement loin de l'intime de Claire, mais elle rend compte finalement d'un autre intime, l'intime de la création même de ce texte, avec la présence de l'autrice interprétant les voix des personnages tandis que les figurines représentent chaque scène, comme si l'on surprenait l'autrice en pleine écriture. "Dès qu'il y a plus de deux ou trois personnages, j'utilise les Playmobil pour m'y retrouver, arriver à suivre les entrées, les sorties, qui parle... Tout ce que fait Isabelle Darras (ou Louison De Leu, en alternance), les déplacements, les regards, c'est ce que je faisais dans mon bureau", dit-elle.

Ainsi les mots viennent à l'aide du silence de celles et de ceux que la camisole chimique isole.
◙ Bruno Fougniès

Vu le 29 mai à la Maison Poème, Bruxelles.

"Le Silence de Claire Lagrange"

© Alice Piemme/AML.
© Alice Piemme/AML.
Texte : Céline Delbecq (aux Éditions Lansman Éditeur).
Mise en scène : Céline Delbecq.
Collaboration à la mise en scène : Jessica Gazon.
Assistante à la mise en scène : Amber Kemp.
Avec (en alternance) : Isabelle Darras, Louison De Leu, Céline Delbecq.
Scénographie : Ronald Beurms.
Création sonore : Pierre Kissling.
Création lumière : Jérôme Dejean.
Création vidéo : Alice Piemme.
Création technique : Aurélie Perret.
Régie générale : Sébastien Destrait.
Costumes : Élise Abraham.
Regard dramaturgique : Christian Giriat.
Conseil voix : Émilie Maquest.
Conseils dramaturgiques : Christian Giriat, Rita Freda.
Compagnie de la Bête Noire.
À partir de 15 ans.
Durée : 1 h 10.

•Avignon Off 2026•
Du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 12 h 30. Relâche le mercredi.
Théâtre des Doms, 1 bis, rue des Escaliers Sainte-Anne, Avignon.
Réservation : 04 90 14 07 99.
>> Billetterie en ligne
>> lesdoms.eu

Bruno Fougniès
Jeudi 11 Juin 2026

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