La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Les Promesses de l’aube ou "The Art of the Violin" de Solenne Païdassi

La jeune violoniste française Solenne Païdassi a impressionné en gravant au printemps un premier CD de sonates françaises avec le pianiste Laurent Wagschal, "The Art of the Violin". L’aube d’une carrière exceptionnelle pour la jeune artiste, promesse confirmée dans ses derniers concerts.



Solenne Païdassi avec le Sinfonia Varsovia (Strasbourg 19 juin 2012) © Philippe Stirnweiss.
Solenne Païdassi avec le Sinfonia Varsovia (Strasbourg 19 juin 2012) © Philippe Stirnweiss.
Un choc. Entendue au Goethe Institut en mai dernier avec son complice Laurent Wagschal, un pianiste réputé solide dans le répertoire français, Solenne Païdassi a ébloui l’auditoire en interprétant des sonates de Saint-Saëns, Gabriel Pierné et César Franck - soit le programme de son premier CD gravé chez Indésens, produit par l’estimé Benoît d’Hau. Éblouissement encore à Chambord en juillet avec le pianiste Frédéric Vaysse-Knitter, dans un autre programme. Aux Chorégies d’Orange aussi la violoniste a joué en tant que Révélation Classique 2012 de l‘Adami. Les dates s’enchaînent d’Amsterdam à New York, tant sa réputation grandit.

C’est que cette gracile jeune femme blonde, au profil de porcelaine de Saxe, est une habituée des grands prix. Cinquante-cinq ans après Devy Erlih - mort cet hiver dans un dramatique accident - et après une si longue absence des Français, la Niçoise diplômée de la Hochschule de Hanovre (entre autres) remporte le premier prix du concours Long-Thibault en 2010, le bâton de maréchal des violonistes. D’autres prix suivent pour cette élève de Jean-Pierre Wallez à Genève, ou encore de Pierre Amoyal. Elle se voit aussi attribuer la bourse "Yehudi Menuhin".

Triple concerto de Beethoven avec Solenne Païdassi, Camille Thomas, Beatrice Rana et le Sinfonia Varsovia dirigé par Theodor Gusch (Festival de Strasbourg) © DR.
Triple concerto de Beethoven avec Solenne Païdassi, Camille Thomas, Beatrice Rana et le Sinfonia Varsovia dirigé par Theodor Gusch (Festival de Strasbourg) © DR.
Sur son violon Lorenzo Storioni de 1779, cette artiste lumineuse allie à une technique déjà impressionnante - vélocité, variété des couleurs, des intonations - une passion expressive rare. Dans la durée du concert, il faut voir comme la musique traverse, bouleverse et transcende l’interprète. Comme le jeu de la jeune femme intériorise ou déchaîne avec une précision subtile tout ce théâtre d’émotions intimes ou passionnées. L’auditeur voyage haut et loin avec elle. L’enregistrement est peut-être un tantinet plus sage, forcément. Que ce soit dans la fameuse sonate en la majeur de César Franck - modèle de celle de Vinteuil pour Marcel Proust, dans "La Recherche" - écrite pour Ysaïe, ou l’opus 75 de Camille Saint-Saëns, le son clair et brillant de l’artiste fait merveille.

Le CD est aussi l’occasion de découvrir un compositeur méconnu, Gabriel Pierné, condisciple de Claude Debussy, et sa sonate opus 36 - dédicacée à Jacques Thibault justement. Une pièce magnifique, encore inspirée par Franck, au charme entêtant, et que sert le jeu legato de Solenne Païdassi - attendez aussi de l’entendre impériale et sans concession dans le staccato ou le pizzicato ! Les promesses d’une grande carrière, vous dis-je !

Les Promesses de l’aube ou "The Art of the Violin" de Solenne Païdassi
● Solenne Païdassi (violon) avec Laurent Wagschal (piano) "The Art of the Violin".
Label : Indésens.
Produit par Benoît d’Hau.
Sortie : mai 2013.

Programme :
Sonate n°1 en ré mineur opus 75, Camille Saint-Saëns (1835 - 1921).
Sonate en ré mineur opus 36, Gabriel Pierné (1863 - 1937).
Sonate en la majeur, César Franck (1822 - 1890).
Méditation de Thaïs, Jules Massenet ( 1842 - 1912).

Prochains concerts :
Festival de Mainau (Allemagne) avec le Trio Machiavelli, 22-23 août 2013.
Festival "Violons de légende", Saint-Jean Cap Ferrat, 8 septembre 2013.

>> solenne-paidassi.com

Christine Ducq
Vendredi 16 Août 2013

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021







Partenariat



À découvrir

"Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"

D'abord le souffle puissant d'un dramaturge d'exception, William Shakespeare, pour s'emparer au XVIe siècle des combats fratricides opposant trente ans durant la famille des York à celle des Lancaster, avant que l'un d'eux, Richard duc de Gloucester, ne les surpasse en perfidie machiavélique… Puis un metteur en scène, Matthias Langhoff, pour, à la fin du XXe siècle, monter ce drame atemporel… Enfin, deux acteurs embarqués dans la première aventure, Frédérique Loliée et Marcial Di Fonzo Bo, pour remonter sur les planches en reprenant vingt-cinq années plus tard la mise en scène de leur mentor… Voilà de quoi est fait ce bouillonnant "Matériau Shakespeare".

© Christophe Raynaud de Lage.
D'emblée, on est immergé dans un décor fabuleux devenu, en 2022, une curiosité à lui seul. En effet, l'époque privilégiant les plateaux quasi-nus pour des raisons autant esthétiques que financières, on n'est pas peu surpris de découvrir une gigantesque machinerie de treuils et autres parquets inclinés commandés à vue par des techniciens faisant dérober sous les pieds des protagonistes le sol qui, au propre comme au figuré, à chaque instant risque de les engloutir. Jusqu'à la Tour de Londres que l'on devine en haut du monumental escalier, au-dessus du pont-levis. Une machinerie exceptionnelle propre à rendre compte des machinations qui vont déferler trois heures durant devant nos yeux fascinés…

Comme à l'époque du théâtre élisabéthain où celui-ci était lieu de rencontres festives, tout commence par un défilé d'invités qui, verre à la main, portable vissé à l'oreille, cameramen filmant la scène, rejoignent sourires de circonstance accrochés aux lèvres "le décor"… À l'exception cependant de la veuve d'Henri VI, bannie du royaume, qui sera, elle, évacuée manu militari par les agents de sécurité du théâtre, elle et son cabas plastique griffé "Bordeaux" où elle a entassé vaille que vaille quelques objets personnels… Ainsi est créé un continuum temporel, dévoilant au-delà des cinq siècles qui les séparent les coulisses des jeux de massacre pour la conquête du pouvoir… À quelques nuances près certes, quoique, en 2022…

Yves Kafka
14/02/2022
Spectacle à la Une

"Black Mountain" Polar psychologique théâtral tout terrain !

Polar tendu sur la trahison et le pardon, entre thriller d'horreur et dissection psychologique d'un rapport humain… Entre Rebecca et Paul… Lui a trahi, ils veulent faire le point, mais la tension monte… "Je pense que je veux que tu aies mal. Je suis désolé mais c'est ce que je veux. Je veux que tu aies réellement mal."

© Caroline Ablain.
Rebecca et Paul se sont isolés dans une cabane à la montagne… pour tenter de sauver leur couple, pour faire le point après une trahison encore ardente. À moins que l’un des deux ait d’autres projets en tête. Ils ont décidé de se retrouver seuls, à l’écart du monde, de s’offrir du temps et de l’espace pour être honnêtes et s’écouter. À moins qu’ils ne soient pas seuls.

Après "Nature morte dans un fossé", précédent succès du groupe Vertigo, "Black Mountain" de Brad Birch est dans la même lignée, un spectacle noir mais non dénué d'humour, avec suspense et ambiances légèrement horrifiques… dans une forme légère pour s'adapter à toutes types de lieux.

Ici, Guillaume Doucet, Bérangère Notta et Alice Vannier du groupe Vertigo ont respecté les volontés (didascalies) de l'auteur en matière de scénographie. Ainsi on découvre un décor minimaliste avec pour seule structure délimitant l'espace un cube composé de ses seules arêtes (sans parois), mais matérialisé en fond par un mur de planches de bois simplement percé d'une fenêtre rectangulaire avec un rideau noir, seul élément composé, concret, suggérant la cuisine.

Dominique Debeauvais
08/04/2022
Spectacle à la Une

"Vies de papier" Road-movie immobile entre enquête et conférence passionnées

Leur nouvelle tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

© Thomas Faverjon.
Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
24/03/2022