La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Le bonheur des "Nations", c’est maintenant avec le nouveau CD du jeune ensemble baroque Les Ombres

Ces très jeunes musiciens, emmenés par la violiste Margaux Blanchard et le flûtiste Sylvain Sartre, proposent une bien excitante interprétation de la dernière grande œuvre de François Couperin, "Les Nations".



"Les Nations Galantes", Les Ombres, Festival Ambronay, Amphi Opéra de Lyon, 4 octobre 2012 © Bertrand Pichène/CCR Ambronay.
"Les Nations Galantes", Les Ombres, Festival Ambronay, Amphi Opéra de Lyon, 4 octobre 2012 © Bertrand Pichène/CCR Ambronay.
Ce chef d’œuvre de 1726 fut pensé par le maître de clavecin de la Reine, François Couperin, comme une invitation à goûter la musique des grands maîtres européens, avec ses emprunts aux styles propres de chaque pays fusionnant dans le grand style français. Ce qui ferait de lui le promoteur apprécié des "Goûts réunis" avec sa belle ouverture d’esprit.

Et c’est bien au panégyrique d’une Europe musicale pacifiée - entre deux guerres de succession - qu’il œuvre avec ces trios chambristes où chaque musicien se voit élever à la dignité de soliste. Une partition donc difficile à jouer, reconnaît Margaux Blanchard, "mais cela ne s’entend pas". De toute façon, le compositeur français domine souverainement l’art de combiner - en plus des "goûts" - les instruments.

"Les Nations Galantes", Les Ombres, Festival Ambronay, Amphi Opéra de Lyon, 4 octobre 2012 © Bertrand Pichène/CCR Ambronay.
"Les Nations Galantes", Les Ombres, Festival Ambronay, Amphi Opéra de Lyon, 4 octobre 2012 © Bertrand Pichène/CCR Ambronay.
L’ensemble Les Ombres, en résidence actuellement à l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne après quelques années passées au Centre culturel d’Ambronay (célèbre pour son festival), avait déjà été applaudi pour sa précédente gravure des œuvres de Couperin, un délicieux "Concert chez la Reine". Il poursuit ce travail remarquable avec les deux CD de ces "Nations" : deux CD pour quatre ordres (c’est-à-dire quatre nations et quatre couleurs musicales différentes), "La Françoise", "L’Espagnole", "L’Impériale", "La Piémontaise". Remarquable, grâce à une recherche musicologique pointue (avec un réexamen des sources), à une maturité de l’interprétation qui favorise une vraie liberté, et à l’entente joyeuse qui règne entre les membres de l’ensemble.

On ne peut certes qu’adhérer aux choix effectués : les instruments d’abord (la partition n’en propose pas précisément, pour mieux se vendre à l’époque !), et la belle ambition d’une vision plus intériorisée de l’œuvre par rapport aux enregistrements existants (Jordi Savall entre autres). Harmonie des timbres et des couleurs, travail sur les nuances et les ornements : le peuple des mélomanes vote sans réserve pour une rayonnante Europe des "Nations", celle de la réconciliation galante et de l’utopie musicale, si bien défendue ici par Les Ombres.

Le bonheur des "Nations", c’est maintenant avec le nouveau CD du jeune ensemble baroque Les Ombres
• François Couperin (1668 – 1733) "Les Nations". Double CD.
Les Ombres, direction artistique Margaux Blanchard et Sylvain Sartre.
Sorti le 23 octobre 2012.
Label : Ambronay Éditions. Distribution : Harmonia Mundi.

Les Ombres :
Katharine Hentjer, Marie Rouquié, Louis Crac’h, violon.
Sylvain Sartre, Sarah van Cornewal, flûte traversière.
Johanne Maître, Katharina Andres, hautbois.
Mélanie Flahaut, basson.
Margaux Blanchard, viole de gambe.
Vincent Flückiger, théorbe, archiluth et guitare.
Nadja Lesaulnier, clavecin.

Benjamin Alard, orgue (pour un "ordre" transcrit par J.-S. Bach).

Concert le 21 décembre 2012 à 20 h au Château de Lunéville, 03 83 76 04 75.

>> les-ombres.fr

Christine Ducq
Vendredi 16 Novembre 2012

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

"Play/replay" The Rat Pack Compagnie fait son cirque… et son cinéma... Action !

Après le succès mondial de "Speakeasy", la compagnie circassienne The Rat Pack est de retour avec une création intitulée "Play/Replay". Explorant précédemment le genre "films de gangsters" au cœur d'un bar clandestin - que l'on appelait, au temps de la prohibition, un "speakeasy" -, nous les découvrons pour ce nouveau spectacle sur un plateau en plein tournage d'une scène caractéristique des "films d'action", le cambriolage d'un objet précieux. On retrouve donc avec plaisir ce qui fait aujourd'hui leur marque de fabrique… un cocktail explosif mêlant acrobatie, musique et cinéma… plus, cette fois-ci, l'humour décalé de Jos Houben !

© Zenzel.
Imaginez un joyau convoité, un œuf précieux - façon œuf de Fabergé - protégé par des faisceaux verts que l'on perçoit bien dans une nuit noire et volontairement enfumée. Quoi de mieux pour exercer ses talents d'acrobate que le franchissement subtilement chorégraphié de ceux-ci. Ainsi débute "Play/Replay" avec cette scène ô combien classique digne d'un "Mission Impossible", d'un Ocean's Twelve (référence directe à l'œuf) ou d'un James Bond... Et la magie opère. Les six artistes de The Rat Pack - usant souvent du jeu d'ombres chinoises et de ses effets de mystères en "noir et blanc" - déploient humour et créativité pour se jouer des codes de ce genre cinématographique et les détourner avec espièglerie et autodérision.

Au fil des séquences - certaines reproduisant des cascades ou des défis réputés impossibles, improbables ou nécessitants de judicieux trucages -, ils réalisent des numéros s'enchaînant avec fluidité, sans temps mort, où il est fait appel à la roue Cyr, aux nombreuses déclinaisons du main à main, aux multiples variations du corps à corps, aux périlleux exercices de voltige, etc. Ainsi, culbutes, chutes, bagarres, explosions, ralentis, flashbacks, courses-poursuites - tout autant haletantes que burlesques -, attitudes figées clownesques alimentent l'histoire qui nous est contée et les coulisses qui nous sont dévoilées.

Gil Chauveau
20/12/2022
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022