La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

"Le Malade Imaginaire" Une version réparatrice de l'ultime pièce de Molière à usage olympien ou autre !

Oyez, oyez ! Les gens. Tendez les oreilles, ouvrez vos tympans. Je vous apporte cette nouvelle. Bonne ou mauvaise, c'est vous qui décidez !
Non loin des Bouffes du Nord, hier soir, une idée, soudain, a germé. Proposer un remède, pour soigner ce "bobo" qui contamine les ondes depuis deux semaines.



© Laura Bousquet.
© Laura Bousquet.
Diantre ! De partout, résonnent de bien puériles polémiques. Les mots fusent telle une dynamite. D'affront, même, il est question ! Autour de cet événement appelé "Jeux Olympiques".

Une femme, me dit-on, en serait la cause.
Une dame de nos temps modernes,
Aya Nakamura serait son nom de scène.
Chanteuse, businesswoman contre intellectuels et ramassis de haine.

Tel un Molière qui déclenche les rires, provoque l'émotion et déchaîne l'enthousiasme, cette artiste du XXIe siècle anime les débats, déchaîne tempête d'insultes sur les bords de Seine.

Voici l'heure de vous adresser mon ordonnance,
De vous confier mon idée afin d'inaugurer ces jeux de l'opulence.
Peut-être que les Français, enfin, tomberont d'accord.
Et cesseront cette infantile mise à mort.

© Laura Bousquet.
© Laura Bousquet.
Une cuillerée de vers,
Un cachet de prose,
De bons comédiens pour apaiser la conscience.
De la musique, de la chanson et des voix qui emportent tout, à l'unisson.
Un doux sirop du jour qui adoucit la langue d'hier.
Du hip-hop, de l'allure et une superbe lumière.
Un homme pour guider les pas de toute cette trousse, oups ! Troupe de comédiens, complète, efficace et sacrément cocasse.
Respectant parfaitement la notice initiale datant, je le rappelle, du XVIIe...
La classe !

Troquons Aya pour Tigran…
Laissons Édith et sa foule au paradis.
Pensons Molière et applaudissons ce nouveau "Malade imaginaire".
Jean-Baptiste Poquelin aussi a de nombreux fans.
Il est l'auteur de théâtre le plus connu au monde et le plus traduit, aussi.
Tigran Mekhitarian est un excellent metteur en scène.
Sublime comédien d'une force et conviction incroyables.
Entouré d'une sacrée "team" haute en couleurs, il mène un spectacle batterie battante, guitare, voix et énergies entraînantes.

© Laura Bousquet.
© Laura Bousquet.
Aya contre Tigran.
Langue d'aujourd'hui contre langue de Molière.
C'est exactement ce que propose Tigran Mekhitarian, avec grand talent dans une version réparatrice de l'ultime pièce de Molière.
Mes jeux sont faits !
Car, du virtuel, je n'aime que le vivant, le spectacle et le réel.

"Le Malade imaginaire"

© Laura Bousquet.
© Laura Bousquet.
Texte : Molière.
Mise en scène et adaptation : Tigran Mekhitarian.
Assistance à la mise en scène : Lucie Baumann.
Avec : Serge Avédikian, Anne Coutureau, Isabelle Gardien, Sébastien Gorski, Camila Halima Filali, L'Éclatante Marine, Tigran Mekhitarian et Étienne Paliniewicz.
Direction artistique : La Compagnie de l'Illustre Théâtre.
Création sonore et musique : Sébastien Gorski.
Chorégraphies : Camila Halima Filali.
Lumières : Denis Koransky.
Scénographie : Georges Vauraz.
Costumes : Axel Boursier.
Création vidéo : Jérémy Vissio.
Régie son et lumières : Guillaume Rouchet.
Habillage : Andréa Millerand.

Du 14 au 31 mars 2024.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.
Théâtre des Bouffes du Nord, Paris 10e, 01 46 07 34 50.
>> bouffesdunord.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 20 Mars 2024

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter








À Découvrir

Maria Casarès et Albert Camus se retrouvent pour une heure dans un nouveau théâtre de Poitiers

Ouverte en septembre 2023, cette nouvelle salle finit sa saison en rendant hommage à celle qui lui a donné son nom : Maria Casarès. Une salle citadine née de la volonté des deux codirecteurs de la Maison Maria Casarès, Matthieu Roy et Johanna Silberstein. C'est dans les anciennes écuries de la caserne de Poitiers que deux grandes salles voûtées abritent maintenant ce nouveau lieu destiné à présenter au public tourangeau une programmation hivernale (et donc plus confortable) qui vient en complément des activités de la maison mère d'Alloue.

© Solotiana.
Cette dernière fut la demeure que Maria Casarès acheta après la mort de Camus. Une grande propriété du nom de Domaine de Lavergne, léguée par sa propriétaire à la petite commune d'Alloue, qui abrite depuis quelques années un lieu de résidence pour les compagnies de théâtre de la région et d'ailleurs. Un festival estival est également proposé dans ses immenses jardins, au mois d'août. Cette année, le Festival d'Été aura lieu du 22 juillet au 16 août.

En 2017, les éditions Gallimard, avec l'accord de la fille d'Albert Camus, publiaient la Correspondance entre ces deux artistes. Une correspondance amoureuse de plus de 800 lettres, écrites du début de leur relation (la première est datée du 6 juin 1944) jusqu'au 30 décembre 1959. Cinq jours plus tard, Camus décédait dans un accident de voiture. Ces lettres, Catherine Camus les avait collationnées des années auparavant, ayant racheté celles que possédait Maria Casarès. Cette dernière les lui avait cédées par besoin d'argent, pour réparer le toit de sa maison d'Alloue…

Bruno Fougniès
18/06/2024
Spectacle à la Une

"Mon Petit Grand Frère" Récit salvateur d'un enfant traumatisé au bénéfice du devenir apaisé de l'adulte qu'il est devenu

Comment dire l'indicible, comment formuler les vagues souvenirs, les incertaines sensations qui furent captés, partiellement mémorisés à la petite enfance. Accoucher de cette résurgence voilée, diffuse, d'un drame familial ayant eu lieu à l'âge de deux ans est le parcours théâtral, étonnamment réussie, que nous offre Miguel-Ange Sarmiento avec "Mon petit grand frère". Ce qui aurait pu paraître une psychanalyse impudique devient alors une parole salvatrice porteuse d'un écho libératoire pour nos propres histoires douloureuses.

© Ève Pinel.
9 mars 1971, un petit bonhomme, dans les premiers pas de sa vie, goûte aux derniers instants du ravissement juvénile de voir sa maman souriante, heureuse. Mais, dans peu de temps, la fenêtre du bonheur va se refermer. Le drame n'est pas loin et le bonheur fait ses valises. À ce moment-là, personne ne le sait encore, mais les affres du destin se sont mis en marche, et plus rien ne sera comme avant.

En préambule du malheur à venir, le texte, traversant en permanence le pont entre narration réaliste et phrasé poétique, nous conduit à la découverte du quotidien plein de joie et de tendresse du pitchoun qu'est Miguel-Ange. Jeux d'enfants faits de marelle, de dinette, de billes, et de couchers sur la musique de Nounours et de "bonne nuit les petits". L'enfant est affectueux. "Je suis un garçon raisonnable. Je fais attention à ma maman. Je suis un bon garçon." Le bonheur est simple, mais joyeux et empli de tendresse.

Puis, entre dans la narration la disparition du grand frère de trois ans son aîné. La mort n'ayant, on le sait, aucune morale et aucun scrupule à commettre ses actes, antinaturelles lorsqu'il s'agit d'ôter la vie à un bambin. L'accident est acté et deux gamins dans le bassin sont décédés, ceux-ci n'ayant pu être ramenés à la vie. Là, se révèle l'avant et l'après. Le bonheur s'est enfui et rien ne sera plus comme avant.

Gil Chauveau
05/04/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024