La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

Faites l'amour… pas des gosses

La chronique d'Isa-belle L

Madame Comédie "Bastille" - honneur à la femme - et Monsieur Théâtre "De la ville" ont un point commun : tous deux sont parisiens. Madame Comédie "Bastille" a 32 ans. En pleine force de l'âge. Monsieur "De la ville" est plus âgé. Il est né, paraît-il, au XIXe… Quelle santé !



© DR.
© DR.
Ils sont invités chez Hôtel "De ville", se retrouvent au buffet et un dialogue (imaginé) commence entre deux gorgées de pinard…

Scène 1
- Bonsoir Monsieur "De la ville", vous me reconnaissez ?
(Hésitation de "De la ville", puis moue, puis sourire pincé)
- Plus ou moins à vrai dire, ravivez-moi à votre souvenir ?
(Rire de "Bastille").
- Comme vous parlez bien "De la ville"!… Même après deux verres de vin. Nous nous sommes déjà croisés l'an passé. Je suis une admiratrice de votre théâtre, comme d’ailleurs ceux de tous vos copains ici présents, mais le temps me manque pour m'y rendre cette année. Malheureusement.
- Quel dommage ! En effet. À ce propos, avez-vous vu la dernière création de James Thierrée ? Au Rond-Point ? Un bijou. Nous la programmerons sûrement, qui sait ?
- C'est toujours mieux de programmer un spectacle quand on l'a vu…
(Silence gêné de "De la ville")
- C'est original la verrine avec tout un tas de petites choses dedans… (un temps) Et alors, le James Thierrée ?
- Je ne pouvais pas. (À elle-même) Il le fait exprès, je viens de le dire. (À "De la ville") : C'était la première semaine d'exploitation du spectacle "Faites l'amour… pas des gosses" avec le nouveau casting. Peut être en avez vous entendu parler ?
(Rires de "De la ville" puis légère toux).
- Pardon… Hum… Euh… Vous dites "On ne badine pas avec l'amour" ?
(Sourire de "Bastille")
- Non "De la ville" j'ai dit : "Faites l'amour… pas des gosses" de Sophie Depooter et Sacha Judaszko, avec Erwan Orain et Élodie Godart.
- "Jean-Luc Godard" a une fille alors ?
- Non, aucun lien de parenté, c'est "Godart" avec un "T". Ceci dit, ça se pourrait puisqu'elle est comédienne. Beaucoup de nos artistes "modernes" sont fils ou filles d'acteurs, de metteurs en scène…

© DR.
© DR.
- Oui ! Enfin… le talent n'est pas toujours héréditaire.
- Vous dites ça pour James Thierrée ?
- Vous plaisantez, j'espère ? Ce petit est un génie.
- Je blaguais "De la ville", détendez-vous ! Je me permets, entre nous, hein ? de vous dire que j'ai assisté au spectacle "Tabac rouge" et je n'ai rien compris. Bon ! L’avis de "Bastille" j'imagine que "De la ville s'en fout" mais je le dis.
- Quel succès pourtant ! Et très grand Denis Lavant.
- Il est plutôt petit, Denis, non ?
- Vous êtes une marrante ! Si vos troupes prennent l'assaut du plateau avec ce genre de vannes, vous frôlez la révolution, "Bastille". (De la ville s'esclaffe)
- Amusant ! Sachez Monsieur, que nous refusons du monde pour "Faites l'amour… pas des gosses". La pièce est plébiscitée par le public et se joue quasi chaque jour à guichets fermés. Même à Pâques, on a fait complet. Je dirai que le public est… comment vous dites, vous ? Dans votre monde. Ah ! Éclectique. Je suis très fière de cette pièce et nous continuons jusqu'en décembre… imaginez ! "De la ville", pareille pièce chez vous ? Vous ne seriez pas intéressé ? Ou votre associée "Abbesses", peut-être ?
(Étouffement foie gras de "De la ville")
- Et bien… Euh… Non ! C'est trop… Euh… Pas assez… Enfin ! Vous voyez ?
- Non ! Pas vraiment. Vous voulez dire pas assez… dansant ?
- Exactement ! Notre théâtre aime en effet programmer les ballets contemporains, les spectacles… Euh… La musique du monde… (Bastille le coupe)
- Et des personnes identifiées… Ah ! Si au nom "Godart" il y avait eu un "D"…
- Mais cela n'a rien à voir Madame "Bastille", on ne programme pas en fonction des lettres de l'alphabet… (De la ville ne comprend pas toujours ce qu'il dit) Et, euh… je suis persuadée qu'elle est bourrée de talent, Mélodie Godart, avec un "T" (Sourire pincé de "De la ville")
- Exactement. Avec un "T" comme Denis Lavant. Mademoiselle Godart - je me permets cette allusion à Mademoiselle Sarah Bernhardt - Élodie Godart est une jouisseuse de vie et la comédie est son adrénaline. Elle est perfectionniste, généreuse, drôle et vive. Jamais elle n'ennuie le spectateur. Personne ne quitte la salle ni ne baille - j'observe vous savez ! Je ne programme pas n'importe quoi. Une belle nature. Comme son acolyte : Erwan Orain. Du coffre, de l'énergie et un beau visage pour rester poli. À eux deux, ils unissent voix et énergie pour offrir au public ce qu'il est venu chercher : du plaisir. Et je vais vous surprendre mais le public de ma Comédie, cher Monsieur "De la ville", vient au théâtre et en redemande du plaisir.
- Chez nous aussi le public est ravi. Bien que notre sélection puisse vous sembler ciblée. Je crois juste que nos portes ne s'ouvrent pas sur les mêmes horizons. Je crains que le spectacle… là… euh "faites l'amour à Saragosse" se sente… moins à sa place sur notre ligne artistique, vous voyez ?

© DR.
© DR.
- Oui ! Et sans lunettes.
(De la ville sourit, pincé)
- Je sais que vous comprenez. Vous cherchez à me provoquer… Vous êtes une sacrée ! Madame "Bastille".
- Une sacrée ? … Coquine ?
- Du tout ! Enfin… tout de même ! Nous sommes à l'hôtel "De ville" Madame "Bastille" !
- Oui Monsieur "De la ville", et ici on n'aime pas trop la Comédie.
- Madame "Bastille", seriez-vous un tantinet en colère ?
- J'adore la question. Elle me rappelle cet homme, le frère de ce producteur là… bref ! Il m'a dit :"je n'ai rien contre vous et votre programmation, Bastille, mais les gens veulent du Racine, du Shakespeare, du Molière…et du Lagarce pour le contemporain. Du texte, du dramaturge français qui sait écrire le théâtre. Avec un grand T. Comme celui d'Élodie Godart, vous voyez ?
- Le public doit s’habituer…
- Bien sûr… et Shakespeare est français ! (Silence) "Apprends ce que tu ignores, c'est à dire tout"
- C'est de vous ?
- Non ! De Sarah Bernhardt. Bernhard-TE. (Un temps) Laissez-moi deviner Monsieur "De la ville", Sophie Depooter - l’auteure de la pièce - vous la connaissez ?
- Euh… Mumm, Depooter… un lien avec Harry ? (Il glousse)… Potter ? Vous avez saisi ?

- Quel humour ! Mettez vous au stand-up ! Je suis certaine que sur deux lignes vous serez déjà subventionné par Hôtel "De ville". (Silence) Bien. Sur ce, je vous salue monsieur "De la ville" et vais d'un pas rapide retrouver mes deux comédiens. À l'heure qu'il est, Élodie Godart et Erwan Orain, ont terminé. Ils méritent un baiser. Venez me voir à l'occasion, pour vous ce sera gratuit. Une place de la "Bastille" pour "De la ville", ça restera privé. Promis !

Fin de la première scène.

"Faites l'amour… pas des gosses"

© DR.
© DR.
Texte : Sophie Depooter et Sacha Judaszko.
Metteurs en scène : Sophie Depooter, Sacha Judaszko.
Avec en alternance : Aline Gaillot ou Elodie Godart, Sam Blaxter ou Erwan Orain.

Jusqu'à fin août 2017.
Du mardi au samedi à 19 h 30, samedi à 16 h et dimanche à 15 h et 19 h.
Comédie Bastille, Paris 11e, 01 48 07 52 07.
>> comedie-bastille.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 26 Avril 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Barbara amoureuse"… Ah qu'il est doux le temps des amours

Caroline Montier chante "Barbara amoureuse", Essaïon Théâtre, Paris

Chanter l'amour comme une femme, chanter l'amour de toutes les femmes, et interpréter celle qui sut tant aimer les hommes ainsi que son public. Dans une belle et élégante simplicité, Caroline Montier nous offre quelques joyaux mélodiques et poétiques de la grande Barbara, éternelle amoureuse.

Parti-pris judicieux, Caroline Montier a puisé dans le répertoire de jeunesse de la dame en noir, époque L’Écluse, Bobino (en première partie de Félix Marten en 61 et de Brassens en 64, puis en vedette en 65), et des premiers Olympia… Période Barbara jeune, tendre, passionnée ou orageuse amante. Une femme qui, à ses débuts, fut tout aussi timide et réservée que mutine et fougueuse, aimant tant l'amour que les hommes qui souvent l'ont comblée.

De titres connus ("Dis, quand reviendras-tu", 1ère version 1962 ou "La Solitude", 1965) à ceux qui le sont moins ("Pierre", 1964 ou "Gare de Lyon", 1964), Caroline Montier a construit un récital sur ces aventures qui ont jalonné sa vie, mais ici avec un choix de chansons enregistrées par Barbara entre 1962 et 1968, avec une prédilection pour des compositions de 64 ("Toi l'homme", "Je ne sais pas dire", "Septembre"…) ou de 68 ("Du bout des lèvres", "Amoureuse", "Le Testament", "Tu sais"…).

Dans cette exploration originale, Caroline Montier fait le choix d'aller croquer un rayon de soleil dans les amours de Barbara, apportant, avec subtilité et talent, une touche de grâce à l'ensemble.

Gil Chauveau
12/12/2018
Spectacle à la Une

"Adieu Monsieur Haffmann"… Rire et émotions mêlés dans une pièce toute en délicatesse… comme une sonate des cœurs purs

Reprise de la pièce aux quatre "Molière 2018", Théâtre Rive Gauche, Paris

La pièce est dessinée en traits purs, comme une esquisse, une encre fine qui laisse autant de place à l'imaginaire dans les espaces laissés vides que dans les tracés. Une sorte de stylisation mêlée à une extrême pudeur pour permettre à cette histoire de briller malgré la noirceur de l'époque où elle se déroule.

1942, les nazis instaurent le port obligatoire de l'étoile jaune pour les Juifs, monsieur Haffmann décide de se cacher dans la cave de sa bijouterie et d'en confier la direction (ainsi que sa propre sécurité) à son employé goy Pierre Vigneau.

Le décor sobre de Caroline Mexme, tout en déclinaisons de gris, sert de fond à cette époque aux couleurs vert-de-gris. D'un côté la cave où se cache Joseph Haffmann, de l'autre l'appartement à l'étage où s'installent Pierre et sa femme, jeune couple en attente d'un enfant qui ne vient pas. Dehors, les persécutions contre les Juifs s'intensifient, dénonciations, expropriations, et puis la rafle du Vél d'Hiv…

C'est dans ce huis clos que va se dérouler la pièce. Une vie à trois qui s'organise sur la base d'un double contrat : donnant-donnant. L'employé-modèle accepte de cacher son patron et de diriger la boutique à condition que celui-ci veuille bien tenter de mettre enceinte sa femme - car lui-même est stérile et monsieur Haffmann si fertile que sa descendance est déjà au nombre de quatre. Contrat aux allures diaboliques dans une époque où l'intégrité est soumise à toutes sortes de tentations, où toutes les trahisons sont possibles.

Bruno Fougniès
09/10/2018
Sortie à la Une

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", en tournée 2018/2019

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.

C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

Jean Grapin
23/04/2018