La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

Faites l'amour… pas des gosses

La chronique d'Isa-belle L

Madame Comédie "Bastille" - honneur à la femme - et Monsieur Théâtre "De la ville" ont un point commun : tous deux sont parisiens. Madame Comédie "Bastille" a 32 ans. En pleine force de l'âge. Monsieur "De la ville" est plus âgé. Il est né, paraît-il, au XIXe… Quelle santé !



© DR.
© DR.
Ils sont invités chez Hôtel "De ville", se retrouvent au buffet et un dialogue (imaginé) commence entre deux gorgées de pinard…

Scène 1
- Bonsoir Monsieur "De la ville", vous me reconnaissez ?
(Hésitation de "De la ville", puis moue, puis sourire pincé)
- Plus ou moins à vrai dire, ravivez-moi à votre souvenir ?
(Rire de "Bastille").
- Comme vous parlez bien "De la ville"!… Même après deux verres de vin. Nous nous sommes déjà croisés l'an passé. Je suis une admiratrice de votre théâtre, comme d’ailleurs ceux de tous vos copains ici présents, mais le temps me manque pour m'y rendre cette année. Malheureusement.
- Quel dommage ! En effet. À ce propos, avez-vous vu la dernière création de James Thierrée ? Au Rond-Point ? Un bijou. Nous la programmerons sûrement, qui sait ?
- C'est toujours mieux de programmer un spectacle quand on l'a vu…
(Silence gêné de "De la ville")
- C'est original la verrine avec tout un tas de petites choses dedans… (un temps) Et alors, le James Thierrée ?
- Je ne pouvais pas. (À elle-même) Il le fait exprès, je viens de le dire. (À "De la ville") : C'était la première semaine d'exploitation du spectacle "Faites l'amour… pas des gosses" avec le nouveau casting. Peut être en avez vous entendu parler ?
(Rires de "De la ville" puis légère toux).
- Pardon… Hum… Euh… Vous dites "On ne badine pas avec l'amour" ?
(Sourire de "Bastille")
- Non "De la ville" j'ai dit : "Faites l'amour… pas des gosses" de Sophie Depooter et Sacha Judaszko, avec Erwan Orain et Élodie Godart.
- "Jean-Luc Godard" a une fille alors ?
- Non, aucun lien de parenté, c'est "Godart" avec un "T". Ceci dit, ça se pourrait puisqu'elle est comédienne. Beaucoup de nos artistes "modernes" sont fils ou filles d'acteurs, de metteurs en scène…

© DR.
© DR.
- Oui ! Enfin… le talent n'est pas toujours héréditaire.
- Vous dites ça pour James Thierrée ?
- Vous plaisantez, j'espère ? Ce petit est un génie.
- Je blaguais "De la ville", détendez-vous ! Je me permets, entre nous, hein ? de vous dire que j'ai assisté au spectacle "Tabac rouge" et je n'ai rien compris. Bon ! L’avis de "Bastille" j'imagine que "De la ville s'en fout" mais je le dis.
- Quel succès pourtant ! Et très grand Denis Lavant.
- Il est plutôt petit, Denis, non ?
- Vous êtes une marrante ! Si vos troupes prennent l'assaut du plateau avec ce genre de vannes, vous frôlez la révolution, "Bastille". (De la ville s'esclaffe)
- Amusant ! Sachez Monsieur, que nous refusons du monde pour "Faites l'amour… pas des gosses". La pièce est plébiscitée par le public et se joue quasi chaque jour à guichets fermés. Même à Pâques, on a fait complet. Je dirai que le public est… comment vous dites, vous ? Dans votre monde. Ah ! Éclectique. Je suis très fière de cette pièce et nous continuons jusqu'en décembre… imaginez ! "De la ville", pareille pièce chez vous ? Vous ne seriez pas intéressé ? Ou votre associée "Abbesses", peut-être ?
(Étouffement foie gras de "De la ville")
- Et bien… Euh… Non ! C'est trop… Euh… Pas assez… Enfin ! Vous voyez ?
- Non ! Pas vraiment. Vous voulez dire pas assez… dansant ?
- Exactement ! Notre théâtre aime en effet programmer les ballets contemporains, les spectacles… Euh… La musique du monde… (Bastille le coupe)
- Et des personnes identifiées… Ah ! Si au nom "Godart" il y avait eu un "D"…
- Mais cela n'a rien à voir Madame "Bastille", on ne programme pas en fonction des lettres de l'alphabet… (De la ville ne comprend pas toujours ce qu'il dit) Et, euh… je suis persuadée qu'elle est bourrée de talent, Mélodie Godart, avec un "T" (Sourire pincé de "De la ville")
- Exactement. Avec un "T" comme Denis Lavant. Mademoiselle Godart - je me permets cette allusion à Mademoiselle Sarah Bernhardt - Élodie Godart est une jouisseuse de vie et la comédie est son adrénaline. Elle est perfectionniste, généreuse, drôle et vive. Jamais elle n'ennuie le spectateur. Personne ne quitte la salle ni ne baille - j'observe vous savez ! Je ne programme pas n'importe quoi. Une belle nature. Comme son acolyte : Erwan Orain. Du coffre, de l'énergie et un beau visage pour rester poli. À eux deux, ils unissent voix et énergie pour offrir au public ce qu'il est venu chercher : du plaisir. Et je vais vous surprendre mais le public de ma Comédie, cher Monsieur "De la ville", vient au théâtre et en redemande du plaisir.
- Chez nous aussi le public est ravi. Bien que notre sélection puisse vous sembler ciblée. Je crois juste que nos portes ne s'ouvrent pas sur les mêmes horizons. Je crains que le spectacle… là… euh "faites l'amour à Saragosse" se sente… moins à sa place sur notre ligne artistique, vous voyez ?

© DR.
© DR.
- Oui ! Et sans lunettes.
(De la ville sourit, pincé)
- Je sais que vous comprenez. Vous cherchez à me provoquer… Vous êtes une sacrée ! Madame "Bastille".
- Une sacrée ? … Coquine ?
- Du tout ! Enfin… tout de même ! Nous sommes à l'hôtel "De ville" Madame "Bastille" !
- Oui Monsieur "De la ville", et ici on n'aime pas trop la Comédie.
- Madame "Bastille", seriez-vous un tantinet en colère ?
- J'adore la question. Elle me rappelle cet homme, le frère de ce producteur là… bref ! Il m'a dit :"je n'ai rien contre vous et votre programmation, Bastille, mais les gens veulent du Racine, du Shakespeare, du Molière…et du Lagarce pour le contemporain. Du texte, du dramaturge français qui sait écrire le théâtre. Avec un grand T. Comme celui d'Élodie Godart, vous voyez ?
- Le public doit s’habituer…
- Bien sûr… et Shakespeare est français ! (Silence) "Apprends ce que tu ignores, c'est à dire tout"
- C'est de vous ?
- Non ! De Sarah Bernhardt. Bernhard-TE. (Un temps) Laissez-moi deviner Monsieur "De la ville", Sophie Depooter - l’auteure de la pièce - vous la connaissez ?
- Euh… Mumm, Depooter… un lien avec Harry ? (Il glousse)… Potter ? Vous avez saisi ?

- Quel humour ! Mettez vous au stand-up ! Je suis certaine que sur deux lignes vous serez déjà subventionné par Hôtel "De ville". (Silence) Bien. Sur ce, je vous salue monsieur "De la ville" et vais d'un pas rapide retrouver mes deux comédiens. À l'heure qu'il est, Élodie Godart et Erwan Orain, ont terminé. Ils méritent un baiser. Venez me voir à l'occasion, pour vous ce sera gratuit. Une place de la "Bastille" pour "De la ville", ça restera privé. Promis !

Fin de la première scène.

"Faites l'amour… pas des gosses"

© DR.
© DR.
Texte : Sophie Depooter et Sacha Judaszko.
Metteurs en scène : Sophie Depooter, Sacha Judaszko.
Avec en alternance : Aline Gaillot ou Elodie Godart, Sam Blaxter ou Erwan Orain.

Jusqu'à fin août 2017.
Du mardi au samedi à 19 h 30, samedi à 16 h et dimanche à 15 h et 19 h.
Comédie Bastille, Paris 11e, 01 48 07 52 07.
>> comedie-bastille.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 26 Avril 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB

PUB


Publicité



À découvrir

"Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux

"Sandre", La Manufacture, Avignon

Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.

Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

Une vie, c'est une sorte de succession de mondes qui s'écroulent, si on veut bien y réfléchir une seconde. On construit. On y croit. On flotte dans nos illusions jusqu'à ce qu'elles crèvent comme un ballon de baudruche et qu'on manque de crever avec elle. Parce que la petite pointe aigüe de la réalité est venue tout foutre en l'air, alors il y a plus qu'à en reconstruire un autre de bonheur. Ouais, il s'agit de parler de ça du bonheur.

Bruno Fougniès
09/03/2018
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
17/02/2018
Sortie à la Une

Représenter, questionner, polémiquer… un spectacle reflet d'une certaine société

"Le renard envieux qui me ronge le ventre", Centre Paris Anim' Les Halles Le Marais, Paris

Le plateau se compose à la fois de l'espace de jeu, lieu majoritairement vide qui ne sera habité que par les comédiens lors de leurs interprétations, et à la fois des coulisses apparentes où sont entreposés des portants qui permettent les multiples changements de costumes et donc de rôles.

Représenter, questionner, polémiquer… un spectacle reflet d'une certaine société
La procession scénique nous évoque l'ambiance des défilés de mode où les tenues sont ici remplacées par une succession de clichés, préjugés et caricatures du féminin et du masculin, de la notion de genre et de celle de la sexualité. Le spectacle se découpe en quatre parties, chacune centrée sur un des personnages.

Les thèmes représentés sont ceux de la notion de consentement, les conditions des femmes au travail, ce qu'on attend d'un homme, un vrai, un viril, l'homosexualité, etc. Les scénarios mettent en scène l'impossibilité d'évoluer dans la société en restant soi-même, la superficialité des rapports engagés avec les autres puisque rien n'est sincère.

Désormais, le normal n'est plus de l'ordre du naturel mais s'inscrit dans un cadre sociétal. Les conventions se soumettent à des consignes latentes dans lesquelles tout le monde est plus ou moins empêtré. Nous revenons toujours dans les schémas qui nous ont été inculqués. Des interludes entrecoupent la trame narrative, qui sont fabulés, et dans lesquels se rejouent les thématiques abordées. Le cadre change mais la difficulté de s'imposer demeure : les individus sont piégés dans les rôles que la société leur a assignés.

Ludivine Picot
20/02/2018