La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

"Costard"… Costaud !

Dans un superbe spectacle où le chorégraphe-danseur Hafid Sour propose un kaléidoscope artistique autour du mime, des danses autant urbaines que contemporaines et du théâtre, sont passés en revue quelques-uns de nos codes vestimentaires qui deviennent, au travers d'une représentation poétique, un pur moment d'humour et de bonheur.



© Justine Jugnet.
© Justine Jugnet.
Ce sont six silhouettes qui arrivent doucement couvertes d'un collant sombre de la tête aux pieds. On dirait des cambrioleurs voulant laisser aucune trace de leurs méfaits dans un silence absolu. Mais quand les mouvements se font aussi souples, aussi allongés, la paume des mains caressant presque le plateau avec des attitudes, toujours en équilibre, dans un balancement gracieux des membres supérieurs et inférieurs pour faire de la scène une amie et les déplacements, une odyssée, on peut se dire que ces dites silhouettes ont vraiment une âme "artiste". Ils s'allongent, se recroquevillent tête la première sur le plateau, les jambes en appui pour opérer une bascule. Tout se fait avec fluidité et une vitesse d'exécution modérée pour ne pas bousculer le silence. Ombres, ils ne veulent pas éveiller la lumière.

Les mouvements sont longitudinaux, les bras écartés jusqu'au point le plus éloigné de la scène par rapport aux troncs, sans que les corps ne soient en position tendue. Ils s'abaissent, têtes souvent de côté ou à mi-hauteur, rarement baissées, les mains, appuyées des jambes, vont jusqu'aux planches pour aller chercher l'équilibre, jamais remis en question tant le plat des pieds est ancré sur les planches.

Puis nous retrouvons nos danseurs en "costard". Selon le lieu et temps de la représentation, ils s'ouvrent à un large éventail de gestique, allant du sol jusqu'à la station debout. Des sauts sont aussi effectués de façon vive et rapide avec pour points d'appui et de chutes les bras et les membres inférieurs.

© Nicolas Martinez.
© Nicolas Martinez.
Le spectacle est découpé en différentes scénettes avec parfois un portemanteau, celui-ci étant un véritable personnage, les mains et les têtes des interprètes apparaissant autour, faisant de celui-ci une cachette ou une vitrine. Autant acteurs que danseurs, ils s'amusent avec les codes vestimentaires autour des cravates et pochettes de costumes comme éléments de jeu. Souvent debout, parfois allongés au sol, le butinant comme une abeille sa fleur, ils offrent une gestique à plusieurs entrées artistiques. Mime, hip-hop ou danse contemporaine, le théâtre est aussi un allié avec des séquences uniquement corporelles où chacun joue de son pré carré pour exister.

Les troncs tombent sur les planches pour atterrir sur les membres supérieurs. Plus loin, ceux-ci s'étendent dans d'autres directions à la recherche d'autres équilibres quand ceux-là restent plus fixes ou bougent de façon plus subtile. Les bras s'allongent, deviennent amples, puis se replient pour basculer à cent quatre-vingt-dix degrés dans une autre position. Ça saute et ça s'étire allant dans différentes directions, la tête souvent en bas.

Les moments de break dance donnent à voir, entre autres, la coupole et le headspin avec les jambes ramassées au centre, presque en position accroupie. Ailleurs, le tronc réagit par petites touches, comme découpé musculairement et téléguidé par la plante des pieds qui tape le sol, le buste l'accompagnant. Le mouvement s'arrête pour repartir comme un dard.

Les solos s'enchaînent et sont toujours accompagnés, le soliste étant souvent au centre. Rarement la scène laisse un interprète seul face à un miroir, celui du public. La gestuelle devient descriptive, car celle-ci se nourrit autant du corps que des costumes qui l'habillent et des complices qui l'accompagnent.

Le spectacle est original et riche. La chorégraphie d'Hafid Sour mêle un ensemble de danses variées dans une poétique du corps où celui-ci devient autant accessoire qu'aiguillon. C'est beau quand l'originalité s'associe aussi bien au talent.

"Costard"

© Justine Jugnet.
© Justine Jugnet.
Chorégraphie : Hafid Sour
.
Avec : Aurélien Vaudey, Jérôme Oussou, Antoine Bouiges, Paul Chiche, Mohamed Makhlouf, Youcef Ouali, Hafid Sour.
Regards complices : Sarah Kallman (journaliste)
.
Régie : Judith Leray/Antoine Hansberger
.
Arrangements Musicaux : David Guerr.
Compagnie Hafid Sour/Ruée des arts.
Durée : 1 h.

Du 21 juillet au 1er août 2021.
Du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 18 h 30.
Cabaret Sauvage, Parc de la Villette, Paris 19e, 01 42 09 03 09.
info@cabaretsauvage.com
>> cabaretsauvage.com

Safidin Alouache
Mercredi 28 Juillet 2021

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

"Marilyn Inside" Dévoiler Marilyn pour tenter de retrouver l'intimité secrète de Norma Jean

Qui était-elle, réellement ? Être dual, aux structures intimes complexes, celles d'une âme en quête de sérénité, de sincérité. D'un côté Marilyn, sex-symbol fabriqué par le cinéma hollywoodien des années cinquante, ou Norma Jeane, femme-enfant à la vie chaotique, ballotée entre une mère atteinte de troubles psychologiques graves et les placements dans de multiples familles d'accueil. Confrontation ou rencontre imaginaire entre ces deux fantômes, souvenirs de ces deux réalités successives, tentative de traversée du miroir, c'est ce que nous propose l'étonnant et réussi "Marylin Inside".

© Clarisse Bianco.
Incarnation féminine idéalisée jusqu'à en devenir une icône planétaire, tempête sensuelle à la robe blanche virevoltante, blonde écervelée à la jeunesse intemporelle… Elle fut tout cela tout en restant une femme mystérieuse, secrète que seules la captation de regards fugaces, la perception de fragiles coups d'œil éphémères laissaient deviner. Actrice quasi vénérée malgré ses extravagances conjugales, ses dépressions et, parfois, ses excès de consommation d'alcool et/ou de médicaments, elle était à la fois saisissante et insaisissable.

L'auteure, Céline Barcaroli, nous propose une traversée intérieure dans la dualité d'une femme publique où se confronte et se rencontre les deux faces de celle qui bouleversa à jamais la représentation cinématographique féminine - registre "blonde incendiaire" - tout en exposant involontairement, puis volontairement, ce que peuvent être les fragilités et les failles d'un être sublimé. Son propos, fondé sur du réel, nous emporte dans le fictionnel pour effleurer, parfois approcher, ce qu'ont pu être les mystères, les fêlures indicibles, les tourments naissant d'une continuelle et insatiable quête d'amour.

Gil Chauveau
01/10/2021
Spectacle à la Une

"L'âne et la carotte"… Siège de chaises !

Dans un spectacle qui mêle l'humour à la réflexion, Lucho Smit se livre à une série de numéros circassiens où, autour d'un récit, l'artiste raconte ses doutes, sa vision du monde et celle du cirque.

© František Ortmann - Letní Letná.
L'un des nombreux attraits du nouveau cirque, nommé aussi cirque contemporain, est sa capacité à surprendre et à faire découvrir aux spectateurs des arts de la scène aussi différents que du théâtre, de la chanson et/ou de la musique en plus des acrobaties. Le décor est aussi très important. Dans "L'âne & la carotte", le plateau découvre une colonne de chaises, ce dernier élément étant la matrice même de la scénographie. Ionesco aurait pu se retrouver dans celle-ci où leur amoncellement tient lieu d'œuvres de construction.

Lucho Smit tient l'équilibre pour un art, mais aussi pour une compagne du déséquilibre, les deux sont sœurs d'armes à chaque instant dans sa création. Cela démarre en trombe dans une course sur des chaises où celles-ci s'écroulent bien que l'artiste finisse assis sur la dernière de la rangée. Ce pourrait être le résumé de la représentation. Tout est en équilibre au travers des déséquilibres et s'il ne devait en restait qu'un, ce serait une et elle aurait quatre pieds et un dossier.

La voix off de Lucho Smit accompagne le spectacle pour raconter ses états d'âme, sa vision du monde et du cirque. On peut aimer cette narration comme en être agacé. J'ai eu les deux sentiments, agacé au début puis intéressé par le récit à la fin avec quelques longueurs toutefois. Les choses sont dites avec humour, même si ce n'est pas là où il excelle le plus, l'acrobatie du trait d'esprit n'étant pas celui du corps.

Safidin Alouache
05/10/2021